Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206428
mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206428 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | LE COUPANEC |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Le Coupanec, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 18 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Val-d'Oise a rejeté son recours administratif dirigé contre le titre de recettes émis le 22 juin 2021 tendant au recouvrement de sommes perçues au titre du revenu de solidarité active (RSA) d'un montant total de 15 574, 50 euros, en tant qu'elle concerne la période du 1er novembre 2017 au 11 mars 2019 ;
2°) d'enjoindre au président du Conseil Départemental du Val d'Oise de prendre en compte sa présence effective en France du 1er novembre 2017 au 11 mars 2019 dans son calcul de l'indu sur le RSA et, en conséquence, de ramener la somme demandée à plus justes proportions, soit à la somme de 7 863,43 euros ;
3°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise une somme de 1 440,00 euros sur le fondement de l'article 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle a quitté la France pour aller soigner sa grand-mère atteinte d'un cancer alors qu'elle venait de terminer ses études. Après avoir effectué un aller-retour au début de l'année 2019, elle s'est installée en Israël à son retour le 12 mars 2019. Elle est ensuite revenue en France du 20 au 25 septembre, puis quelques jours au mois de mai 2020. En conséquence, elle n'a indument perçu le RSA que pour la période du 12 mars 2019 au 30 septembre 2020. Le montant de son indu n'est donc pas de 15 574,50 euros mais de 7 863,43 euros.
Par un mémoire enregistré le 31 mars 2023, le département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête a perdu son objet ;
- les moyens soulevés par la requérante doivent être écartés comme non fondés.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 31 janvier 2024, Mme B conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le département doit être écartée.
Un mémoire en défense a été enregistré le 21 mars 2024 pour le département du Val-d'Oise qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens
Par une lettre enregistrée le 25 mars 2024, le conseil de Mme B confirme avoir pris connaissance du dernier mémoire présenté par le département du Val-d'Oise et précise ne pas solliciter de renvoi.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés audit article.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis de sommes à payer émis le 22 juin 2021, le département du Val-d'Oise a poursuivi le recouvrement auprès de Mme B d'une somme de 15 574, 50 euros correspondant au montant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active pour la période comprise entre les mois de novembre 2017 et septembre 2020. Le recours introduit par l'intéressée contre ce titre de recette, par courrier du 4 novembre 2021, a été rejeté par une décision du 18 février 2022. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle concerne la période du 1er novembre 2017 au 11 mars 2019.
Sur l'exception de non-lieu :
2. La circonstance que Mme B ait réglé la totalité du montant de l'indu en litige ne saurait avoir pour effet de rendre sans objet la présente requête. L'exception de non-lieu à statuer doit par conséquent être écartée.
Sur le bien-fondé de l'indu :
3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
4. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
5. Par ailleurs, lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
6. En l'espèce, l'indu de revenu de solidarité active en litige, afférent à la période de novembre 2017 à septembre 2020, a été mis à la charge de Mme B au motif que l'intéressée ne résidait plus de manière régulière et permanente en France depuis le mois de novembre 2017. Si Mme B ne conteste pas résider de manière habituelle en Israël, auprès notamment de sa grand-mère malade, depuis le 12 mars 2019, elle conteste en revanche son absence du territoire national pour la période antérieure, soit pour la période du mois de novembre 2017 au 11 mars 2019. Pour conclure à l'absence de résidence stable et effective sur le territoire français, le rapport d'enquête établi par la caisse d'allocations familiales a relevé que Mme B qui déclarait être sans activité, sans revenu et être hébergée chez sa mère, a effectué toutes ses déclarations trimestrielles de ressources depuis l'étranger pour la période en cause et que la lecture des relevés de comptes bancaires de l'intéressée permettait de constater qu'elle n'effectuait aucune dépense en France ou en Israël et épargnait son revenu de solidarité active. Pour discuter ces constatations, la requérante produit, à l'appui de sa requête, un relevé de virements du revenu de solidarité active pour la période du mois de novembre 2017 au mois de septembre 2020, une attestation de sa grand-mère rédigée le 21 novembre 2020 ainsi qu'un document médical concernant l'état de santé de cette dernière, un document établi par la poste en février 2021, non nominatif, évoquant le retrait d'un courrier contre signature et un billet d'avion à destination de Paris pour le 27 février 2020 qui ne sont pas de nature à démontrer que la requérante résidait bien sur le territoire national pendant la période discutée. Si dans le dernier état de ses écritures, la requérante produit de nouvelles pièces extraites de son téléphone et constituées, notamment, d'échanges de messages et photographies géolocalisées avec des amis par SMS ou sur l'application " WhatsApp " datés de chaque mois de la période en litige, de captures d'écran relatives, notamment, à des trajets effectués en VTC pendant la période en cause, à un trajet en bus en janvier 2018, un trajet en train en mai 2018, et quelques courriels relatifs à des rendez-vous médicaux ou professionnels, elle n'établit pas, par ces pièces, dont la plupart sont de faible caractère probant, et qui, en tout état de cause, n'établissent que ponctuellement sa présence en France, le caractère stable et effectif de sa résidence sur le territoire national pour la période considérée. En outre, la requérante ne produit aucun extrait de son passeport, non plus qu'aucun document officiel tel que relevé de compte ou avis d'imposition de nature à établir cette présence pour la période en cause. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation partielle de la décision attaquée et donc la réduction de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Sa requête doit donc être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le département du Val-d'Oise n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
La magistrate désignée,
Signé
H. Lepetit-CollinLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition
La greffière
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