Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114132

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114132
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantWAN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Oliel, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes, à raison de la plus-value immobilière réalisée le 18 septembre 2014 lors de la cession d'un appartement sis à Neuilly-sur-Seine ;

2°) de prononcer la restitution des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qu'il a acquittées au titre de l'année 2014, à raison de la même plus-value immobilière et à concurrence d'une somme de 6 881 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens de l'instance.

M. C soutient que :

- la proposition de rectification du 14 janvier 2020 a été notifiée après l'expiration du délai de reprise de l'administration ; il y a donc prescription du droit de reprise de l'administration ;

- la proposition de rectification du 14 janvier 2020 est insuffisamment motivée ;

- l'administration a procédé à une détermination erronée du prix d'acquisition du bien immobilier objet de la cession litigieuse, notamment au regard de l'instruction référencée BOI-RFPI-PVI-20-10-20-10-20120912, n° 80, dès lors que le prix d'acquisition devant être retenu pour le calcul de la plus-value immobilière est celui correspondant à la valeur du capital représentatif de la rente, majorée, le cas échéant, de la fraction du prix d'acquisition payée comptant ;

- les montants figurant sur la déclaration 2048-IMM initiale sont erronés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, la directrice départementale des finances publique du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publique du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Richard, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 juin 2012, la SCI Erval, dont M. A C est associé à hauteur de 2 % des parts, a acquis auprès de Mme B la propriété d'un ensemble immobilier, comprenant un appartement et un box, situé à Neuilly-sur-Seine, pour un prix de 549 000 euros, composé d'une somme en numéraire payable comptant de 420 000 euros et d'une rente en capital de 129 000 euros, la SCI Erval s'engageant à verser une rente viagère mensuelle de 2 168 euros. Après le décès de Mme B survenu le 22 mai 2013, la SCI Erval a revendu l'appartement le 18 septembre 2014 au prix de 631 000 euros et souscrit une déclaration de plus-value immobilière sur laquelle elle a porté la somme de 534 000 euros comme prix d'acquisition de la propriété dudit appartement en 2012. A la suite d'une procédure contradictoire, l'administration a estimé que le prix d'acquisition du bien immobilier devait être fixé à 433 830 euros, considérant que ne devaient être prises en compte que les sommes effectivement acquittées auprès de la crédirentière au moment de son décès. Il en est résulté pour M. C, en sa qualité d'associé de la SCI Erval, au titre de l'année 2014, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales assorties des pénalités correspondantes, notifiées par une proposition de rectification du 14 janvier 2020. Par des réclamations du 2 novembre 2020 et du 13 juillet 2021, M. C a demandé à l'administration fiscale la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014, et des pénalités correspondantes, à raison de la plus-value immobilière réalisée le 18 septembre 2014, ainsi que la restitution des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qu'il a acquittées au titre de l'année 2014, à concurrence d'une somme de 6 881 euros. L'administration ayant rejeté sa réclamation le 2 février 2021 et le 15 septembre 2021, M. C réitère ses prétentions devant le juge de l'impôt.

Sur les conclusions aux fins de restitution de l'imposition primitive :

2. Si M. C conteste les montants renseignés dans la déclaration de plus-value sur ces cessions d'immeubles, il ne précise ni les montants contestés, ni les motifs pour lesquels ils seraient erronés. Dans ces conditions, et alors que la charge de la preuve lui incombe, il n'est pas fondé à demander la restitution des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qu'il a acquittées au titre de l'année 2014, à raison de la même plus-value immobilière et à concurrence d'une somme de 6 881 euros.

Sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires :

3. Aux termes du I de l'article 150 U du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH () ". Aux termes de l'article 150 V du même code : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant ". L'article 150 VB du même code dispose que : " I. Le prix d'acquisition est le prix effectivement acquitté par le cédant, tel qu'il est stipulé dans l'acte, étant précisé que ce prix s'entend de l'existant et des travaux dans le cas d'une acquisition réalisée selon le régime juridique de la vente d'immeuble à rénover. Lorsqu'une dissimulation du prix est établie, le prix porté dans l'acte doit être majoré du montant de cette dissimulation. En cas d'acquisition à titre gratuit, le prix d'acquisition s'entend de la valeur retenue pour la détermination des droits de mutation à titre gratuit. A défaut, selon le cas, de prix stipulé dans l'acte ou de valeur retenue pour la détermination des droits de mutation à titre gratuit, le prix d'acquisition s'entend de la valeur vénale réelle à la date d'entrée dans le patrimoine du cédant d'après une déclaration détaillée et estimative des parties. / Lorsqu'un bien a été acquis moyennant le paiement d'une rente viagère, le prix d'acquisition retenu pour ce bien est la valeur en capital de la rente, à l'exclusion des intérêts. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, dans le cas où l'immeuble cédé a été acquis moyennant le paiement d'une rente viagère, le prix d'acquisition retenu pour ce bien est constitué par le capital représentatif de la rente au jour de l'acquisition.

5. Il résulte de l'instruction que la SCI Erval a cédé un bien immobilier à usage d'habitation, le 18 septembre 2014, qu'elle avait acquis moyennant le paiement d'une rente viagère à Mme B, le 15 juin 2012. Cet acte de cession a fixé le prix de vente de ce bien immobilier à la somme totale de 549 000 euros, dont 420 000 euros versés le jour de la vente, le solde ayant été converti en une rente viagère annuelle de 26 016 euros. Dès lors, en application des dispositions précitées du code général des impôts, le prix d'acquisition est constitué par le capital représentatif de la rente, soit en l'espèce la somme de 549 000 euros, à laquelle il convient de soustraire la valeur du box, non compris dans la cession, évalué à 15 000 euros par la SCI Erval sans que cela ne soit contesté par l'administration. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la SCI Erval, dont M. C est associé, a retenu la somme de 534 000 euros comme prix d'acquisition pour le calcul de la plus-value immobilière réalisée le 18 septembre 2014.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C, qui ne conteste pas expressément les autres chefs de rectification retenus par le vérificateur, relatifs aux frais d'acquisition fixés forfaitairement à 7,5 % du prix d'acquisition conformément au 3° du II de l'article 150 VB du code général des impôts et au rejet des dépenses de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration faute de production des justificatifs correspondants, est seulement fondé à demander la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes, à raison de la fraction de la plus-value immobilière réalisée le 18 septembre 2014, résultant de la substitution du prix d'acquisition de 534 000 euros au prix de 433 830 euros retenu par le service.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens. En revanche, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées à ce titre par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Pour la détermination de la plus-value immobilière réalisée le 18 septembre 2014 lors de la cession d'un appartement sis à Neuilly-sur-Seine, le prix d'acquisition est fixé à 534 000 euros.

Article 2 : M. C est déchargé des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 à raison de la différence entre la plus-value immobilière résultant du prix d'acquisition fixé à l'article 1er et celle résultant du prix arrêté par le service à 433 830 euros.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

signé

A. RICHARD

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.