Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109295

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109295
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET FIDAL DIRECTION INTERNATIONALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 juillet 2021 et 17 juillet 2023, et un mémoire récapitulatif enregistré le 9 octobre 2023, M. A B, représenté par Me de Crevoisier, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la procédure est irrégulière dès lors que le vérificateur n'a pas été saisi, malgré une demande en ce sens ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales dès lors qu'il n'a pas été répondu à sa demande de communication des documents obtenus auprès de tiers, formulée le 2 août 2018 ;

- les dispositions de l'article 123 bis du code général des impôts ne sont pas applicables dans la mesure où la société 4T Co Limited n'est pas constitutive d'un montage artificiel et n'a pas eu pour but de contourner la législation fiscale française ;

- à titre subsidiaire, le résultat de la société 4T Co Limited retenu pour l'application des dispositions de l'article 123 bis du code général des impôts est manifestement erroné ;

- la majoration des impositions de 80% est insuffisamment motivée et infondée en l'absence de manœuvres frauduleuses.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 décembre 2021 et 2 août 2023, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À l'issue d'un contrôle sur pièces de sa situation fiscale, M. B s'est vu notifier, par une proposition de rectification du 20 décembre 2017, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2014 et 2015, assorties de majorations et pénalités, à raison des bénéfices réalisés par la société 4T Co Limited située à Hong-Kong, en application de l'article 123 bis du code général des impôts. Ces impositions ont été mises en recouvrement par un avis du 30 septembre 2019. Par une réclamation préalable en date du 1er avril 2021, rejetée le 20 mai 2021, M. B a demandé le dégrèvement des cotisations supplémentaires mises à sa charge. M. B demande au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. L'obligation ainsi faite à l'administration fiscale de tenir à la disposition du contribuable qui le demande, avant la mise en recouvrement d'impositions établies au terme d'une procédure de rectification contradictoire ou par voie d'imposition d'office, les documents ou copies de documents qui contiennent les renseignements qu'elle a utilisés pour procéder aux redressements correspondants, sauf dans le cas où ces renseignements sont librement accessibles au public, permet au contribuable de vérifier l'authenticité de ces documents et d'en discuter la teneur ou la portée et constitue ainsi une garantie pour l'intéressé.

4. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la proposition de rectification adressée à M. B le 20 décembre 2017, que l'administration a exercé son droit de communication auprès des autorités fiscales de Hong-Kong dans le cadre de l'assistance administrative internationale. Les éléments d'information transmis en réponse à cette demande ont permis à l'administration de constater que la société 4T Co Limited résultait d'un montage purement artificiel et était soumise à un régime fiscal privilégié. Ils ont ainsi servi de fondement au redressement litigieux. Or il est constant que, dans le courrier du 2 août 2018, constituant ses observations à la proposition de rectification, M. B a demandé la communication de l'ensemble des documents sur lesquels l'administration fiscale s'est fondée pour lui notifier le redressement contesté. L'administration ne conteste pas avoir reçu ce courrier le 3 août suivant et ne pas y avoir répondu. Dans ces conditions, en s'abstenant de transmettre préalablement à la mise en recouvrement de l'imposition litigieuse les documents obtenus dans le cadre de l'exercice de son droit de communication, l'administration fiscale n'a pas permis à M. B de vérifier l'authenticité de ces documents et d'en discuter la teneur ou la portée. Ainsi, le privant de cette garantie, l'administration fiscale a entaché la procédure d'imposition suivie à l'encontre du requérant d'irrégularité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros à M. B en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'État versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.