Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108547
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2108547 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | ROE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2021, M. David Fouks, représenté par Me Roé, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 à 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de condamner l'Etat au paiement des intérêts moratoires prévus par les dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification du 18 décembre 2017 n'est pas spécifiquement motivée, dès lors qu'elle se réfère à l'argumentation développée dans la proposition de rectification adressée à la SAS Blue Eyes ;
- la somme d'un montant de 200 000 euros, issue d'une cession d'actions, inscrite en 2014 au crédit de son compte courant d'associé ne constitue pas des revenus distribués, dès lors que cette inscription résulte d'une erreur matérielle et comptable commise par la SAS Blue Eyes, laquelle a été régularisée ; en outre, la SAS Blue Eyes s'est acquitté de l'imposition afférente ;
- la SAS Blue Eyes a informé le service vérificateur de cette erreur dès la première intervention et a souhaité la régulariser, de sorte que les conditions d'application de la procédure de régularisation, prévue à l'article L. 62 du livre des procédures fiscales, étaient réunies ; en l'absence de réponse à cette demande de régularisation, la procédure est viciée et la décharge des impositions en litige doit être prononcée en application de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- il conteste l'existence de revenus distribués s'agissant des charges pour lesquelles le service a considéré qu'il n'y aurait pas de pièces justificatives ; à cet égard, des pièces justificatives ont été transmises au service vérificateur dans le cadre de la réponse à la proposition de rectification puis des recours hiérarchiques, l'ayant conduit à réduire le montant du redressement envisagé ; en l'absence de justificatifs relatifs à certaines charges, il maintient sa contestation ; enfin, des justificatifs complémentaires relatifs à des déplacements sont versées à l'instance ;
- les charges relatives à des achats d'étude et de prestations, des locations immobilières et des frais de voyage du fournisseur Soltours, ont bien été engagées dans l'intérêt de l'entreprise ;
- il conteste sa désignation en tant que bénéficiaire des revenus distribués, à les supposer établis, dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il aurait appréhendé les sommes en litige en méconnaissance des dispositions des articles 109-1-1° et 111 c) du code général des impôts ;
- il conteste les intérêts de retard prévus à l'article 1727 du code général des impôts ainsi que la pénalité pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du même code ;
- ces pénalités ne sont pas motivées ;
- s'agissant de la pénalité pour manquement délibérée, elle n'est pas justifiée eu égard au vice de procédure susmentionnée et au caractère non-fondé des rectifications en litige ; en outre, son montant est excessif au regard du préjudice subi par le Trésor public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise demande au tribunal de prendre acte du dégrèvement prononcé pour un montant de 61 510 euros et de rejeter le surplus des conclusions de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh,
- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Blue Eyes, créée le 31 mars 2009, dont le siège est situé, depuis le 31 janvier 2018, 7 boulevard Julien Potin à Neuilly-sur-Seine, exerce l'activité de toutes études, conseils, assistances se rapportant à des investissements mobiliers ou immobiliers, et d'une façon générale, à des opérations financières, commerciales ou industrielles. Par lettre n° 3927 du 20 avril 2017, la SAS Blue Eyes a été informée de l'engagement d'une procédure de vérification de sa comptabilité portant sur la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2016, prolongée jusqu'au 31 mars 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification en date du 12 septembre 2017, la SAS Blue Eyes s'est vue notifier des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis de l'intérêt de retard et de la majoration pour manquement délibéré. Les rectifications relatives aux produits non comptabilisés, aux charges déduites sans justificatifs et aux dépenses dont il n'a pu être démontré qu'elles avaient été engagées dans l'intérêt de l'exploitation, ont été qualifiées de revenus distribués au sens des 1° et 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. M. David Fouks, président et actionnaire de la SAS Blue Eyes, a ainsi été désigné bénéficiaire de distributions à raison de 200 000 euros en 2014, 13 184 euros en 2015 et 4 478 euros en 2016. En application de l'article 117 du code général des impôts, le service vérificateur a invité la société à lui fournir, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires des distributions restantes. Par ses observations formulées le 13 novembre 2017, la SAS Blue Eyes a désigné comme bénéficiaires ses trois actionnaires, M. C A à concurrence de 18 032 euros, M. David Fouks à concurrence de 112 966 euros et Mme B A à concurrence de 92 877 euros. Les rectifications notifiées ont, en grande partie, été confirmées dans la réponse aux observations du contribuable du 18 décembre 2017, dans le cadre d'un recours hiérarchique du 16 février 2018, puis par l'interlocuteur départemental et la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui, dans sa séance du 18 février 2019, a émis un avis favorable au maintien des rehaussements soumis à son appréciation. Les cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés ainsi que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée consécutifs aux rectifications maintenues ont été mis en recouvrement au nom de la SAS Blue Eyes par voie d'avis de mise en recouvrement n°190400144 du 15 avril 2019 pour un montant total de 198 536 euros. Parallèlement, à la suite d'une proposition de rectification du 18 décembre 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux assorties de l'intérêt de retard et de la majoration pour manquement délibéré ont été mises à la charge de M. David Fouks, au titre des années 2014 à 2016 pour un montant global de 285 223 euros, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. En réponse aux observations formulées par l'intéressé le 26 décembre 2017, les rectifications, notifiées selon la procédure contradictoire de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, ont été maintenues par lettre n° 3926 du 30 janvier 2018. Ces cotisations supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 avril 2019. M. A a présenté une réclamation par courrier du 4 juillet 2019, qui a été rejetée par une décision du 11 mai 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision en date du 25 octobre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 61 510 euros des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. A a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016. Les conclusions de la requête de M. A sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les impositions restant en litige :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation (). ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
4. L'administration fiscale a informé le requérant, par une proposition de rectification en date du 18 décembre 2017, de ce qu'après avoir vérifié la comptabilité de la SAS Blue Eyes, elle entendait imposer entre ses mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du 1° et du 2° du 1 de l'article 109 et de l'article 111, c du code général des impôts, le produit de la cession des titres de la SAS 12 Louvois pour un montant de 200 000 euros, non comptabilisé et inscrite à son compte courant d'associé, ainsi que des frais de déplacement et des dépenses d'habillement dont la déductibilité n'a pas été admise. Ainsi, en ce qui concerne ce redressement établi selon la procédure de redressement contradictoire dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, l'administration fiscale a indiqué dans la proposition de rectification en cause l'impôt concerné, son fondement légal, les années d'impositions et la base d'imposition en litige. M. A a également été destinataire d'une copie de la proposition de rectification du 12 septembre 2017 établie suite à la vérification de comptabilité de la SAS Blue Eyes. Dès lors, cette proposition de rectification doit être regardée comme ayant mis M. A à même de présenter utilement ses observations. Par suite, la proposition de rectification du 18 décembre 2017 est suffisamment motivée de telle sorte que l'administration fiscale n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant de la somme de 200 000 euros inscrite au crédit du compte courant d'associé :
5. Aux termes, d'une part, de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable jusqu'au 12 août 2018 : " Au cours d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de comptabilité et pour les impôts sur lesquels porte cette vérification ou cet examen, le contribuable peut régulariser les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances dans les déclarations souscrites dans les délais, moyennant le paiement d'un intérêt de retard égal à 70 % de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. / Cette procédure de régularisation spontanée ne peut être appliquée que si : / 1° Le contribuable en fait la demande, en cas de vérification de comptabilité, avant toute proposition de rectification et, en cas d'examen de comptabilité, dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition de rectification ; / 2° La régularisation ne concerne pas une infraction exclusive de bonne foi ; / 3° Le contribuable dépose une déclaration complémentaire dans les trente jours de sa demande et acquitte l'intégralité des suppléments de droits simples et des intérêts de retard au moment du dépôt de la déclaration, ou à la date limite de paiement portée sur l'avis d'imposition en cas de mise en recouvrement par voie de rôle. ".
6. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. / Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France. ".
7. Aux termes, enfin, de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".
8. Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc, même dans une telle hypothèse, le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 1° ou 2º du 1 de l'article 109 du code général des impôts cité au point 7. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.
9. Il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification en date du 18 décembre 2017, reprenant les termes de la proposition de rectification adressée à la SAS Blue Eyes, que, par un acte sous seing privé, en date du 24 juillet 2014, la SAS Blue Eyes a cédé 400 actions de la SAS 12 Louvois à la SA Lys International pour un montant de 733 333, 33 euros. Un premier paiement de 533 333, 33 euros a eu lieu le 29 juillet 2014 sur le compte de la SAS Blue Eyes et comptabilisé au crédit du compte 7756600 " produit de cession des immobilisations financières ". Un second paiement d'un montant de 200 000 euros a eu lieu le 21 octobre 2014 et comptabilisé au crédit du compte courant d'associé de M. David Fouks, alors que celui-ci était débiteur à hauteur de 115 227 euros au 14 octobre 2014. En outre, il résulte de l'instruction que le compte courant d'associé de M. A était également débiteur à hauteur de 158 094, 24 euros au 31 mars 2015 et à hauteur de 174 295, 97 euros au 31 mars 2016. Ainsi, le requérant n'établit pas qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que celles-ci ne correspondent pas à la mise à la disposition d'un revenu. Par ailleurs, M. A fait valoir que l'inscription de cette somme relève d'une erreur comptable, il résulte toutefois de l'instruction que l'opération de crédit au profit de son compte courant d'associé a été révélée au cours des opérations de contrôle fiscal et la régularisation de l'écriture comptable n'est intervenue que par l'établissement de liasses rectificatives les 26 et 27 juillet 2017, soit à l'issue des interventions sur place et de l'exposé des rectifications envisagées. Enfin, la circonstance, à la supposer même établie, que l'inscription de cette somme au crédit de son compte courant d'associé résulterait d'une erreur comptable involontaire ne fait pas obstacle à ce que cette somme présente le caractère de revenus distribués imposables entre les mains de M. A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu des dispositions précitées du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
10. Le requérant ne peut, par ailleurs, utilement soutenir que la SAS Blue Eyes pouvait bénéficier de la procédure de régularisation prévue par les dispositions de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales pour le chef de rectification procédant de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle dont elle a fait l'objet, dès lors que ces dispositions, dans leur version applicable au litige, ne prévoyaient pas la possibilité de bénéficier d'une telle procédure lorsque les redressements en cause procèdent de cet examen à titre personnel, ce qui est le cas en l'espèce.
S'agissant des charges dont la déductibilité a été remise en cause :
11. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-1 du livre des procédures fiscales : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ". Aux termes de l'article R. 194-1 du même livre : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. /Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".
12. M. A ayant contesté en temps utile les rectifications qui lui ont été notifiées selon la procédure contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, l'administration supporte la charge de la preuve.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; (). ". Et aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. ". En cas de refus des rehaussements par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de l'existence et du montant des revenus distribués ainsi que de l'appréhension par l'intéressé des revenus imposés à son nom.
14. D'une part, à la suite de l'avis de dégrèvement du 25 octobre 2021, l'administration a considéré comme des revenus distribués une somme de 6 666 euros au titre de l'année 2015, correspondant à des frais de voyage et des dépenses d'habillement. En particulier, le service s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé a expressément reconnu lors du contrôle que les frais de voyages à Bangkok le 12 janvier 2015 pour un montant de 626 euros et à La Havane le 20 août 2015 pour un montant de 4 478 euros, constituaient des dépenses personnelles. M. A ne conteste pas le caractère personnel de ces frais de voyage et le montant des sommes en cause. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence et du montant des distributions susmentionnées.
15. D'autre part, à supposer que M. A conteste l'existence de revenus distribués s'agissant des dépenses d'habillement susmentionnées, il résulte de l'instruction que M. A a également indiqué au service vérificateur le 26 juillet 2017 que ces dépenses d'habillement présentaient un caractère personnel. A cet égard, il n'apporte aucun élément, dans le cadre de la présente instance, permettant d'établir le caractère professionnel desdites dépenses.
16. Enfin, M. A conteste le refus du service d'admettre comme charges déductibles du résultat imposable de la SAS Blue Eyes les diverses sommes relatives à des achats d'étude et de prestations, ainsi qu'à des locations immobilières. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les rectifications des revenus distribués correspondant à ces charges ont été abandonnées en cours d'instance. En tout état de cause, s'agissant des charges relatives à des locations immobilières, il résulte de l'instruction que le service n'a pas regardé les sommes correspondantes comme des revenus distribués imposables entre les mains de M. A.
17. Eu égard à ce qui a été dit aux points 14 à 16 ci-dessus, l'administration fiscale établit l'existence et le montant des revenus distribués en litige. En outre, elle établit également l'appréhension de ses revenus par M. A
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des impositions restant en litige.
Sur les pénalités :
19. En premier lieu, aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I.-Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. () / III.-Le taux de l'intérêt de retard est de 0,40 % par mois. Il s'applique sur le montant des créances de nature fiscale mises à la charge du contribuable ou dont le versement a été différé. (). ".
20. Les intérêts de retard prévus par le premier alinéa de l'article 1727 du code général des impôts s'appliquent indépendamment de toute appréciation portée par l'administration fiscale sur le comportement du contribuable et n'ont, dès lors, pas le caractère d'une sanction mais d'une réparation du préjudice subi par le Trésor, à raison du non-respect par le contribuable de ses obligations déclaratives même pour la part qui excéderait l'application du taux de l'intérêt légal. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir du caractère disproportionné des intérêts de retard qui ont été mis à sa charge, à supposer qu'il ait entendu soulever un tel moyen.
21. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : /a. 40 % en cas de manquement délibéré ; (). ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".
22. En l'espèce, pour justifier du bien-fondé de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que M. A est associé à 49 % de la SAS Blue Eyes, qu'il dispose d'un large pouvoir sur le compte bancaire de la société et d'une carte bancaire à son nom sur le compte bancaire de ladite société. Elle précise également qu'il a bénéficié de frais de voyages et d'habillement n'ayant pas de caractère professionnel. En outre, elle a aussi relevé que le 26 octobre 2014, l'intéressé a délibérément inscrit sur le compte courant d'associé la somme de 200 000 euros provenant de la cession des titres de la SAS 12 Louvois, cette inscription ayant masqué opportunément un compte courant débiteur à hauteur de 115 227 euros au 14 octobre 2014. Enfin, l'administration a constaté que l'intéressé a régulièrement prélevé des sommes sur ce compte courant d'associé. Dès lors, compte tenu de ces faits, de l'importance des sommes non déclarées par l'intéressé et du caractère répétitif des dépenses en cause, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du manquement délibéré du requérant et, par suite, du bien-fondé des pénalités qui ont été mises à sa charge, en application de l'article 1729 précité du code général des impôts.
Sur les conclusions relatives aux intérêts moratoires :
23. Il n'existe aucun litige né et actuel entre le comptable et le requérant concernant les intérêts mentionnés à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales. Dès lors, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :
24. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
25. En second lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. /Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. /L'Etat peut être condamné aux dépens. ". Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Par suite, les conclusions fondées sur les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 à 2016, à concurrence, en droits et pénalités, de la somme de 61 510 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. David Fouks et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
Z. Saïh
Le président,
Signé
T. BertonciniLa greffière,
Signé
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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