Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106987
vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2106987 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 22 mars 2021 sous le numéro 2106987, Mme C demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les revenus à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2017.
Elle soutient que la dépense " Guedj Edwige " de 4 800 euros réglée pour ses services d'hôtesse pour le compte de Dior et le montant des charges URSSAF-RSI de 11 458 euros doivent être pris en compte dans le calcul de ses charges.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
II. Par une réclamation adressée au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine, transmise au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, enregistrée sous le numéro 2115077 le 29 novembre 2021, et un mémoire complémentaire enregistré le 29 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Prest, demande au tribunal :
1°) la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les revenus à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2017 ;
2°) la décharge de la majoration pour manquement délibéré ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que
- le montant des charges URSSAF-RSI de 42 976 euros doit être pris en compte dans le calcul de ses charges ;
- la majoration pour manœuvre délibérée n'est pas justifiée.
Le mémoire en défense de la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise, enregistré le 18 mai 2022, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, qui a pour activité l'organisation de foires, salons professionnels et congrès sur le plan international sous le nom de " A services et consulting ", a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de l'exercice clos en 2017, période étendue au 30 septembre 2018 au titre de la taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification du 29 août 2019, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2017 au 30 septembre 2018 et des rehaussements du bénéfice industriel et commercial de l'année 2017 lui ont été notifiés. La requérante dont la réclamation du 25 septembre 2020 a été rejetée partiellement par décision du 22 mars 2021, demande au tribunal la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les revenus à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2017. Par une deuxième réclamation préalable du 18 juin 2021, la requérante a demandé la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à sa charge au titre de l'année 2017. En application de l'article R*199-1 3ème alinéa du livre des procédures fiscales, l'administration a décidé de soumettre d'office cette réclamation au tribunal administratif.
2. Les requêtes susvisées n°2106987 et 2115077 concernent le même contribuable et le même impôt, présentent les mêmes conclusions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur le bien-fondé des impositions :
3. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature ". Aux termes du 5 de l'article 39 du code général des impôts : " Sont également déductibles les dépenses suivantes : / a. Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; / b. Les frais de voyage et de déplacements exposés par ces personnes ; / () e. Les cadeaux de toute nature, à l'exception des objets de faible valeur conçus spécialement pour la publicité ; f. Les frais de réception, y compris les frais de restaurant et de spectacles. () / Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
4. En premier lieu, Mme C demande la prise en compte d'une dépense intitulée " Guedj Edwige " correspondant à des services d'hôtesse pour le compte de Dior. Cependant, elle se borne à produire à l'appui de sa demande une facture du 22 mai 2017 émise par " A services et consulting " et adressée à " parfums Christian Dior ". Il s'ensuit qu'il s'agit d'une facture émise par Mme C à destination d'un client de la société et non une facture de charge supportée par elle et qu'elle doit être comptabilisée en produit et non en charge.
5. En deuxième lieu, Mme C demande la prise en compte des charges d'URSSAF-RSI et produit à ce titre une notification de régularisation des cotisations 2017 ainsi qu'un document de synthèse de son compte IRSSAF qui s'ils révèlent une régularisation, ne justifient pas des dépenses engagées au titre de 2017 pour " A services et consulting ".
6. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère déductible des charges alléguées.
Sur les pénalités :
7. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; " Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
8. Pour justifier l'application de la majoration pour manquement délibéré dont l'imposition en litige a été assortie, l'administration s'est fondée notamment sur la circonstance que Mme C n'avait pas déclaré de bénéfices industriels et commerciaux alors que son activité a déjà fait l'objet d'un contrôle fiscal une première fois sur les exercices clos en 2012, 2013 et 2014 pour la taxe sur la valeur ajoutée et les bénéfices industriels et commerciaux et une deuxième fois pour les exercices clos en 2015 et 2016 pour les mêmes taxes et impôts. Ainsi compte tenu de l'absence de déclaration malgré les deux précédents contrôles fiscaux portant sur les mêmes impôts, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe, de l'intention délibérée de la requérante de minorer l'impôt dont elle était redevable au titre de l'année en litige. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a assorti la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle Mme C a été assujettie au titre de cette année d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, des majorations et intérêts de retard mises à sa charge au titre de l'année 2017.
Sur les frais liés au litige :
10. les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, une somme au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2106987 et 2115077 de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La rapporteure,
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
T. BertonciniLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2106987-2115077
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