Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109553
vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2109553 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE ATELEIA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021, la SARL HOTELS NETWORK, représentée par Me David, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants ;
2°) de mettre à la charge de la l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
La SARL HOTEL NETWORK soutient que :
- elle était fondée à déduire de son résultat imposable les frais de déplacement engagés afin d'assurer les trajets de son gérant entre Paris et Marseille, dès lors qu'ils correspondent à des dépenses professionnelles ;
- la majoration de 10% qui lui a été appliquée pour dépôt tardif de déclaration n'est pas fondée, dès lors que les impositions dues ont été acquittées dans les délais légaux.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2022, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France fait valoir que les moyens invoqués par la SARL HOTELS NETWORK ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL HOTELS NETWORK, qui exerce une activité de post-production de films cinématographiques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, à la suite de laquelle l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 3 juillet 2018, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015 et 2016, résultant de la remise en cause de la déductibilité de charges engagées par l'entreprise. Ces impositions ont été mises en recouvrement par un avis du 28 septembre 2018. La société requérante a présenté une réclamation, le 30 décembre 2020, qui a fait l'objet d'une décision d'acceptation partielle de la part de l'administration fiscale, le 17 mai 2021. La SARL HOTELS NETWORK demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants, pour un montant total de 13 275 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : / a. Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; / b. Les frais de voyage et de déplacements exposés par ces personnes () Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise ".
3. Les frais de transport, hôtellerie et restauration exposés par une société pour les besoins des déplacements effectués par un salarié ou par un dirigeant dans l'exercice de leurs fonctions constituent en principe des charges déductibles de son bénéfice. Il en va de même des charges exposées pour le remboursement au salarié ou au dirigeant de telles dépenses, qui ont la nature de frais professionnels, lorsque celui-ci en a fait l'avance. Dans un tel cas, ces sommes ne sont pas taxables entre les mains de l'intéressé. En revanche les dépenses exposées pour les besoins du déplacement du salarié ou du dirigeant depuis son domicile vers lieu où il exerce ses fonctions ont la nature d'une dépense personnelle de ce dernier. S'il est loisible à l'employeur d'en assurer la prise en charge, celle-ci, sous réserve qu'elle ne conduise pas à porter la rémunération à un niveau excessif, a la nature, pour le salarié ou le dirigeant, d'un avantage en nature taxable entre ses mains dans la catégorie des traitements et salaires ou en application de l'article 62 du code général des impôts. Symétriquement, elle constitue, sous la même réserve, une charge déductible des bénéfices de l'employeur. Ce traitement fiscal est toutefois subordonné à la condition que les avantages en nature ainsi accordés par la société à son personnel, y compris ses dirigeants soient, conformément aux prescriptions de l'article 54 bis du code général des impôts, inscrits explicitement comme tels en comptabilité.
4. En l'espèce, le service a réintégré dans le résultat imposable de la société requérante le montant correspondant à l'achat de billets d'avion qu'elle avait pris en charge au profit de son gérant pour un montant de 9 954,68 euros au titre de l'année 2015 et de 9500,90 euros au titre de l'année 2016, dès lors qu'ils correspondaient à des trajets entre la résidence principale de celui-ci, située à Marseille, et le siège de la société, à Gennevilliers, ne présentant pas le caractère de dépenses exposées dans l'intérêt de l'entreprise. La SARL HOTELS NETWORK soutient que la domiciliation de son gérant à Marseille se justifiait par l'importante activité qu'elle exerçait dans cette ville, et que ces dépenses devaient ainsi être admises en déduction. Toutefois, l'administration fiscale fait valoir, sans être contredite, que les prestations réalisées à Marseille sont à l'origine de moins de 16% du chiffre d'affaires de la société requérante pour les années en litige. Ainsi, alors même que la société requérante a pu bénéficier ponctuellement de l'expertise de son dirigeant à Marseille, cela n'impliquait pas nécessairement qu'il maintienne son lieu de résidence principale dans cette ville dans l'intérêt de la SARL HOTELS NETWORK. Par suite, c'est à juste titre que l'administration fiscale a estimé que les trajets qu'il était amené à effectuer pour se rendre à Marseille constituaient des dépenses personnelles, qui n'avaient pas été inscrites en comptabilité conformément à l'article 54 bis du code général des impôts, et ne pouvaient être déduites des charges de la société requérante.
Sur le bien-fondé des pénalités :
5. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
6. Il est constant que la SARL HOTELS NETWORK n'a pas déposé les déclarations n° 2065 relatives aux exercices clos en 2015 et 2016 dans les délais légaux qui lui étaient impartis. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a fait application aux droits en cause de la majoration de 10 % prévue à l'article 1728 du code général des impôts.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de la SARL HOTELS NETWORK doivent être rejetées.
Sur les dépens :
8. La présente instance n'ayant pas donné lieu à la liquidation de dépens, les conclusions de la SARL HOTELS NETWORK présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. L'État n'étant pas, dans cette instance, la partie perdante, les conclusions de la SARL HOTELS NETWORK présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL HOTELS NETWORK est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL HOTELS NETWORK et l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI Le greffier,
signé
D. HAUDE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604840
01/10/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604704
01/10/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2509963
01/10/2026
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2604401
01/10/2026