Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209552

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209552
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022 sous le numéro 2209552, Mme B, représentée par la Sarl Shubert Collin, demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution des rappels de prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre de l'année 2014, à hauteur de 21 545 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens.

Elle soutient que le solde débiteur de son compte courant d'associé dans la SCI Joufrères ayant été remboursé, elle est fondée, en application du a. de l'article 111 du code général des impôts et de l'article 49 bis de l'annexe III de ce code, à demander le remboursement des suppléments de prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des revenus distribués par cette société.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'en vertu de la transaction conclue le 30 avril 2021, la requérante a renoncé à engager toute action contentieuse à l'encontre des impositions contestées.

Par un courrier du 22 mai 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'inapplicabilité des dispositions de l'article 49 ter de l'annexe III au code général des impôts aux prélèvements sociaux.

II- Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022 sous le numéro 2209553, Mme B, représentée par la Sarl Shubert Collin, demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution des rappels d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquels elle a été assujettie au titre de l'année 2014, à hauteur d'un montant total de 62 896 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens.

Elle soutient que le solde débiteur de son compte courant d'associé dans la SCI Joufrères ayant été remboursé, elle est fondée, en application du a. de l'article 111 du code général des impôts et de l'article 49 bis de l'annexe III de ce code, à demander le remboursement des suppléments d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus mis à sa charge au titre des revenus distribués par cette société.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'en vertu de la transaction conclue le 30 avril 2021, la requérante a renoncé à engager toute action contentieuse à l'encontre des impositions contestées.

Par un courrier du 22 mai 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'inapplicabilité des dispositions de l'article 49 ter de l'annexe III au code général des impôts à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public

- et les observations de Me Khanoyan, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Joufrères, qui exploite une activité de location de terrains et d'autres biens immobiliers, a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité à l'issue desquelles l'administration fiscale a constaté qu'au cours des années 2013, 2014 et 2015, des sommes avaient été prélevées sur le compte courant d'associé détenu par M. A B, puis par son épouse, dans les comptes de la société. Après avoir considéré que ces sommes avaient été mises à la disposition de M. B, jusqu'au décès de ce dernier le 16 juillet 2013, puis de Mme B, le service les a réintégrées dans le revenu imposable des intéressés, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du a. de l'article 111 code général des impôts. En conséquence, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales, assorties des pénalités correspondantes, ont été mises à la charge de Mme B au titre des trois années en litige. Par un protocole transactionnel du 30 avril 2021, l'administration a consenti à limiter le montant des pénalités d'assiette et intérêts de retard dont avaient été assorties les impositions établies au titre des années 2014 et 2015 en échange de quoi la contribuable s'est acquittée de l'intégralité des droits dus en renonçant à toute action contentieuse. Par une réclamation du 22 octobre 2021, présentée sur le fondement des dispositions du second alinéa du a. de l'article 111 du code général des impôts, Mme B a demandé la restitution de l'ensemble des impositions mises à sa charge en faisant valoir qu'elle avait intégralement remboursé les avances consenties par la SCI Joufrères durant les trois années litigieuses. Par une décision du 13 mai 2022, le service a accédé à cette demande pour les seules années 2013 et 2015. Par la présente requête, Mme B réitère ses prétentions en ce qui concerne l'année 2014.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes de Mme B présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par l'administration :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable () / 3° Par voie de transaction, une atténuation d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent ne sont pas définitives () ". Aux termes de l'article L. 251 du même livre : " Lorsqu'une transaction est devenue définitive après accomplissement des obligations qu'elle prévoit et approbation de l'autorité compétente, aucune procédure contentieuse ne peut plus être engagée ou reprise pour remettre en cause les pénalités qui ont fait l'objet de la transaction ou les droits eux-mêmes () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. / Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées postérieurement au 1er janvier 1960, à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret ; () ". Aux termes de l'article 49 bis de l'annexe III au code général des impôts : " Tout remboursement fait depuis le 1er janvier 1960 et portant sur des sommes qui, lors de leur versement à titre d'avances, prêts ou acomptes par une personne morale visée à l'article 108 du code général des impôts, ont été considérées comme revenus distribués en application du a de l'article 111 dudit code ou de l'article 41 du décret n° 48-1986 du 9 décembre 1948 ouvre droit, dans les conditions fixées par les articles 49 ter à 49 sexies, à la restitution au profit du bénéficiaire des avances, prêts ou acomptes ou de ses ayants cause, des impositions auxquelles le versement a donné lieu. () ". En vertu de l'article 49 ter de la même annexe, la somme à restituer est égale, en ce qui concerne chacune des impositions énumérées à l'article 49 quater, à la différence entre le montant de l'impôt régulièrement liquidé et effectivement acquitté et le même impôt liquidé en faisant abstraction de la fraction de l'acompte, prêt ou avance qui a fait l'objet du remboursement, ce décompte étant opéré sur le principal des droits à l'exclusion de tous intérêts ou indemnités de retard, majorations de droits et amendes fiscales. Enfin, l'article 49 quater de cette annexe vise l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés.

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la conclusion d'une transaction portant sur les droits et pénalités établis sur le fondement du premier alinéa du a. de l'article 111 du code général des impôts fait obstacle à toute action visant à remettre en cause tant les majorations que les droits eux-mêmes. Toutefois, par principe, une telle transaction ne fait pas obstacle, sauf stipulation clairement contraire en ce sens, à ce que le contribuable, sur le fondement du second alinéa du a. de l'article 111, lequel, selon ses termes s'applique " nonobstant toutes dispositions contraires ", sollicite la restitution des impositions afférentes aux avances ultérieurement remboursées dès lors qu'une telle demande poursuit un objet différent de celle tendant à contester, par une action en décharge ou en réduction, la régularité ou le bien-fondé de ces impositions.

6. En l'espèce, l'administration fait valoir qu'aux termes de la transaction du 30 avril 2021, Mme B a renoncé " à toute action contentieuse " concernant l'imposition en litige, de sorte que son exécution, qui s'est traduite par l'abandon partiel des pénalités et le paiement des droits restant dus, fait obstacle à la présente demande de l'intéressée. Toutefois, en reconnaissant, par cette transaction, la régularité et le bien-fondé de l'imposition, Mme B, qui ne conteste d'ailleurs ni l'une ni l'autre, ne peut être regardée comme ayant expressément renoncé à se prévaloir du droit à restitution prévu par le deuxième alinéa du a. de l'article 111 du code général des impôts en faveur des contribuables ayant régularisé les avances dont ils ont bénéficié au titre d'années antérieures, ce droit étant, du reste, sans incidence sur le bien-fondé des impositions assises sur la distribution. Dès lors, contrairement à ce que soutient le service, la transaction en cause n'a pas pour effet de priver la contribuable, postérieurement au paiement effectif des impôts, de la possibilité d'en demander la restitution dans les formes et selon la procédure prévue aux articles 49 bis à 49 sexies de l'annexe III au code général des impôts. La fin de non-recevoir soulevée en défense par l'administration ne peut donc qu'être écartée.

Sur le bien-fondé de la demande en restitution :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction et, en particulier de la proposition de rectification adressée le 21 juillet 2016 à la requérante, qu'au titre de l'année 2014, le service a taxé entre les mains de Mme B, sur le fondement du a. de l'article 111 du code général des impôts, une somme de 139 000 euros correspondant à la variation positive annuelle du solde débiteur de son compte courant d'associé ouvert dans les écritures de la SCI Joufrères. Mme B, dont il est constant qu'elle a acquitté l'impôt en résultant, établit, ainsi qu'il lui incombe, avoir, par chèque personnel du 18 septembre 2020, porté la somme en question au crédit de ce même compte courant. Par conséquent, et alors que l'administration ne soulève d'ailleurs aucune contestation quant aux justificatifs produits, Mme B est fondée à demander, à raison de ce remboursement, la restitution des suppléments d'impôt sur le revenu qui lui ont été assignés au titre de l'année 2014.

8. En second lieu, et en revanche, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et les prélèvements sociaux ne sont pas au nombre des impositions visées à l'article 49 quater de l'annexe III au code général des impôts dont la restitution est prévue par l'article 49 bis de la même annexe. Par suite, en tant qu'elle concerne ces deux impositions, la demande en restitution de Mme B ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat au profit de Mme B une somme globale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a en revanche pas lieu de condamner l'administration aux dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il est restitué à Mme B la différence entre le montant, d'une part, des suppléments d'impôt sur le revenu établis à son encontre au titre de l'année 2014 et, d'autre part, du même impôt liquidé en faisant abstraction de la somme de 139 000 euros.

Article 2 : L'État versera à Mme B la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209552 et N°2209553