mercredi 3 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2209508 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 4 et 20 juillet 2022, M. A D B, représenté par Me Damy, avocate désignée d'office, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités roumaines.
Il soutient qu'en cas de transfert en Roumanie, il sera renvoyé au Pakistan, où sa vie est menacée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et transmet au tribunal les pièces utiles du dossier en sa possession.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C, conformément à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dutertre, magistrate désignée ;
- les observations de Me Damy, avocate désignée d'office pour représenter M. D B, qui maintient les conclusions à fin d'annulation de la requête, demande au tribunal d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. D B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et soutient en outre que :
•l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant mené l'entretien individuel, dont l'identité n'est pas précisée, était qualifié pour ce faire ;
•M. D B n'a pas déposé de demande d'asile en Roumanie ;
•la Roumanie est confrontée à un afflux de réfugiés ukrainiens en raison de la situation conflictuelle à ses frontières, de sorte qu'il existe dans cet Etat des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile ;
- et les observations de M. D B lui-même, assisté de Mme D, interprète en langue ourdou, qui expose son parcours depuis son départ du Pakistan en septembre 2019, indique que son épouse et son enfant résident au Pakistan, et précise qu'il est en conflit avec des habitants de son village, qui ont porté plainte contre lui et le menace.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant pakistanais né le 20 avril 1992, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 19 mai 2022. Il demande l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités roumaines, qu'il a regardées comme responsables de l'examen de sa demande d'asile.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".
3. M. D B soutient que l'entretien individuel n'a pas été conduit dans des conditions conformes à celles prévues par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 susvisé au motif qu'il n'est pas démontré que l'agent ayant mené cet entretien, non identifié, était qualifié pour ce faire. Toutefois, alors que ni les dispositions précitées ni aucun principe n'imposent que figure sur le compte-rendu de l'entretien la mention de l'identité de la personne qui l'a conduit, il ressort des pièces du dossier que M. D B a bénéficié d'un entretien individuel mené le 19 mai 2022, dans les locaux de la préfecture du Val-d'Oise, par un agent de la préfecture présenté comme qualifié, ce qu'aucun élément du dossier ne permet de mettre en doute. En outre, eu égard aux informations circonstanciées sur son parcours et sa situation personnelle que l'intéressé a pu exposer lors de cet entretien avec l'assistance d'un interprète en langue ourdou, qui sont corroborées par les éléments exposés à l'audience, la circonstance que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée, à la supposer même établie, n'a pas privé le requérant d'une garantie et n'a pas davantage été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise. Par suite, M. D B n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 ont été méconnues.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement n° 603/2013 du 23 juin 2013 susvisé : " 1. Chaque Etat membre relève sans tarder l'empreinte digitale de tous les doigts de chaque demandeur d'une protection internationale () ". Aux termes de l'article 24 de ce même règlement : " () 4. Le numéro de référence commence par la lettre ou les lettres d'identification prévues dans la norme visée à l'annexe I, qui désigne l'Etat membre qui a transmis les données. La lettre ou les lettre d'identification sont suivies du code indiquant la catégorie de personnes ou de demandes. " 1 " renvoie aux données concernant les personnes visées à l'article 9, paragraphe 1, "2 " aux personnes visées à l'article 14, paragraphe 1 () ".
5. M. D B soutient que, si ses empreintes ont été relevées en Roumanie, il n'a jamais présenté de demande d'asile dans ce pays, contrairement à ce qu'indique l'arrêté en litige. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les empreintes de l'intéressé ont été relevées en Roumanie le 23 avril 2022 sous le numéro " RO 1 TM001T2204231818 ". En application des dispositions précitées de l'article 24 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013, le chiffre " 1 " suivant les lettres " RO " révèle que l'intéressé a formé à cette date une demande de protection internationale en Roumanie. Par ailleurs, il ressort du courrier de réponse de l'Inspection générale de l'immigration roumaine du 31 mai 2022 que cette autorité a accepté la reprise en charge de M. D B sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui régit le cas des ressortissants de pays tiers dont la demande d'asile est en cours d'examen. En se bornant à soutenir qu'il n'a pas présenté une telle demande en Roumanie, M. D B ne contredit pas sérieusement ces mentions. C'est donc sans commettre d'erreur de droit que le préfet du Val-d'Oise a considéré que le requérant avait précédemment déposé une demande d'asile en Roumanie et que les autorités de cet Etat étaient à ce titre tenues de le reprendre en charge. Le moyen soulevé doit dès lors être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable.".
7. La Roumanie est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient néanmoins à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités de ce pays répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. En se bornant à faire état de l'afflux de réfugiés ukrainiens auquel est confrontée la Roumanie et des conditions d'accueil dégradées des demandeurs d'asile qui en résulteraient, le requérant n'apportent pas d'éléments suffisants pour établir qu'il existerait dans cet Etat des défaillances revêtant un caractère systémique dans le traitement des demandes d'asile et les conditions d'accueil des réfugiés. Par suite, le moyen soulevé, tiré de la méconnaissance des dispositions du 2 de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013, doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. M. D B soutient que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que les autorités roumaines risquent de le renvoyer au Pakistan, où sa vie est menacée. Toutefois, l'arrêté de transfert en litige n'a ni pour objet, ni pour effet, de renvoyer l'intéressé vers son pays d'origine, mais emporte uniquement son transfert aux autorités roumaines afin que celles-ci procèdent à l'examen de sa demande de protection internationale. Au surplus, en se bornant à faire état du conflit qui l'oppose aux habitants de son village, le requérant ne justifie pas des risques personnels et actuels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B, à Me Damy, conseil de M. D B, au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2022.
La magistrate désignée,
Signé
S. C
La greffière,
Signé
C. PHU La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604050
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par Mme C..., ressortissante afghane, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 22 avril 2026 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision était légale au regard de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui prévoit un refus en cas de demande de réexamen d’asile. Il a considéré que la motivation était suffisante, que la vulnérabilité de la requérante avait été prise en compte, et que l’OFII n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.
01/06/2026