Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200878

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200878
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantACGR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 janvier 2022 et le 26 janvier 2024, Mme C B née A, représentée par Me Gaillard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 23 novembre 2021 par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable, l'existence d'un indu de revenu minimum d'insertion d'un montant de 11 817, 67 euros afférent à la période du 1er janvier 2005 au 31 janvier 2008, et a implicitement rejeté sa demande d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur en date du 7 septembre 2021 ainsi que sa demande de remise gracieuse de sa dette ;

2°) de prononcer la décharge totale de cette somme ;

3°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur en date du 7 septembre 2021.

Elle soutient que :

- cette dette est prescrite en application des dispositions de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles ;

- il n'est pas justifié de la qualité du contrôleur de la caisse d'allocations familiales ;

- les conclusions de la caisse d'allocations familiales ne lui ont jamais été notifiées et elle n'a donc pas eu les moyens de s'expliquer sur ces dernières ;

- elle n'avait pas à déclarer les ressources de son époux et devait donc être regardée comme isolée ;

- la saisie administrative à tiers détenteur mentionne un montant de dette de 13 724, 30 euros augmentée de 412 euros de frais ; or, à la suite de son recours administratif préalable obligatoire, le département indiquait qu'elle restait redevable de la somme de 11 815, 67 euros ; il y a donc une incohérence dans le montant des sommes réclamées.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la fraude étant caractérisée, le moyen tiré de la prescription de la créance opposée par la requérante doit être écarté ;

- aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration de communiquer à la personne à qui le remboursement de l'indu est demandé le rapport d'enquête établi par les services de la caisse d'allocations familiales ;

- la différence de montant relevée par la requérante résulte de l'actualisation du montant de sa dette compte tenu des retenues déjà effectuées ;

- le contrôle opéré par les services de la caisse d'allocations familiales a mis en évidence le défaut de déclaration par l'intéressée d'une pension alimentaire et de sa situation de vie maritale ;

- la requérante s'est rendue auteur de fausses déclarations et ne justifie pas de sa situation de précarité ce qui fait obstacle à ce qu'elle bénéficie d'une remise de dette.

Par un courrier en date du 15 mars 2024, les parties ont été informées de ce qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens d'ordre public suivants :

- incompétence de la juridiction administrative pour connaître d'une demande d'annulation d'une saisie administrative à tiers détenteur ;

- irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision mettant à la charge de Mme

B née A un indu de revenu minimum d'insertion contestée par recours administratif préalable du 8 novembre 2021, ce recours étant tardif dès lors que Mme B née A peut être regardée comme ayant eu connaissance de cet indu au plus tard le 30 octobre 2008, date à laquelle il apparait qu'elle a saisi la commission départementale d'aide sociale des Hauts-de-Seine d'une contestation de cet indu.

Un mémoire complémentaire a été enregistré le 20 mars 2024 pour Mme B née A qui indique, en réponse aux moyens d'ordres publics communiqués :

- demander l'annulation de la seule décision d'indu de revenu minimum d'insertion ;

- que la décision attaquée a été contestée devant la commission départementale d'aide sociale qui a disparu le 1er janvier 2019 et dont les compétences ont été transférées au juge administratif. Elle ajoute qu'elle n'a plus jamais eu de nouvelles de de la part de cette commission.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 23 novembre 2021, le département des Hauts-de-Seine a notifié à Mme B née A, allocataire du revenu minimum d'insertion puis du revenu de solidarité active, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 817, 67 euros afférent à la période du 1er janvier 2005 au 31 janvier 2008 et a implicitement rejeté sa demande de remise gracieuse de cette dette ainsi que sa demande d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur en date du 7 septembre 2021. Mme B née A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Si, dans sa requête introductive d'instance, Mme B née A indiquait demander l'annulation de de la saisie administrative à tiers détenteur en date du 7 septembre 2021, conclusions qui ne relevaient pas de la compétence de la juridiction administrative, elle a précisé, dans le dernier état de ses conclusions et en réponse au moyen d'ordre public soulevé le 15 mars 2024, se borner à contester la décision par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable, l'existence d'un indu de revenu minimum d'insertion.

Sur l'indu litigieux :

3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B née A s'est vu notifier, par un courrier en date du 31 juillet 2008, un indu de revenu minimum d'insertion d'un montant total de 13 449, 89 euros. Mme B née A doit être regardée comme ayant eu connaissance, au plus tard, de cette décision, le 30 octobre 2008, date à laquelle la commission départementale d'aide sociale des Hauts-de-Seine a accusé réception de son courrier, enregistré le 25 juillet 2008, par lequel elle avait entendu contester cet indu. Ainsi, et alors que la saisie administrative à tiers détenteur en date du 7 septembre 2021, ne peut donc être regardée comme révélant, en l'espèce, une nouvelle décision de récupération d'indu, le recours administratif préalable présenté par Mme B née A le 8 novembre 2021, à réception de cette saisie administrative à tiers détenteur et donc plus de treize ans après la date à laquelle Mme B née A a eu connaissance de l'indu litigieux, présente un caractère tardif. Si la requérante soutient, dans le dernier état de ses écritures, qu'ayant saisi la commission départementale d'aide sociale des Hauts-de-Seine, elle était en attente d'une décision de cette commission qui ne serait jamais intervenue, il ressort des dernières pièces produites par la requérante, et notamment d'un échange de courriels intervenu en avril 2013, qui fait au demeurant apparaitre que l'existence de l'indu litigieux avait déjà été confirmé à Mme B née A, que cette dernière avait connaissance que son dossier était désormais suivi par le conseil départemental des Hauts-de-Seine. Par ailleurs, et en tout état de cause, l'intéressée n'établit pas en s'abstenant de produire l'ensemble des échanges ayant eu lieu avec le conseil départemental, qu'elle était depuis cette date, en attente d'une réponse de ce dernier justifiant qu'elle présente, plus de huit années plus tard, un recours administratif. Par suite, sa requête tendant à l'annulation de la décision en date du 23 novembre 2021 par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé l'existence d'un indu de revenu minimum d'insertion à sa charge doit être rejetée comme irrecevable.

Sur le refus de remise gracieuse :

5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par le département à la date de sa décision, justifie l'octroi d'une remise.

6. D'une part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle.

7. D'autre part, un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu de cette allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

8. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige trouve son origine dans une double omission de la requérante qui n'a pas déclaré le montant d'une pension alimentaire qu'elle percevait sur la période en cause non plus que sa situation de vie maritale. La requérante se borne à contester la vie maritale avec M. B en soutenant, sans apporter aucun commencement de preuve, qu'à l'époque M. B avait une adresse distincte de la sienne, située à Angerville dans l'Essonne. Ces fausses déclarations font donc obstacle, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, à la remise gracieuse, partielle ou totale, de l'indu mis à la charge de la requérante.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B épouse A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B née A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B née A et au département des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

H. Lepetit-CollinLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière

N°2200878