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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106725

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106725

lundi 4 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106725
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2021, M. D C et Mme A B, représentés par Me Soton, avocat, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C et Mme B soutiennent que :

- le domicile de M. C abrite le siège social de la SASU GCS Partners, qui a dû être aménagé pour les besoins de l'activité de la société, de sorte que la quote-part de 10% de la superficie du logement dédiée à cette activité, retenue par l'administration fiscale, est insuffisante ;

- les frais de voyages effectués par M. C dans le sud-est de la France et pris en charge par la SASU GCS Partners ont été effectués afin de développer l'activité de la société ;

- les rehaussements de 6 000 et 7 000 euros opérés au titre des revenus distribués concernent des apports en trésorerie à la société faits par M. C en sa qualité d'associé ;

- les versement inscrits au crédit de leur compte bancaire correspondent à des retraits d'espèces effectués sur un autre compte situé en Suisse, bien que les opérations soient espacées de plusieurs jours ;

- c'est à tort que l'administration a appliqué des pénalités pour manquements délibérés.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À l'issue de la vérification de comptabilité de la SASU CGS Partners, M. C, dirigeant et associé unique de cette société, et son épouse, Mme B, ont fait l'objet d'un examen de leur situation personnelle portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. Ils se sont vu notifier, par une proposition de rectification du 16 décembre 2019, selon la procédure de rectification contradictoire en matière de revenus distribués et la procédure de taxation d'office en matière de revenus d'origine indéterminée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2016 et 2017, assorties de majorations et pénalités. Par une réclamation préalable en date du 11 février 2021, rejetée le 4 mars 2021, M. C et Mme B ont demandé le dégrèvement des cotisations supplémentaires mises à leur charge. M. C et Mme B demandent au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant des revenus distribués :

2. D'une part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : () b. Les frais de voyage et de déplacements exposés par ces personnes () Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise () ".

4. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, aux contribuables de justifier tant du montant des charges qu'ils entendent, en application du I. de l'article 39 du code général des impôts précité, déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Les contribuables apportent cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'ils en ont retirée. Dans l'hypothèse où les contribuables s'acquittent de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour les contribuables ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

5. Il résulte de l'instruction que l'administration, dans sa réponse aux observations des contribuables en date du 27 février 2020, a partiellement admis la déduction du loyer versé par la SASU CGS Partners au titre de locaux professionnels situés au domicile privé de M. C, correspondant à 10 % de la superficie du logement de l'intéressé. En se bornant à soutenir qu'il a procédé à des aménagements au sein de son logement pour les besoins de l'activité de la société, sans apporter aucune justification à l'appui de cette allégation, le requérant n'établit pas que le montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice de la société serait supérieur à la quote-part retenue par le service. Dans ces conditions, M. C et Mme B ne sont pas fondés à contester la réintégration de ces dépenses au résultat imposable des exercices en litige par l'administration qui les a regardés, dès lors, comme des revenus distribués.

6. Pour déduire les frais de voyages et de déplacement effectués par M. C dans le sud-est de la France des bénéfices de la SASU GCS Partners, l'administration a relevé que l'intéressé ne justifiait aucunement de l'existence d'une clientèle ou de fournisseurs dans cette zone géographique. Si la partie requérante se prévaut d'opérations de prospection en vue de développer l'activité de la société, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que de tels déplacements ont été engagés dans l'intérêt de l'exploitation de la SASU CGS Partners. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a réintégré ces sommes aux résultats des exercices au titre desquelles elles avaient été déduites.

7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".

8. Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc, même dans une telle hypothèse, le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2º du 1. de l'article 109 du code général des impôts. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

9. L'examen de la comptabilité de la SASU CGS Partners a permis de constater l'inscription au crédit du compte courant d'associé de M. C de sommes dont le montant et l'origine n'ont pas été justifiés. Si les requérants soutiennent qu'il s'agit d'apports de trésorerie pour le compte de la société, ils ne produisent aucun élément pour en justifier. Dans ces conditions, les requérants n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, qu'ils n'auraient pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondraient pas à la mise à disposition d'un revenu. Par suite, l'administration fiscale était fondée à réintégrer ces sommes aux revenus de M. C et de Mme B au titre des années en litige.

S'agissant des revenus d'origine indéterminée :

10. Aux termes de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales : " () sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ". Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ".

11. Il est constant que le service vérificateur a eu recours à la procédure de taxation d'office, prévue par l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, pour réintégrer dans le revenu imposable de M. C et Mme B au titre des années 2016 et 2017 un certain nombre de sommes portées au crédit de leur compte bancaire, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée. Par suite, les requérants, qui ne contestent pas le recours à cette procédure, supportent la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions réclamées à raison de ces rectifications, en application des dispositions précitées de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales.

12. Pour justifier la nature et l'origine des crédits correspondant à des versements d'espèces inscrits au crédit de leur compte bancaire, les requérants se bornent à soutenir avoir retiré des liquidités sur un compte personnel situé en Suisse, sans établir la concomitance de dates et de montants entre les opérations invoquées. Si les requérants soutiennent, en particulier, que le virement du 6 mars 2017, d'un montant total de 6 400 euros, correspond au produit de la vente d'une montre de collection, ils se bornent à produire une facture d'achat d'une montre d'un montant de 5 800 euros. En l'absence de certificat de cession ou de tout autre élément de nature à démontrer la réalité de la vente alléguée, le document produit ne permet pas d'établir le caractère non imposable de la somme en cause. Dans ces conditions, M. C et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a imposé ces sommes au titre de revenus d'origine indéterminée.

En ce qui concerne les pénalités :

13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

14. Pour justifier du bien-fondé de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fait valoir que, compte tenu du montant des rehaussements, lesquels représentent la moitié du salaire déclaré par M. C en 2016 et plus de dix fois celui déclaré en 2017, et de la nature des avantages précités, les requérants ne pouvaient ignorer le caractère imposable de ces sommes. Dès lors, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du manquement délibéré des requérants et, par suite, du bien-fondé des pénalités qui ont été mises à leur charge, en application de l'article 1729 précité du code général des impôts.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. C et Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. C et de Mme B doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à Mme A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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