Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114250

vendredi 8 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114250
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 novembre 2021 et 22 avril 2022, M. A B demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe annuelle sur les locaux vacants auxquelles il a été assujetti au titre des années 2018 à 2020, à raison d'appartements situés 51, rue de Montigny à Cormeilles-en-Parisis.

M. B soutient que :

- il aurait dû être exonéré de taxe sur les logements vacants, dès lors que sur les années d'imposition en litige ses appartements étaient en travaux ;

- ses appartements étaient en vente au profit de la commune en raison de leur classement en zone rouge, et en vue de leur démolition.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que :

- les conclusions tendant à la décharge des cotisations de taxe annuelle sur les logements vacants au titre des années 2018 et 2019 sont irrecevables, la réclamation préalable ayant été présentée tardivement ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été assujetti, à raison d'immeubles situés 51, rue de Montigny à Cormeilles-en-Parisis, dont il est propriétaire, à des cotisations de taxe annuelle sur les locaux vacants au titre des années 2018 à 2020. Par une décision du 8 septembre 2021, l'administration fiscale a rejeté la réclamation présentée par l'intéressé le 11 août 2021. M. B demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe annuelle sur les logements vacants auxquelles il a été assujetti au titre des années 2018 à 2020.

2. Aux termes de l'article 232 du code général des impôts dans sa version applicable aux années d'imposition en litige : " I. - La taxe annuelle sur les logements vacants est applicable dans les communes appartenant à une zone d'urbanisation continue de plus de cinquante mille habitants où existe un déséquilibre marqué entre l'offre et la demande de logements, entraînant des difficultés sérieuses d'accès au logement sur l'ensemble du parc résidentiel existant, qui se caractérisent notamment par le niveau élevé des loyers, le niveau élevé des prix d'acquisition des logements anciens ou le nombre élevé de demandes de logement par rapport au nombre d'emménagements annuels dans le parc locatif social () II. - La taxe est due pour chaque logement vacant depuis au moins une année, au 1er janvier de l'année d'imposition () III. - La taxe est acquittée par le propriétaire () VI. - La taxe n'est pas due en cas de vacance indépendante de la volonté du contribuable () ".

3. Le Conseil constitutionnel, dans ses décisions n° 98-403 DC du 29 juillet 1998 et n° 2012-662 DC du 29 décembre 2012, n'a admis la conformité à la Constitution des dispositions instituant la taxe sur les logements vacants que sous certaines réserves. Il a notamment jugé que ne sauraient être assujettis à la taxe annuelle sur les logements vacants des logements, d'une part, qui ne pourraient être rendus habitables qu'au prix de travaux importants dont la charge incomberait nécessairement à leur détenteur, et, d'autre part, en ce qui concerne la vacance involontaire des logements, ceux " dont la vacance est imputable à une cause étrangère à la volonté du bailleur, faisant obstacle à leur occupation durable, à titre onéreux ou gratuit, dans des conditions normales d'habitation, ou s'opposant à leur occupation, à titre onéreux, dans des conditions normales de rémunération du bailleur. Ainsi, doivent être notamment exonérés les logements ayant vocation, dans un délai proche, à disparaître ou à faire l'objet de travaux dans le cadre d'opérations d'urbanisme, de réhabilitation ou de démolition, ou les logements mis en location ou en vente au prix du marché et ne trouvant pas preneur. ".

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ d'application de la taxe sur les logements vacants prévue par l'article 232 précité du code général des impôts.

5. M. B soutient qu'il n'a pas pu louer ses appartements lors des trois années d'imposition en litige, dès lors que ceux-ci faisaient l'objet de travaux visant, à la rénovation des salles de bains et des cuisines. Toutefois, il est constant que ces appartements étaient habitables avant le commencement des travaux et il ne résulte pas de l'instruction que la réalisation de ces travaux, décrits par l'avis du Domaine du 16 octobre 2019 comme ayant conduit à une rénovation minimale, aient pu faire obstacle à leur habitation. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il aurait vainement tenté de vendre son bien à la commune de Cormeilles-en-Paris, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait mis son bien à la vente sur le marché. En outre, si l'intéressé fait valoir que cette vente à la commune avait pour finalité la démolition de l'immeuble classé en zone rouge, il ne résulte pas de de l'instruction qu'au 1er janvier des années d'imposition ne litige, en l'absence de perspectives sérieuses de vente, cette démolition aurait pu intervenir dans un délai proche. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a assujetti M. B à la taxe annuelle sur les logements vacants, au titre des années 2018 à 2020, à raison de ces immeubles.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des impositions en litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.