Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109958
mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2109958 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2021 sous le n°2109958, et un mémoire complémentaire enregistré le 16 mai 2022, M. A B demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) la décharge de la cotisation primitive aux prélèvements sociaux à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2017 pour un montant de 62 903 euros ;
2°) d'assortir la restitution de ces prélèvements sociaux des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'État le remboursement de ses frais d'instance sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en application du règlement n°883/2004 et de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne " de Ruyter ", il ne pouvait être assujetti aux prélèvements sociaux en France lorsqu'il était affilié à la sécurité sociale espagnole ; il était affilié à la caisse des Français de l'étranger à compter de l'année 2013, puis il a créé une société de droit espagnol et a été obligatoirement affilié au régime de sécurité sociale espagnol dit " C " du 1er décembre 2015 au 26 juillet 2018 ; il a résilié son affiliation à la caisse des Français de l'étranger ainsi qu'à sa caisse d'assurance maladie de rattachement ;
- c'est d'ailleurs cette position qu'a retenu le tribunal administratif de Montreuil dans son jugement n°2010554 du 15 mars 2022 en ce qui concerne les années 2015 et 2016.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par un jugement n°2010554 du 15 mars 2022, enregistré au greffe du tribunal le 5 avril 2022 sous le n°2204781, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B en tant qu'elle avait trait aux prélèvements sociaux auxquels son foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2017.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 5 octobre 2020, et un mémoire complémentaire, enregistré le 8 août 2021, M. B, conclut, dans le dernier état de ses écritures, aux mêmes fins que la requête n° 2109958, par les mêmes moyens.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 avril et 12 octobre 2021, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut à l'incompétence territoriale du tribunal administratif de Montreuil s'agissant de la demande relative à l'année 2017, au non-lieu à statuer à concurrence des sommes dégrevées en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2012-958 du 16 août 2012 de finances rectificative pour 2012, notamment son article 29 ;
- la loi n° 2015-1702 du 21 décembre 2015 de financement de la sécurité sociale pour 2016, notamment son article 24 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2109958 et 2204781, présentées par M. B, concernent la situation d'un même contribuable et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme B ont transféré leur domicile fiscal en Espagne au cours de l'année 2015 avant de regagner la France le 6 novembre 2017. Les intéressés ont déclaré des pensions ainsi que des revenus fonciers de source française en 2017. Ces revenus fonciers ont été soumis à des prélèvements sociaux, mis en recouvrement le 30 septembre 2018, pour un montant de 62 903 euros. Après le rejet de sa réclamation préalable, M. B demande dans le dernier état de ses écritures la décharge de la cotisation primitive aux prélèvements sociaux à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2017.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
3. Aux termes de l'article 11 du règlement CE n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale : " 1. Les personnes auxquelles le présent règlement est applicable ne sont soumises qu'à la législation d'un seul État membre. Cette législation est déterminée conformément au présent titre. / 2. Pour l'application du présent titre, les personnes auxquelles est servie une prestation en espèces du fait ou à la suite de l'exercice de son activité salariée ou non salariée sont considérées comme exerçant cette activité. Cela ne s'applique pas aux pensions d'invalidité, de vieillesse ou de survivant, ni aux rentes pour accident de travail ou maladie professionnelle, ni aux prestations de maladie en espèces couvrant des soins à durée illimitée. / 3. Sous réserve des articles 12 à 16 : a) la personne qui exerce une activité salariée ou non salariée dans un État membre est soumise à la législation de cet État membre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, et notamment de son arrêt du 26 février 2015, Ministre de l'économie et des finances contre Gérard de Ruyter (C-623/13), rendu pour l'application du règlement (CEE) n° 1408/71 du Conseil du 14 juin 1971 relatif à l'application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et aux membres de leur famille qui se déplacent à l'intérieur de la Communauté mais transposable pour l'application du règlement du 29 avril 2004, que les Etats membres doivent respecter le principe de l'unicité de la législation applicable en matière de sécurité sociale, qui exclut que les résidents d'un État membre affiliés à la sécurité sociale d'un autre État membre soient tenus de financer en outre, même si ce n'est que partiellement, la sécurité sociale de l'État de résidence et, à ce titre, soient soumis par ce dernier, en ce qui concerne tant les revenus découlant d'une relation de travail que ceux issus de leur patrimoine, à des dispositions légales instaurant des prélèvements qui présentent un lien direct et suffisamment pertinent avec les lois régissant les branches de sécurité sociale, le critère déterminant étant celui de l'affectation spécifique d'une contribution au financement d'un régime de sécurité sociale d'un Etat membre.
4. Il résulte de l'instruction que M. B a créé une société, dont le siège social est situé en Espagne, immatriculée au registre du commerce d'Almeria le 25 novembre 2015, et était par conséquent tenu d'être affilié à la sécurité sociale espagnole et de payer des cotisations en tant que travailleur indépendant. L'intéressé a ainsi été affilié au régime obligatoire dit " C " du 1er décembre 2015 au 26 juillet 2018. L'administration fait valoir que M. B était également affilié à la sécurité sociale française et produit une attestation du service des relations internationales de l'assurance maladie indiquant qu'il a relevé de la législation française de sécurité sociale du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Toutefois, en application du 1 et du 3 de l'article 11 du règlement n°883/2004 précité, M. B n'était soumis qu'à la législation de sécurité sociale espagnole consécutivement à l'exercice, en Espagne, d'une activité non salariée qu'il a poursuivie après le 31 décembre 2017, date du fait générateur de l'imposition contestée. Par suite, M. B est fondé à demander la décharge totale des prélèvements sociaux auxquels son foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2017.
Sur la demande tendant au versement d'intérêts moratoires :
5. En l'absence de litige né et actuel entre le requérant et le comptable public tendant au versement des intérêts moratoires, les conclusions de M. B tendant au paiement de ces intérêts doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
7. M. B n'établit pas avoir exposé, dans la présente instance, des frais non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions, en tout état de cause non chiffrées, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est déchargé des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2017.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la directrice départementale des finances publiques du département du Val-d'Oise et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.
Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Amazouz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.
Le président-rapporteur,
signé
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
Z. Saïh
La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2109958-2204781
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