Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205536
jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2205536 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, la SA RATP HABITAT demande au tribunal de prononcer la réduction, d'un montant de 212 457,74 euros, de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020, à raison de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire situé 77, rue Ernest Renan à Meudon.
Elle soutient que :
- elle justifie de la déductibilité, sur le fondement de l'article 1391 C du code général des impôts, des sommes qu'elle a engagées en vue, notamment, de modifier les accès à la résidence, de créer des places de parking adaptées aux personnes à mobilité réduite, de créer de nouveaux locaux de dépôt des ordures ménagères, et de renouveler l'éclairage extérieur, ces travaux ayant permis d'améliorer l'accessibilité de ses immeubles aux personnes en situation de handicap ;
- les dépenses de maîtrise d'œuvre sont également déductibles au prorata des sommes affectées à l'amélioration de l'accessibilité de ses immeubles aux personnes en situation de handicap ;
- l'administration fiscale a méconnu sa propre doctrine référencée BOI-IF-TFB-50-20-20-10 et BOI-IF-50-20-2030.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer à hauteur d'une somme de 29 389 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle soutient que :
- elle a procédé à un dégrèvement, en cours d'instance, d'un montant de 29 389 euros ;
- les conclusions aux fins de réduction présentées par la SA RATP HABITAT sont irrecevables en tant qu'elles excèdent le montant du dégrèvement qu'elle a demandé dans sa réclamation préalable ;
- les moyens invoqués par la SA RATP HABITAT ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Villette, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, magistrat désigné ;
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SA RATP HABITAT a été assujettie, au titre de l'année 2020, à une cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties, à raison de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire, dénommé " Résidence Bellevue ", situé 77, rue Ernest Renan à Meudon. Par une réclamation du 14 décembre 2021, rejetée par l'administration fiscale le 10 février 2022, la société requérante a demandé, sur le fondement de l'article 1391 C du code général des impôts, la réduction de cette imposition à hauteur de dépenses engagées en vue d'améliorer l'accessibilité de ces immeubles aux personnes handicapées. La SA RATP HABITAT demande au tribunal de prononcer la réduction de cette imposition.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision en date du 22 octobre 2022, postérieure à l'enregistrement de la requête, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise a prononcé le dégrèvement de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle la SA RATP HABITAT a été assujettie au titre de l'année 2020, à hauteur d'une somme de 29 389 euros. La requête de la SA RATP HABITAT est, dans cette mesure, devenue sans objet.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Aux termes de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " () Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration () ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable ne peut ni contester devant le tribunal administratif des impôts autres que ceux qu'il a contestés dans sa réclamation préalable, ni solliciter une décharge ou une réduction d'impôt d'un montant supérieur à celui qui a été demandé par cette réclamation.
4. Il résulte des termes de la décision de rejet de la réclamation préalable, non contestés par la SA RATP HABITAT, que le montant du dégrèvement demandé dans le cadre de cette réclamation s'élevait à 160 723 euros. Dès lors les conclusions aux fins de réduction présentées par la société requérante, à hauteur d'une somme de 212 457,74 euros, sont irrecevables en ce qu'elles excèdent la somme de 160 723 euros.
Sur les conclusions aux fins de réduction :
Sur le terrain de la loi fiscale :
5. Aux termes de l'article 1391 C du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Les dépenses engagées par les organismes d'habitations à loyer modéré () pour l'accessibilité et l'adaptation des logements aux personnes en situation de handicap sont déductibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties versée aux collectivités territoriales. ". Pour être déductibles en application de ces dispositions, les dépenses doivent avoir été engagées pour des travaux qui, dans leur totalité ou pour partie, améliorent effectivement l'accessibilité des immeubles et logements pour les personnes en situation de handicap, y compris celles correspondant à la réalisation des travaux préparatoires ou de remise en état indispensables à ces travaux d'amélioration et qui en sont indissociables, sans que qu'il ne soit exigé que ces travaux portent spécifiquement sur des équipements spécialisés pour les personnes handicapées.
Sur les dépenses relatives à la pose de clôtures et à l'installation de portails motorisés :
6. Si la SA RATP HABITAT demande la déduction des dépenses relatives à la pose de clôtures métalliques en limite du site dont elle est propriétaire, de tels travaux ne peuvent être regardés comme favorisant l'accessibilité de l'immeuble aux personnes en situation de handicap. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que l'installation de portails motorisés aux différents accès de la résidence permette d'en améliorer l'accessibilité aux personnes en situation de handicap, alors que cet accès sur la voie publique était auparavant libre de tout obstacle.
Sur les dépenses d'éclairage :
7. En se bornant à produire une étude d'éclairement peu précise, la SA RATP HABITAT n'établit pas que le renouvellement des éclairages extérieurs, par l'installation de lampadaires à LED, permettrait d'obtenir des gains réels de visibilité et améliorerait, ainsi, l'accessibilité du site aux personnes en situation de handicap. Dès lors, elle n'est pas fondée à demander la déduction des sommes correspondantes.
Sur les dépenses relatives à la rénovation des voiries et à la création de places de stationnement :
8. La SA RATP HABITAT demande la déductibilité des dépenses relatives à la rénovation des voiries et à la création de places de stationnement mentionnées à l'annexe de la situation 9 émise par la société Colas (items 6.8.9 à 6.8.13), à proportion du nombre de places de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduites créées par rapport au nombre total de places de stationnement, soit une somme de 29 389 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a, par un avis du 22 octobre 2022, procédé au dégrèvement de l'imposition correspondante. Par suite, la SA RATP HABITAT n'est pas fondée à demander la déduction de ces sommes.
Sur les dépenses relatives à la création de locaux d'ordures ménagères extérieurs :
9. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre des travaux de rénovation de la " Résidence Bellevue " dont elle est propriétaire, la SA RATP HABITAT a procédé à l'installation en extérieur de plusieurs locaux d'ordures ménagères, adaptés au tri sélectif et accessibles aux personnes à mobilité réduite, et dont l'accès est protégé par l'implantation de plots en béton faisant obstacle au stationnement de véhicules. Si l'administration fiscale fait valoir que de tels travaux ne sauraient constituer une amélioration, dès lors que le dépôt des ordures ménagères par les personnes à handicapées était facilité par la présence de vide-ordures à chaque étage, il ne résulte pas de l'instruction que de tels équipements permettaient d'effectuer le tri sélectif, alors que les anciens locaux de dépôt des ordures ménagères, qui se trouvaient au sous-sol des immeubles, étaient difficilement accessibles aux personnes handicapées. Dans ces conditions, la SA RATP HABITAT est fondée à demander la déduction des dépenses relatives à la création de locaux d'ordures ménagères extérieurs, mentionnées à l'annexe de la situation 9 émise par la société Colas (items 6.8.4 et 6.8.14).
Sur les dépenses relatives au marquage au sol des places de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite :
10. Les dépenses relatives au marquage au sol des places de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite ont été engagées en vue d'améliorer effectivement l'accessibilité des immeubles et logements aux personnes en situation de handicap. Par suite, la SA RATP HABITAT est fondée à demander la déduction de ces dépenses mentionnées à l'annexe de la situation 9 émise par la société Colas (items 6.8.9, 6.8.10, 6.8.12, 6.8.13).
Sur les dépenses relatives à l'amélioration du cheminement extérieur et des revêtements des sols :
11. Il résulte de l'instruction que les travaux réalisés afin d'améliorer les cheminements extérieurs et les revêtements des sols ont permis de combler les trous et ressauts présents sur les cheminements piétons, et de les délimiter au moyen de bordures et d'éléments de signalétique adaptés. Par ailleurs, l'accès aux immeubles a été facilité par l'implantation de plots anti-stationnement. Ces travaux doivent, ainsi, être regardés comme ayant permis d'améliorer l'accessibilité des immeubles au personnes en situation de handicap. Par suite, la SA RATP HABITAT est fondée à demander la déduction des dépenses correspondantes mentionnées à l'annexe de la situation 9 émise par la société Colas (item 6.8.15).
12. En revanche, il ne résulte pas de l'instructions que les travaux d'amélioration du cheminement extérieur et du revêtement des sols de l'aire de jeu (items 6.9.2.3, 6.9.2.4 et 6.9.2.5) permettraient d'améliorer l'accès de cette aire de jeu aux personnes handicapées, faute pour la requérante de produire tout élément permettant d'en apprécier l'état antérieur. LA SA RATP HABITAT n'est, dès lors, pas fondée à demander la réduction des impositions en litige à hauteur de ces dépenses.
Sur les dépenses d'installation et les frais de maîtrise d'œuvre :
13. La SA RATP HABITAT est fondée à demander la déduction de la part des dépenses d'installation du chantier et des frais de maîtrise d'œuvre correspondant aux travaux améliorant l'accessibilité des immeubles aux personnes en situation de handicap, déterminée par application à ces dépenses d'un ratio résultant du rapport entre les dépenses déductibles en application du présent jugement et le montant total des travaux.
Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
14. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ".
15. La SA RATP HABITAT ne peut utilement se prévaloir des énonciations des instructions administratives référencées BOI-IF-TFB-50-20-20-10 et BOI-IF-50-20-2030, qui au demeurant ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement, dès lors que le refus de dégrèvement de la cotisation primitive de taxe foncière sur les propriétés bâties primitive en raison de dépenses d'amélioration de l'accessibilité et de l'adaptation des logements aux personnes en situation de handicap dont un organisme d'habitations à loyer modéré peut demander à bénéficier en application de l'article 1391 C du code général des impôts ne constitue pas un rehaussement des impositions initialement mises à sa charge.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la SA RATP HABITAT est seulement fondée à demander la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020, à hauteur des sommes mentionnées à l'annexe de la situation 9 émise par la société Colas relatives à la création de locaux d'ordures ménagères extérieurs (items 6.8.4 et 6.8.14), au marquage au sol des places de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite (items 6.8.9, 6.8.10, 6.8.12, 6.8.13), à l'amélioration du cheminement extérieur et des revêtements des sols (item 6.8.15), ainsi que de la part des dépenses d'installation du chantier et des frais de maîtrise d'œuvre correspondant aux travaux améliorant l'accessibilité des immeubles aux personnes en situation de handicap telle que mentionnée au point 13 du présent jugement.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge présentées par la SA RATP HABITAT à hauteur du dégrèvement de 29 389 euros présenté en cours d'instance.
Article 2 : La cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle la SA RATP HABITAT a été assujettie au titre de l'année 2020, à raison de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire situé 77, rue Ernest Renan à Meudon, est réduite à hauteur des sommes mentionnées au point 16 du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SA RATP HABITAT est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SA RATP HABITAT et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le magistrat désigné,
signé
G. VILLETTE La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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