Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111718

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111718
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2021, M. A B demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017 ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 44 205 euros.

M. B soutient que :

- les impositions en litige ont été établies à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dès lors que l'administration fiscale ne lui a pas adressé de réponse aux observations qu'il avait présentées sur la proposition de rectifications, alors qu'il doit être regardé comme les ayant présentées dans le délai qui lui était imparti ;

- l'administration fiscale a méconnu sa propre doctrine référencée BOI-CF-IOR-10-50, paragraphes n°s 430 à 450, publiée le 4 mars 2020, en ne répondant pas à ses observations, alors mêmes qu'elles auraient été tardives et qu'elles ne portaient que sur la procédure d'imposition ;

- les impositions en litige étaient prescrites, en applications de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, la suspension des délais de reprise prévue par les ordonnances n°s 2020-306 et 2020-560 des 25 mars et 13 mai 2020 ne s'appliquant pas en cas de contrôle sur pièces ;

- l'administration fiscale a méconnu sa propre doctrine référencée BOI-DJC-COVID19-20 du 24 juin 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- l'ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d'urgence sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite du contrôle sur pièces dont a fait l'objet M. B, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 9 mars 2021, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes. Par une réclamation du 10 août 2021, rejetée par l'administration fiscale le 30 août 2021, M. B a demandé le dégrèvement de ces impositions supplémentaires. M. B demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée. ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 286 du livre des procédures fiscales : " Toute personne tenue de respecter une date limite ou un délai pour présenter une demande, déposer une déclaration, exécuter un paiement ou produire un document auprès d'une autorité administrative peut satisfaire à cette obligation au plus tard à la date prescrite au moyen d'un envoi de correspondance, le cachet apposé par les prestataires de services postaux autorisés au titre de l'article L. 3 du code des postes et des communications électroniques faisant foi, ou d'un envoi par voie électronique, auquel cas fait foi la date figurant sur l'accusé de réception ou, le cas échéant, sur l'accusé d'enregistrement adressé à l'usager par la même voie conformément à l'article L. 112-11 du code des relations entre le public et l'administration () ".

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification, en date du 9 mars 2021, avisant M. B des impositions litigieuses, lui a été notifiée le 11 mars 2021. Il est, par ailleurs, constant que le délai dont disposait le contribuable pour présenter ses observations a été prorogé de trente jours suite à la demande qu'il a présentée en ce sens par un courrier du 31 mars 2021. Ainsi, il appartenait au requérant de faire valoir ses observations avant le 11 mai 2021. Si M. B fait valoir qu'il n'a pas pu transmettre ses observations par l'envoi d'un courrier électronique recommandé du 7 mai 2021, en raison des défaillances de La Poste, les documents qu'il produit permettent seulement d'attester de l'achat à cette date, d'un courrier électronique recommandé, mais non d'une tentative d'envoi de celui-ci. Dès lors, il résulte seulement de l'instruction que le contribuable a présenté ses observations par un courrier envoyé le 15 mai 2021 et réceptionné par l'administration fiscale le 18 mai 2021. Par suite, ces observations étant tardives, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en ne répondant pas à ses observations, l'administration fiscale l'aurait privé de la garantie prévue à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

5. M. B ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations de l'instruction administrative référencée BOI-CF-IOR-10-50, paragraphes n°s 430 à 450, dans sa version publiée le 4 mars 2020, laquelle est relative à la procédure d'imposition et ne saurait, dès lors, comporter une interprétation de la loi fiscale opposable à l'administration.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 168 du livre des procédures fiscales : " Les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition peuvent être réparées par l'administration des impôts () dans les conditions et dans les délais prévus aux articles L. 169 à L. 189, sauf dispositions contraires du code général des impôts. ". Aux termes de l'article L. 169 de ce livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Aux termes de l'article L. 189 de ce même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 10 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 : " I .- Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais : / 1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales ou de l'article 354 du code des douanes lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020 () ".

8. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification, interruptive de prescription, a été notifiée à M. B le 11 mars 2021, soit dans le délai de reprise prolongé jusqu'au 14 juin 2021, pour l'impôt sur les revenus de 2017, en application des dispositions précitées. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'administration a méconnu le délai de reprise en mettant en recouvrement les impositions en litige le 30 juin 2021.

9. Aux termes du premier alinéa du paragraphe n° 10 de l'instruction administrative référencée BOI-DJC-COVID19-20-20, dans sa version publiée le 24 juin 2020 : " Les délais de prescription suspendus sont applicables aux procédures de contrôle fiscal lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020. Cette suspension s'applique non seulement aux rectifications mais également aux intérêts de retard, majorations et amendes. ". Ces énonciations, qui s'appliquent indistinctement à toute procédure de contrôle fiscal, dont la procédure de contrôle sur pièces, ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application au point précédent du présent jugement. Dès lors, M. B n'est pas fondé à s'en prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.