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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102686

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102686

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102686
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSAVIGNAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 22 février 2021 et 10 janvier 2024, Mme B A et M. E D demandent au tribunal d'annuler la délibération n° 5 votée par le conseil municipal de la commune d'Osny le 24 septembre 2020, relative à l'adhésion de la commune à l'Institut de formation, d'animation et de conseil du Val-d'Oise (IFAC) et à l'approbation de la convention d'adhésion.

Par un mémoire enregistré le 22 décembre 2023, Mme A a déclaré se désister de de sa requête.

Par un mémoire enregistré le 10 janvier 2024, Mme A et M. D, concluent aux mêmes fins que la requête.

Mme A et M. D soutiennent que :

- la délibération est irrégulière dès lors que des personnes en conflit d'intérêt au sens de la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 et intéressées à la délibération au sens de l'article L.2131-11 du code général des collectivités territoriales ont soit pris part à la délibération, soit exercé une influence sur le sens de cette délibération lors d'une réunion préparatoire ;

- la convention d'adhésion en son article 6 permet sa reconduction pour une durée maximale qui n'apparaît pas explicitement, de même que n'apparaît pas le montant des prestations qui seront fournies, ni leurs quantités, de sorte qu'il n'est pas possible de s'assurer qu'elle respecte le code des marchés publics.

Par des mémoires enregistrés les 2 juillet 2021 et 2 février 2024, la commune d'Osny, représentée par Me Savignat, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à ce qu'il soit donné acte du désistement d'instance et d'action de Mme A ;

2°) à ce que la requête, en tant qu'elle émane de M. D, soit rejetée ;

3°) à ce que M. D lui verse la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme A a déclaré se désister de ses conclusions ;

- en tant qu'elle est présentée par M. D, la requête est tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public ;

- les observations de Me Savignat, représentant la commune d'Osny,

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Par la délibération n° 5 du 24 septembre 2020, le conseil municipal de la commune d'Osny a voté l'adhésion de la commune à l'Institut de formation, d'animation et de conseil du Val-d'Oise (IFAC) et a approuvé la convention d'adhésion correspondante. Par la présente requête, M. D et Mme A, alors tous deux conseillers municipaux, demandent au tribunal l'annulation de cette délibération.

Sur le désistement de Mme A :

2. Si par son mémoire du 22 décembre 2023, Mme A a déclaré se désister de sa demande, la requérante doit être regardée comme ayant retiré ce désistement par la production d'un mémoire au fond enregistré le 10 janvier 2024. Dès lors, il n'y a pas lieu de donner acte d'un désistement de Mme A.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. () ". Aux termes de l'article 2 de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique : " I. - Au sens de la présente loi, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif d'une fonction. / Lorsqu'ils estiment se trouver dans une telle situation : () / 2° Sous réserve des exceptions prévues au deuxième alinéa de l'article 432-12 du code pénal, les personnes titulaires de fonctions exécutives locales sont suppléées par leur délégataire, auquel elles s'abstiennent d'adresser des instructions ; () ". Il résulte des dispositions de l'article L. 2131-11 du code général de collectivités territoriales que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération.

4. En l'espèce, il n'est pas contesté que Mme Priez, conseillère municipale, adjointe au maire et directrice de l'IFAC, si elle était présente durant la délibération du 24 septembre 2020 en litige, s'est abstenue de participer au vote. Si les requérants font valoir que, lors de la commission plénière du 14 septembre 2020, devant permettre aux conseillers municipaux de débattre des projets et d'émettre un avis sur les délibérations en préparation du conseil municipal du 24 septembre 2020, Mme Priez est intervenue pour présenter et défendre le projet de délibération, ils n'établissent par aucune pièce versée au dossier qu'elle aurait effectivement participé aux débats du 14 septembre 2020 précédant l'adoption de cette délibération, ni, à supposer même que ce soit le cas, que cette participation aurait exercé une influence sur la délibération litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2 de la loi du 11 octobre 2013 et de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

5. Par ailleurs, ce moyen est inopérant s'agissant de Mme C, directrice du cabinet du maire et membre du conseil d'administration de l'IFAC, dès lors que l'intéressée n'est pas conseillère municipale ni à fortiori membre de l'exécutif.

6. En deuxième lieu, la circonstance que Philippe Sueur, président de l'IFAC, qui, de par sa fonction, a signé la convention d'adhésion, est un élu du conseil départemental du Val-d'Oise, est sans incidence sur la légalité de la délibération du conseil municipal d'Osny.

7. En troisième lieu, si les requérants font valoir que la convention d'adhésion ne faisait pas apparaître la durée maximale durant laquelle elle pouvait être reconduite, ni le montant et la quantité des prestations rendues possible par la convention et qu'il n'était ainsi pas possible de s'assurer qu'elle respectait le code de la commande publique, le moyen doit être écarté comme inopérant, dès lors que l'adhésion à l'IFAC n'est pas soumise audit code.

8. En quatrième et dernier lieu, si les requérants font état des liens politiques unissant des membres du conseil municipal et certains membres du conseil d'administration de l'IFAC, cette circonstance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la délibération litigieuse.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir partielle soulevée en défense, que M. D et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de délibération n° 5 du 24 septembre 2020, par laquelle le conseil municipal de la commune d'Osny a voté l'adhésion de la commune à l'IFAC et a approuvé la convention d'adhésion.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D le versement de la somme que demande la commune d'Osny au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune d'Osny est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et Mme B A et à la commune d'Osny.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller ;

Assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C.HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102686

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