Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210116

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210116
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2022, M. A B demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des suppléments d'impôt sur le revenu qui lui ont été assignés au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la possibilité de saisir la commission des impôts directs a été rayée par l'administration dans sa réponse aux observations du contribuable, alors même qu'il avait contesté notamment les montants des sommes taxées par le service, question de fait entrant dans la compétence de la commission ;

- l'administration n'a pas établi que les prestations facturées par la société anglaise Vanhove Consulting à la société française MGP SI ont été réalisées par ses soins, alors qu'il n'intervenait chez MGP SI que pour le compte de la société CNG Consult ;

- en l'imposant sur un revenu non perçu par lui mais par une autre entité, l'administration viole l'article 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- les rémunérations auraient dû être imposées dans la catégories des revenus et salaires et non dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, dès lors qu'il intervenait en tant que salarié de la société CNG Consult ;

- l'application de la majoration de 25 % contrevient au principe constitutionnel de la légalité des peines et aux principes de motivation et de proportionnalité des sanctions.

Par un mémoire enregistré le 27 janvier 2023, l'administrateur général en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces, à l'issue duquel, et aux termes d'une proposition de rectification du 11 décembre 2018, l'administration a considéré que les sommes versées au cours de l'année 2015, par la société française MGP SI à la société de droit britannique Vanhove PST Industries en rémunération de prestations de services, devaient, par application de l'article 155 A du code général des impôts, être rapportées au revenu imposable de M. B, regardé comme le véritable auteur desdites prestations, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Par réclamation du 28 décembre 2021, l'intéressé a contesté les suppléments d'impôt sur le revenu qui lui ont ainsi été assignés au titre de l'année 2015. A la suite du rejet de cette réclamation, par décision du 6 mai 2022, M. B réitère ses prétentions devant le tribunal.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En vertu de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées et si le contribuable le demande, l'administration soumet le litige à l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Aux termes de l'article L. 59 A du même livre : " I.- La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : / 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; /() / II.- Dans les domaines mentionnés au I, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut, sans trancher une question de droit, se prononcer sur les faits susceptibles d'être pris en compte pour l'examen de cette question de droit () ".

3. Il est constant que dans la réponse aux observations du contribuable, en date du 22 février 2019, confirmant les rehaussements, la mention pré-imprimée relative à la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a été rayée. En défense, l'administration soutient, à juste titre, que la commission n'était pas compétente pour se prononcer sur la qualification juridique de l'opération en cause, il résulte toutefois de l'instruction et notamment des observations du contribuable du 5 février 2019, que le désaccord entre le contribuable ne concernait pas uniquement l'applicabilité de l'article 155 A du code général des impôts ou la catégorisation des revenus rectifiés mais portait, d'une part, sur la question de savoir si les commissions versées à M. B correspondaient à des prestations réalisées par lui et non par la société dont il était salarié, et d'autre part, sur la question de savoir s'il était établi que la société Vanhove Consulting n'exerçait pas de manière prépondérante une activité autre que la prestation de services. Dans ces conditions, et alors, du reste, que le vérificateur a lui-même répondu sur ce double terrain dans sa réponse aux observations du 22 février 2019, le litige opposant M. B et l'administration posait, au moins pour partie, des questions de fait susceptibles d'être prises en compte pour l'examen de questions de droit relatives à la détermination des bénéfices non commerciaux assignés à l'intéressé. Dès lors, en ne permettant pas à M. B de saisir la commission des impôts, l'administration l'a privé de la garantie substantielle prévue à l'article L. 59 du code général des impôts. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, le requérant est fondé à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2015.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est déchargé des suppléments d'impôt sur le revenu mis à sa charge au titre de l'année 2015.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'administrateur général en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2210116