Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203986

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203986
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET FIDAL DIRECTION INTERNATIONALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mars et 5 septembre 2022, la SAS NEUILLY MADRID, représentée par Me du Pasquier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020, à raison de l'établissement hôtelier dont elle est propriétaire situé 199, avenue Charles de Gaulle à Neuilly-sur-Seine ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'État aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration fiscale n'a pas procédé à une exonération de la cotisation de taxe foncière dans la mesure où elle répond aux conditions posées par les dispositions de l'article 1389 du code général des impôts, interprétées par la doctrine du bulletin officiel des finances publiques, publiée sous la référence BOI-IF-TFB-50-20-30 ;

- les mesures de confinement, de restriction des déplacements et de fermeture des frontières instaurées pendant l'état d'urgence sanitaire sont indépendantes de sa volonté ;

- ces mesures ont fait obstacle à la venue de sa clientèle internationale et d'affaires et ont ainsi conduit à l'inexploitation de son établissement du 17 mars au 21 juin 2020.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 juin 2022 et 14 mai 2024, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par la SAS NEUILLY MADRID ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- les décrets n° 2020-545 du 23 mars 2020 et n° 2020-548 du 11 mai 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Louazel, conseillère, pour statuer sur les affaires relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, magistrate désignée ;

- les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS NEUILLY MADRID a été assujettie à la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020 à raison de l'établissement hôtelier dont elle est propriétaire situé 199, avenue Charles de Gaulle à Neuilly-sur-Seine. Par une réclamation préalable en date du 28 décembre 2021, rejetée le 15 février 2022, la SAS NEUILLY MADRID a demandé le dégrèvement de cette cotisation à raison de l'inexploitation de l'établissement pendant l'état d'urgence sanitaire. La société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de cette imposition.

Sur les conclusions aux fins de réduction :

2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes du I de l'article 1389 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée. ".

3. Il n'est pas contesté que les mesures de restriction de déplacements prises par l'État pour endiguer la propagation de la pandémie de covid-19, en particulier le confinement de la population du 16 mars au 11 mai 2020 ainsi que la limitation des déplacements, ont constitué des circonstances indépendantes de la volonté de la SAS NEUILLY MADRID. Pour autant, ni le décret du 23 mars 2020 ni celui qui lui a succédé le 11 mai suivant, prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, n'ont interdit aux établissements hôteliers d'accueillir du public. Par ailleurs, la société n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle n'aurait pu maintenir une activité, même partielle, pendant la période en litige, laquelle n'est au demeurant pas justifiée, alors que des dispositifs de soutien financier destinés à compenser le ralentissement de l'activité au cours de l'année 2020 ont été mis en place à l'attention du secteur hôtelier. Dans ces conditions, l'inexploitation de l'hôtel, resté fermé après la date de levée du premier confinement, durant la période litigieuse, ne peut être regardée que comme une décision de gestion de la société requérante. Dans ces conditions, la SAS NEUILLY MADRID n'est pas fondée à soutenir à soutenir qu'elle serait indépendante de sa volonté au sens des dispositions de l'article 1389 du code général des impôts.

4. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales pour contester le bien-fondé de l'imposition primitive en litige, laquelle n'a fait l'objet d'aucun rehaussement. En tout état de cause, les énonciations de la doctrine référencée BOI-IF-TFB-50-20-30 du 6 juillet 2016 ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties de la SAS NEUILLY MADRID doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la SAS NEUILLY MADRID doivent, dès lors, être rejetées.

7. La présente instance n'ayant pas donné lieu à la liquidation de dépens, les conclusions de la SAS NEUILLY MADRID présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS NEUILLY MADRID est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS NEUILLY MADRID et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. LOUAZEL

La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.