vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2207231 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ADDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 mai 2022 et 14 septembre 2023, la SARL LATIS, représentée par Me Adda et Me Dalmasso, avocats, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SARL LATIS soutient que :
- la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l'année 2016 a été établie à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que l'administration fiscale ne pouvait pas avoir recours à la procédure de taxation d'office prévue au 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, faute de justifier de lui avoir régulièrement notifié une mise en demeure préalable, et notamment que le pli la contenant serait resté en instance quinze jours au bureau de poste avant son renvoi à l'expéditeur conformément aux dispositions de l'article R. 1-1-6 du code des postes et des télécommunications ;
- l'avis de mise en recouvrement qui lui a été notifié est irrégulier en ce qu'il ne mentionne pas la réponse aux observations du contribuable, en date du 10 juillet 2018, par laquelle l'administration a procédé à une modification des rehaussements envisagés en matière de taxe sur la valeur ajoutée ;
- les sommes figurant sur des factures émises en 2015 et 2016 n'ont pas été rattachées par l'administration au bon exercice fiscal, en méconnaissance du 2 bis de l'article 38 du code général des impôts ;
- l'administration fiscale ne pouvait pas appliquer la majoration de 40% aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er août 2016 au 31 mai 2017, dès lors qu'elle n'établit pas lui avoir régulièrement notifié de mise en demeure.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par la SARL LATIS ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL LATIS, qui exerce une activité de construction et de rénovation de maisons individuelles, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 31 décembre 2017. À l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 18 mai 2018, selon la procédure de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015 et 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes. Ces impositions ont été mises en recouvrement par un avis du 15 novembre 2018. Par une réclamation datée du 8 septembre 2021, rejetée par l'administration fiscale le 30 mars 2022, la société requérante a demandé le dégrèvement de ces impositions. La SARL LATIS demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité () ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis () Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications () ".
3. Il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement du 15 novembre 2018, notifié à la SARL LATIS, renvoie à la proposition de rectification adressée au contribuable le 22 mai 2018 et au courrier du 27 juillet 2017 l'ayant informée, par référence à la réponse aux observations du contribuable du 10 juillet 2018, dont il n'est pas contesté que l'intéressée a eu préalablement connaissance, du montant final des rehaussements. Ainsi, et alors même que cet avis ne mentionne pas la réponse aux observations du contribuable du 10 juillet 2018 par lequel le contribuable a été informé d'une première réduction des redressements initialement notifiés, et dès lors que celui-ci ne peut être regardé comme ayant été privé de la possibilité de contester utilement les impositions mises en recouvrement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 () ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° () de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 1-1-6 du code des postes et des communications électroniques : " Lorsque la distribution d'un envoi postal recommandé relevant du service universel est impossible, le destinataire est avisé que l'objet est conservé en instance pendant quinze jours calendaires. A l'expiration de ce délai, l'envoi postal est renvoyé à l'expéditeur lorsque celui-ci est identifiable. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, un avis du prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré () ". Une notification ne peut être regardée comme régulière lorsque, du fait d'une erreur de la juridiction, le courrier n'a pu être distribué à son destinataire ou lorsque, à la suite d'une défaillance du service postal, soit le courrier n'a pas été présenté au domicile de l'intéressé, soit, ayant été présenté en son absence, il n'a pas fait l'objet d'un avis de mise en instance régulier ou n'a pas été conservé pendant le délai prévu par l'article R. 1-1-6 du code des postes et des communications électroniques.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 30 juin 2017, l'administration fiscale a mis en demeure la SARL LATIS de déposer ses déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er août 2016 au 31 mai 2017, ainsi que sa déclaration d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2016. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le pli contenant cette mise en demeure a été présenté au siège de la SARL LATIS le 5 juillet 2017, puis a été retourné à l'administration fiscale portant la mention " pli avisé et non réclamé ". En se bornant à produire l'avis de réception du pli en litige, lequel ne présente aucune mention de la date de son renvoi à l'expéditeur, l'administration fiscale n'établit pas que ce pli aurait été mis en instance pendant le délai de quinze jours prévu par les dispositions précitées. Toutefois, une telle irrégularité de procédure n'est pas susceptible d'avoir privé le contribuable d'une garantie, dès lors que la SARL LATIS ne justifie ni même n'allègue avoir cherché à récupérer, sans succès, le pli durant le délai de mise en instance. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
7. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " () 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. / Toutefois, ces produits doivent être pris en compte : () b. Pour les travaux d'entreprise donnant lieu à réception complète ou partielle, à la date de cette réception, même si elle est seulement provisoire ou faite avec réserves, ou à celle de la mise à la disposition du maître de l'ouvrage si elle est antérieure () ".
8. La SARL LATIS soutient que les cotisations supplémentaires d'impôt sur les société mises à sa charge résulteraient du rattachement erroné, par l'administration fiscale, du produit de seize factures aux années d'imposition en litige, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 38 du code général des impôts. Toutefois, en se bornant à produire trois factures, la société requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que les travaux correspondants aux dites factures n'auraient pas fait l'objet d'une réception, ni que les bien en résultant n'auraient pas été mis à disposition, au cours des années d'impositions en litige.
Sur les pénalités :
9. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncés au point 6 du présent jugement, la SARL LATIS n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pouvait pas se voir appliquer la majoration de 40% prévue par les dispositions de l'article 1728 du code général des impôts, à défaut de la notification régulière d'une mise en demeure l'invitant à régulariser sa situation.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL LATIS doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. L'État n'étant pas, dans cette instance, la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la SARL LATIS présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL LATIS est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL LATIS et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026