Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113567

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113567
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET LIGL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2021, la SNC Pitch Immo, mandatée par la SCI Airs, représentée par Me Jackson, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et la taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 pour un montant total de 113 677 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le bâtiment imposé ne présente plus les caractéristiques d'une propriété bâtie au sens de la taxe foncière dès lors qu'il était impropre à toute utilisation en raison de l'importance des travaux dont il fait l'objet ;

- la taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2020 et 2021 a fait l'objet d'un dégrèvement d'office.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative, et notamment ses articles R. 222-19 et R. 811-1.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Airs a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2019 à raison de biens immobiliers dont elle est propriétaire sis 2 avenue de Solférino et 3 avenue Sainte-Anne à Asnières-sur-Seine qu'elle a acquis en vente en l'état futur d'achèvement auprès de la SNC Pitch Promotion le 28 décembre 2018. Elle demande au tribunal la décharge de cette imposition.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1415 de ce code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un immeuble devenu impropre à toute utilisation dans son ensemble ne constitue pas une propriété bâtie soumise à la taxe foncière sur les propriétés bâties en application de l'article 1380 du code général des impôts mais doit être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, en application de l'article 1393 du même code.

4. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entrainant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment de la notice de présentation du permis de construire du 7 décembre 2017, que l'objet de la vente en l'état futur d'achèvement a consisté en la démolition totale d'un bâtiment sis sur la parcelle AH 83, dit bâtiment A, la restructuration lourde du bâtiment B sis sur la parcelle AH 84 consistant en la dépose des dalles au-dessus du rez-de-chaussée et des façades sur rue et cour pour y intercaler un niveau supplémentaire sur une même hauteur de façade et, enfin, la réhabilitation du bâtiment C sis sur la parcelle AH 79, la structure, les planchers et les fondations étant conservées ainsi que les structures porteuses sur rue et patio. Il est constant que, dès le 17 décembre suivant, le bâtiment A était totalement démoli, le bâtiment B curé et désamianté, les couvertures étant déposées à 20% et les menuiseries extérieures et réseaux à 98 %, et que les travaux dans le bâtiment C étaient très avancés. D'une part, il n'est pas contesté que le bâtiment A, entièrement démoli, a été assujetti à la taxe foncière sur les propriétés non bâties au titre de l'année 2019. D'autre part, s'agissant des bâtiments B, C et D, ce dernier étant également situé sur la parcelle AH 79, il résulte de l'instruction, et notamment du constat d'huissier établi le 17 décembre 2018, que, au 1er janvier 2019, les travaux en cours n'ont pas entrainé la destruction totale de ces immeubles. Par ailleurs, pour important qu'ils soient, ils n'ont pas davantage affecté le gros œuvre d'une manière telle qu'ils rendaient le bâtiment dans son ensemble impropre à toute utilisation, l'immeuble conservant notamment ses façades porteuses et son toit. Dans ces conditions, peu important que les immeubles ne soient desservis ni en eau ni en électricité, l'administration fiscale n'a pas méconnu les dispositions de l'article 1380 du code général des impôts en estimant qu'il s'agissait d'une propriété bâtie au sens de ces dispositions et non d'une propriété non bâtie imposable en vertu des dispositions de l'article 1393 du même code.

6. En second lieu, d'une part, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée BOI IF TFB 10 60 20 N du 12 septembre 2012 qui n'ajoute pas à la loi fiscale. D'autre part, la circonstance que l'administration fiscale ait, par une décision qui n'est pas motivée, assujetti ces immeubles à la taxe foncière sur les propriétés non bâties au titre des années 2020 et 2021 ne constitue pas une prise de position formelle sur l'appréciation d'une situation de fait au sens de l'article L. 80 B livre des procédures fiscales. Dès lors, la société requérante ne peut s'en prévaloir sur le fondement de cet article.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de la SNC Pitch Immo ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles liées aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SNC Pitch Immo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Pitch Immo et au directeur départemental des finances publiques du département du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Eustache, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2113567