Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106433

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106433
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 mai 2021 et 1er février 2022, M. B A demande au Tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020 et de taxe d'habitation auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2020, à raison d'une maison dont il est propriétaire située 6, boulevard Gallieni à Argenteuil ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'administration a refusé, à tort, de lui communiquer, dans son intégralité, le procès-verbal d'évaluation n° 6670 H procédant au classement des catégories de référence des locaux existant dans la commune ;

- sa maison doit être classée en catégorie 5 M et non 3 M compte tenu de ses conditions d'habitabilité et au regard des maisons voisines ;

- le coefficient d'entretien de la maison doit être fixé à 0,90 et non à 1,10 compte tenu de l'état de vétusté de l'ensemble de la construction et de la mauvaise isolation thermique et acoustique de la maison.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- les conclusions de M. Prost, rapporteur public ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a acquis, le 23 novembre 2018, une maison située 6, boulevard Gallieni à Argenteuil. Par une réclamation préalable en date du 29 décembre 2020, rejetée le 11 mars 2021, M. A a demandé la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'habitation auxquelles il a été assujetti à raison de cette maison, au titre respectivement des années 2019 et 2020, et 2020. M. A demande au Tribunal de prononcer la réduction de ces impositions.

Sur les conclusions aux fins de réduction :

2. En vertu des articles 1388 et 1409 du code général des impôts, la taxe d'habitation et la taxe foncière sur les propriétés bâties sont établies d'après la valeur locative des propriétés déterminée selon les règles définies aux articles 1494 à 1508 et 1516 à 1518 B du même code. Aux termes de l'article 1496 du code général des impôts : " I. - La valeur locative des locaux affectés à l'habitation () est déterminée par comparaison avec celle de locaux de référence choisis, dans la commune, pour chaque nature et catégorie de locaux () ". Aux termes de l'article 1503 du même code : " I. - Le représentant de l'administration et la commission communale des impôts directs dressent la liste des locaux de référence visés à l'article 1496, déterminent leur surface pondérée et établissent les tarifs d'évaluation correspondants. / Le service des impôts procède à l'harmonisation des éléments d'évaluation de commune à commune et les arrête définitivement sauf appel prévu dans les conditions définies au II. Il les notifie au maire qui doit, dans un délai de cinq jours, les afficher à la mairie () ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'administration procède à une évaluation par comparaison, il appartient au contribuable, s'il s'y croit fondé, de contester devant les juges de l'impôt la pertinence du local-type retenu pour le calcul de la valeur locative. Dans ce cas, l'administration doit faire droit à la demande du contribuable tendant à la communication de la partie du procès-verbal des opérations de révision foncière correspondant à ce local-type.

4. Il est constant que M. A a obtenu communication de l'extrait du procès-verbal d'évaluation référencé " 6670 H " procédant au classement des catégories de référence des locaux existant dans la commune d'Argenteuil en application des dispositions de l'article 1496 du code général des impôts où figure le local-type auquel sa maison a été comparée. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant délivré l'extrait pertinent, pour l'évaluation du bien en litige, lui permettant de contester utilement le choix des termes de comparaison mis en œuvre par la commune. Par conséquent, l'administration a pu, à bon droit, refuser de transmettre l'intégralité du procès-verbal d'évaluation à M. A.

5. Aux termes de l'article 324 G de l'annexe III au code général des impôts : " I. - La classification communale consiste à rechercher et à définir par nature de construction (maisons individuelles immeubles collectifs dépendances bâties isolées) les diverses catégories de locaux d'habitation existant dans la commune () ". Aux termes de l'article 324 H de l'annexe III à même code : " I. - Pour les maisons individuelles () la classification communale est établie à partir d'une nomenclature-type comportant huit catégories, en adaptant aux normes locales de construction les critères généraux mentionnés au tableau ci-après () III. - Dans les cas deux cas prévus aux I et II, il peut toutefois être procédé à la création de catégories intermédiaires combinant, dans des proportions simples, deux catégories-types. / IV. - Les caractéristiques physiques afférentes à chaque nature et catégorie de locaux retenus lors de la classification communale sont inscrites au procès-verbal des opérations de la révision. () ". Ces critères sont le caractère architectural de l'immeuble, la qualité de la construction, la distribution du local et sa conception générale, l'équipement du local, l'impression d'ensemble donnant le caractère général de l'habitation.

6. Le tableau de la classification communale des locaux à usage d'habitation ou à usage professionnel ordinaires de la commune d'Argenteuil, tel qu'il ressort du procès-verbal du 12 décembre 1972 produit au dossier, définit les locaux conformément au tableau mentionné à l'article 324 H précité de l'annexe III au code général des impôts. La catégorie 3 de cette classification communale correspond à des maisons individuelles d'apparence bourgeoise caractérisée, construites avant la première guerre mondiale, en pierre de taille meulière, couverte d'une charpente exceptionnelle très travaillée, composée de pièces très bien disposées, de grandes dimensions, pourvues d'agencements intérieurs prévues pour les réceptions et bénéficiant de " tout le confort ". La catégorie 4 de la classification communale correspond à des maisons individuelles de belle apparence, présentant une aisance certaine, construites avant la seconde guerre mondiale avec des matériaux nobles de la région, pouvant disposer de parements en briques pleines et de fenêtres encadrées, selon une disposition des locaux et pièces de réception de 20 à 40 m² pourvus d'équipements assurant un confort moderne, avec des water-closets (WC) à chaque niveau.

7. Le procès-verbal d'évaluation de la commune d'Argenteuil comporte, pour l'évaluation des locaux d'habitation, une catégorie de local intermédiaire 3 M au sein de cette classification, dont le local de référence est une maison individuelle construite en 1956, d'une superficie de 180 m² et d'une annexe de 35 m², composée de sept pièces, dont une salle de bain avec baignoire et deux WC.

8. M. A soutient que sa maison a été classée à tort, pour l'application des dispositions précitées, dans la catégorie intermédiaire 3 M dès lors que ce bien ne répond pas aux caractéristiques des locaux de cette catégorie. Il résulte toutefois de l'instruction que la maison de M. A, d'apparence bourgeoise, est bâtie en pierre et en béton et couverte d'un toit d'ardoises. Elle comprend huit pièces principales, dont trois pièces de réception et cinq chambres, ainsi que d'une salle d'eau, représentant une superficie totale de 180 m², et est équipée des éléments de confort consistant en trois WC, une baignoire et lavabo ainsi que d'un système de chauffage central. Compte tenu de ces éléments, l'administration doit être regardée comme ayant fait une juste appréciation des caractéristiques de l'habitation en litige en la plaçant dans la catégorie de la nomenclature précitée. À cet égard, le requérant ne saurait utilement se prévaloir du classement, à le supposer avéré, des habitations voisines dans les catégories 4, 5 M ou 6 ou encore des analogies qui rapprochent sa maison de celles-ci. Si le requérant fait, en outre, état du défaut d'isolation thermique et acoustique de sa maison, une telle circonstance est sans incidence sur l'appréciation opérée dès lors que l'état d'entretien n'est pas au nombre des critères qui détermine le classement d'un local d'habitation dans une catégorie déterminée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le service évaluateur aurait commis une erreur d'appréciation en classant sa maison dans la catégorie intermédiaire 3 M de la classification communale.

9. Aux termes des dispositions de l'article 324 P de l'annexe III du code général des impôts : " La surface pondérée comparative de la partie principale () est affectée d'un correctif d'ensemble destiné à tenir compte, d'une part, de l'état d'entretien de la partie principale en cause, d'autre part, de sa situation. Ce correctif est égal à la somme algébrique des coefficients définis aux articles 324 Q et 324 R ". En vertu du barème figurant à l'article 324 Q de la même annexe, les coefficients d'entretien de 1,20, 1,1, 1, 0,90 et 0,80 correspondent respectivement à des états " Bon : construction n'ayant besoin d'aucune réparation / Assez bon : construction n'ayant besoin que de petites réparations / Passable : construction présentant, malgré un entretien régulier, des défauts permanents dus à la vétusté, sans que ceux-ci compromettent les conditions élémentaires d'habitabilité / Médiocre : construction ayant besoin de réparations d'une certaine importance, encore que localisées / Mauvais : construction ayant besoin de grosses réparations dans toutes ses parties. ".

10. Pour l'appréciation du coefficient d'entretien d'un immeuble à la date de l'imposition, doivent notamment être pris en compte les travaux envisagés dont la nécessité est attestée, dès lors que leur nature et leur montant révèlent le besoin de réparation de la construction.

11. Pour contester le coefficient d'entretien de 1,10 correspondant aux constructions n'ayant besoin d'aucune réparation, retenu par l'administration, et demander l'application d'un coefficient de 0,90 correspondant à un état d'entretien médiocre, M. A soutient que des réparations d'une certaine importante sont indispensables en raison de l'état de vétusté permanent de son bien, malgré un entretien régulier. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise produit à l'instance, que la toiture et deux façades de la maison présentent des fissurations filantes provoquant, d'une part, un risque de décollement et de chute d'éléments de maçonnerie, et, d'autre part, des infiltrations à l'origine de tâches de moisissures et de putréfaction localisées. Ce document mentionne, outre l'absence d'isolation due à la vétusté des huisseries extérieures, un risque d'effondrement de l'escalier extérieur à court ou moyen terme ainsi que l'existence d'une ancienne cheminée fissurée et " non sécurisée ". Dans ces conditions, les dégradations et défauts ainsi relevés sont de nature à compromettre les conditions élémentaires d'habitabilité de M. A. Par suite, le requérant est fondé à demander que le coefficient d'entretien fixé par l'administration à 1,10 soit réduit à et fixé à 0,90.

12. Il résulte de ce qui précède que les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'habitation auxquelles M. A a été assujetti doivent être réduites en conséquence au titre des années en litige, dans cette seule proportion.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 300 (trois cents) euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La valeur locative de la maison située 6, boulevard Gallieni à Argenteuil dont M. A est propriétaire, est réduite à proportion de l'application d'un coefficient d'entretien de 0,90 pour les années 2019 et 2020.

Article 2 : Les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'habitation auxquelles M. A a été assujetti au titre respectivement des années 2019 et 2020, et 2020, à raison du bien situé 6, boulevard Gallieni à Argenteuil dont il est propriétaire sont réduites dans la mesure de l'application du coefficient d'entretien indiquée à l'article 1er.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.