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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206864

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206864

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206864
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre (JU)
Avocat requérantCHAUMANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 mai 2022 et 3 octobre 2023, la société LOGIREP, représentée par Me Chaumanet, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 29 253,46 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique, avec intérêts de droit ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant sans titre du logement dont elle est propriétaire ;

- le préjudice subi du 11 juillet 2020 au 31 août 2023 s'élève à 29 253,46 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer sur la requête et à titre subsidiaire à son rejet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baude en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société LOGIREP, demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour expulser, en exécution d'une ordonnance du juge des référés du tribunal d'instance de Colombes du 17 novembre 2017, les occupants sans titre du logement dont elle est propriétaire 1 rue des Bourguignons à Bois-Colombes.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".

3. L'article L. 412-6 de ce code dispose par ailleurs : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. "

4. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-331 du 25 mars 2020 relative au prolongement de la trêve hivernale : " Pour l'année 2020, la période mentionnée aux troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 31 mai 2020. " et aux termes de l'article 10 de la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions : " I. - Pour l'année 2020, la période mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et au premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 10 juillet 2020 inclus. () ".

5. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'État lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'État ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité. L'autorité de police dispose, sous réserve de l'application éventuelle de l'article L. 412-6, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et que, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir la réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice est à l'origine.

6. Il résulte de l'instruction que la requérante a requis le concours de la force publique le 3 octobre 2019. Le préfet, au terme du délai de deux mois dont il disposait pour répondre à la réquisition, a implicitement refusé de l'accorder le 3 décembre 2019. La période de responsabilité de l'Etat, tenant compte de la prolongation de la trêve hivernale en 2020, a ainsi commencé à courir à compter du 11 juillet 2020 pour s'achever le 31 août 2023, date de l'expulsion des occupants sans titre.

Sur le préjudice :

7. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.

8. Il résulte de l'instruction qu'un protocole transactionnel est intervenu le 3 juillet 2023 entre les parties aux termes duquel l'Etat a versé une indemnité de 10 458,23 euros à la société LOGIREP en réparation du préjudice subi par celle-ci du 11 juillet 2020 au 30 novembre 2021, et que la société LOGIREP a renoncé à tous droits, actions et prétentions relatifs au préjudice ainsi réparé. Par suite la société LOGIREP est seulement fondée à réclamer la réparation du préjudice subi entre le 1ER décembre 2021 et le 31 août 2023. Il résulte de l'ordonnance du tribunal d'instance de Colombes et du décompte de la dette locative daté du 20 septembre 2023, lequel ne fait état d'indemnités non perçues qu'entre le 30 septembre 2020 et le 30 novembre 2022, que la perte de loyers et de charges subie par la requérante, pour la période du 1er décembre 2021 au 31 août 2023, s'élève à la somme de 9 203,24 euros comprenant à la fois les provisions mensuelles et les soldes annuels de charges locatives. Ainsi, il y a lieu de fixer à ce montant l'indemnité due par l'Etat à la requérante en réparation de son préjudice locatif.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 9 203,24 euros le préjudice subi par la requérante à raison du refus de concours de la force publique.

Sur les intérêts :

10. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. " La société requérante a droit, à compter du 17 janvier 2022, date de sa réclamation à l'Etat, aux intérêts des indemnités d'occupation échues avant cette date et, pour la période postérieure à cette date, à compter de la date d'échéance de chaque indemnité d'occupation.

Sur la subrogation :

11. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'État dans les droits que détient la société requérante à l'encontre des occupants du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'État, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

13. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :L'Etat est condamné à verser à la société LOGIREP la somme de 9 203,24 euros avec intérêt au taux légal à compter du 17 janvier 2022 pour les indemnités d'occupation échues avant cette date et, pour la période postérieure à cette date, avec intérêt au taux légal à compter de la date d'échéance de chaque indemnité d'occupation.

Article 2 : L'État versera à la société LOGIREP une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société LOGIREP et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. - E. BaudeLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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