Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104758
mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2104758 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 avril 2021 et le 4 mai 2021, Mme A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise a implicitement refusé de traiter sa demande de réduction d'impôts sur le revenu au titre des années 2017 et 2018 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018.
Mme B soutient que :
- l'administration fiscale a commis une faute en ne lui accordant pas les réductions d'impôts demandées dès lors qu'elle ne pouvait valablement lui opposer une obligation de lui transmettre des formulaires cerfa modèle 11580*03 pour justifier des dons qu'elle a fait à l'association cultuelle " Charisma Plein Evangile ", ni même un agrément de cette association, notamment au regard de l'instruction référencée BOI-IR-RICI-250-40 ;
- l'administration fiscale a également commis une faute en refusant de traiter sa demande de réduction d'impôts ce qui révèle un traitement discriminatoire à son égard ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice constitué par le trouble subi en raison de cette situation qui dure depuis un an, évalué à 500 euros ;
- elle est fondée à demander la réduction d'impôt sur le revenu dès lors qu'elle justifie des dons versés à l'association cultuelle " Charisma Plein Evangile " par des justificatifs conformes aux exigences de l'instruction référencée BOI-IR-RICI-250-40, et qu'elle n'avait pas à produire l'agrément de cette association au regard de cette même instruction.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 novembre 2021 et le 18 novembre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive ou prématurée selon que l'on retient comme décision de rejet de l'administration de la réclamation de Mme B, celle du 9 décembre 2020 ou la décision implicite de rejet née le 7 juin 2021 ;
- les conclusions en excès de pouvoir sont irrecevables s'agissant d'un contentieux en réduction des cotisations d'impôts sur le revenu qui relève du juge du plein contentieux de l'impôt ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables pour défaut de demande préalable d'indemnisation ;
- les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'arrêté du 26 juin 2008 relatif à la justification des dons effectués au profit de certains organismes d'intérêt général mentionnés aux articles 200 et 885-0 V bis A du code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, première conseillère ;
- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public ;
- et les observations de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a sollicité une réduction des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018, pour des dons faits à l'association cultuelle " Charisma Plein Evangile " pour des montants respectifs de 994 euros et 3 272 euros. L'administration a rejeté sa demande par une décision du 1er avril 2020. Mme B a présenté une nouvelle demande en ce sens le 7 décembre 2020. Elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision par laquelle l'administration a implicitement rejeté cette demande, de condamner l'Etat à réparer les préjudices qu'elle a subis en raison des fautes commises à son encontre et de prononcer la réduction d'impôt sollicitée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la réclamation préalable :
2. La décision par laquelle l'administration statue sur la réclamation contentieuse du contribuable ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition. Elle ne peut, en conséquence, être déférée à la juridiction administrative par la voie du recours pour excès de pouvoir et ne peut faire l'objet d'un recours contentieux qu'au titre de la procédure fixée par les articles L. 190 et suivants du livre des procédures fiscales. Dès lors, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise est fondée à soutenir que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision rejetant sa réclamation préalable sont irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.
4. La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir ne jamais avoir reçu de demande indemnitaire de la part de Mme B, ce qui n'est pas contesté par la requérante. En l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision de l'administration fiscale rejetant la demande indemnitaire de Mme B, les conclusions indemnitaires de cette dernière sont irrecevables.
Sur les conclusions aux fins de réduction des cotisations d'impôt sur le revenu :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 200 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " 1. Ouvrent droit à une réduction d'impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant les sommes prises dans la limite de 20 % du revenu imposable qui correspondent à des dons et versements, y compris l'abandon exprès de revenus ou produits, effectués par les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B, au profit : () / e) D'associations cultuelles et de bienfaisance, ainsi que des établissements publics des cultes reconnus d'Alsace-Moselle ; () / 5. Les versements ouvrent droit au bénéfice de la réduction d'impôt, sous réserve que le contribuable soit en mesure de présenter, à la demande de l'administration fiscale, les pièces justificatives répondant à un modèle fixé par l'administration attestant du montant et de la date des versements ainsi que de l'identité des bénéficiaires. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 26 juin 2008 relatif à la justification des dons effectués au profit de certains organismes d'intérêt général mentionnés aux articles 200 et 885-0 V bis A du code général des impôts : " Les pièces justificatives prévues au premier alinéa du 5 de l'article 200 du code général des impôts () sont établies conformément au modèle annexé au présent arrêté ".
6. Mme B, qui, ainsi qu'il a été dit, doit également être regardée comme demandant la réduction d'impôt, au titre des années 2017 et 2018, correspondant à des dons, d'un montant respectif de 994 euros et 3 272 euros, effectués au profit de l'association cultuelle " Charisma Plein Evangile ", produit à l'appui de cette demande, deux séries de justificatifs du versement de ces sommes, délivrés par l'association bénéficiaire. Il résulte toutefois de l'instruction qu'aucune de ces attestations ne reprend l'ensemble des éléments exigés par les dispositions précitées de l'article 200 du code général des impôts et de l'arrêté du 26 juin 2008. En particulier, ces attestations ne précisent pas l'objet de l'association, la date de délivrance des attestations, la date de chacun des versements des dons effectués, l'attestation sur l'honneur de l'association certifiant que les dons et versements reçus ouvrent droit à la réduction d'impôt prévue à l'article 200 du code général des impôts et le numéro d'ordre des reçus. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé ladite déduction d'impôts au titre des années 2017 et 2018.
7. En deuxième lieu, Mme B, qui n'a pas fait application de la doctrine invoquée référencée BOI-IR-RICI-250-40 pour l'établissement des cotisations primitives en litige, n'est pas fondée à s'en prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
8. En dernier lieu, la circonstance que l'administration aurait à tort demandé à la requérante de produire l'agrément délivré à l'association cultuelle " Charisma Plein Evangile ", ce qui au demeurant n'est pas établi, est en tout état de cause sans incidence sur le bien-fondé du refus de l'administration de faire droit à la demande de réduction d'impôt litigieuse.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la réduction des cotisations d'impôts sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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