Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202457
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2202457 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 février et 3 octobre 2022, M. B A demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.
Il soutient que :
- la proposition de rectification du 3 février 2021 ainsi que la réponse aux observations du contribuable du 9 mars 2021 ne sont pas suffisamment motivées conformément aux dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales, s'agissant de l'allongement du délai de reprise ;
- l'administration fiscale n'ayant pas explicité le délai de reprise, elle ne l'a pas mis en mesure de recourir à la procédure de régularisation prévue à l'article L. 62 du livre des procédures fiscales ;
- le délai de reprise est expiré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
L'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France a produit un mémoire, enregistré le 29 mai 2024, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- l'ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d'urgence sanitaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh,
- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les revenus au titre de l'année 2017. A la suite de l'exercice de son droit de communication, l'administration a constaté que M. A avait reçu une rémunération imposable d'un montant de 12 731 euros au titre des congés payés de l'année 2017 de la caisse des intempéries du BTP d'Ile-de-France. En conséquence, par une proposition de rectification du 3 février 2021, M. A s'est vu notifier des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017, assorties des pénalités correspondantes, à hauteur de 5 469 euros. A la suite des observations de M. A, présentées par courriers des 23 février et 1er avril 2021, le service a maintenu les rectifications en cause par courriers des 9 mars 2021 et 13 avril 2021. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 juin 2021. La réclamation du 6 juillet 2021, présentée par le requérant en vue d'obtenir le dégrèvement de ces impositions supplémentaires, a fait l'objet d'une décision de rejet de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France, le 22 décembre 2021. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des impositions en litige.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. (). ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation à l'administration de mentionner les dispositions du code général des impôts sur lesquelles les redressements sont fondés.
3. M. A a été assujetti à des cotisations supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017 tirant les conséquences fiscales du rehaussement proposé en matière de traitements et salaires à hauteur de 12 731 euros, selon la procédure contradictoire sur le fondement de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. La proposition de rectification du 3 février 2021 comporte la désignation de l'impôt concerné, l'année d'imposition, la base d'imposition, les motifs de fait et de droit ainsi que les conséquences financières. Si M. A reproche au service de ne pas avoir précisé le fondement du délai de reprise allongé au 14 juin 2021 dont disposait l'administration pour l'imposition en litige, cette circonstance est sans incidence sur la motivation de la proposition de rectification, dès lors que les motifs de fait et de droit sur lesquelles l'administration s'est fondée pour justifier les rectifications envisagées sont suffisamment explicités pour être discutés. En outre, le courrier du 9 mars 2021 par lequel l'administration fiscale a répondu aux observations présentées par M. A est suffisamment motivé au regard du contenu de ces observations. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la proposition de rectification du 3 février 2021 et le courrier du 9 mars 2021 seraient insuffisamment motivés au sens des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales : " Au cours d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de comptabilité et pour les impôts sur lesquels porte cette vérification ou cet examen, le contribuable peut régulariser les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances dans les déclarations souscrites dans les délais, moyennant le paiement d'un intérêt de retard égal à 70 % de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Cette procédure de régularisation spontanée ne peut être appliquée que si : 1° Le contribuable en fait la demande, en cas de vérification de comptabilité, avant toute proposition de rectification et, en cas d'examen de comptabilité, dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition de rectification ; () ".
5. M. A soutient que l'administration fiscale n'ayant pas explicité le délai de reprise dans la proposition de rectification et la réponse à ses observations, elle ne l'a pas mis en mesure de recourir à la procédure de régularisation prévue à l'article L. 62 du livre des procédures fiscales. Toutefois, il résulte des termes mêmes de la proposition de rectification du 3 février 2021 qu'il a été informé de la possibilité de demander la régularisation prévue à l'article L. 62 du livre des procédures fiscales. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. (). ". En outre, l'article L. 189 du même livre dispose que : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun. (). ". Par ailleurs, l'article 10 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, modifié par l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d'urgence sanitaire, dispose que : " I.-Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais : / 1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales ou de l'article 354 du code des douanes lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020 ; / 2° Accordés à l'administration ou à toute personne ou entité et prévus par les dispositions du titre II des première, deuxième et troisième parties du livre des procédures fiscales, à l'exception des délais de prescription prévus par les articles L. 168 à L. 189 du même livre, par les dispositions de l'article L. 198 A du même livre en matière d'instruction sur place des demandes de remboursement de crédits de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que par les dispositions de l'article 67 D du code des douanes ; / Toutefois, sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 juin 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant cette même période, les délais prévus aux articles L. 18, L. 64 B, L. 80 B, L. 80 C et L. 80 CB du livre des procédures fiscales et ceux prévus à l'article 345 bis du code des douanes ; / 3° Prévus à l'article 32 de la loi du 10 août 2018 susvisée. / II. Les dispositions de l'article 2 de la présente ordonnance ne s'appliquent pas aux déclarations servant à l'imposition et à l'assiette, à la liquidation et au recouvrement des impôts, droits et taxes. ".
7. En l'espèce, il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le délai de reprise en matière d'impôt sur le revenu expire en principe le 31 décembre de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, soit pour l'imposition en litige due au titre de l'année 2017, le 31 décembre 2020. Toutefois, en application des dispositions de l'article 10 de l'ordonnance du 25 mars 2020, le délai de reprise imparti à l'administration concernant les impositions litigieuses a été suspendu du 12 mars 2020 jusqu'au 23 août 2020 inclus, et expirait ainsi le 14 juin 2021. Il s'ensuit que le délai de prescription des impositions litigieuses n'était pas échu le 3 février 2021, date à laquelle la proposition de rectification a été adressé au requérant. Par suite, le moyen relatif à la prescription doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Eustache, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Saïh
Le président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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