Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211430

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211430
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2022, Mme A agissant en qualité de représentante légale de sa fille C A, représentée par Me Krust, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 euros en réparation des préjudices qu'elle estime que sa fille a subis en raison d'heures de cours non assurées en arts plastiques au collège Georges Pompidou de Villeneuve-la-Garenne, au cours de l'année scolaire 2021-2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- leur fille a été privée de 20 heures d'enseignements obligatoires en arts plastiques, mathématiques, histoire-géographie et éducation musicale pendant l'année scolaire 2021-2022 ;

- ce manquement à l'obligation légale d'assurer l'enseignement obligatoire est constitutif d'une faute de l'Etat de nature à engager sa responsabilité ;

- par cette carence, l'Etat a méconnu, le principe d'égalité devant le service public de l'enseignement ;

- elle est fondée à demander la réparation des préjudices nés de la rupture dans la continuité pédagogique sur la période de responsabilité de l'Etat, qui a privé sa fille d'une chance de réussir son année et son parcours scolaire futur qui devront être indemnisés à hauteur de 20 euros.

La requête a été communiquée au recteur de l'académie de Versailles qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 5 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 février 2024 à 12 heures.

La note en délibéré, enregistrée le 20 mars 2024, présentée par le recteur de l'académie de Versailles, n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, rapporteure,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de Me Krust, représentant la requérante.

Le recteur de l'académie de Versailles n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 29 décembre 2021, Mme A, agissant pour le compte de sa fille C A scolarisée en classe de sixième au collège George Pompidou de Villeneuve-la-Garenne, a demandé au ministre de l'Education nationale et de la jeunesse de l'indemniser des préjudices subis par son enfant en raison d'heures de cours non assurées en arts-plastiques, mathématiques, histoire-géographie et éducation musicale au cours de l'année scolaire 2021-2022. Cette demande a été rejetée implicitement par le ministre de l'Education nationale et de la jeunesse. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal de condamner l'Etat pour faute à réparer les préjudices résultant de cette carence du service public de l'enseignement.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation : " La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d'études, la construction d'un avenir personnel et professionnel et préparer à l'exercice de la citoyenneté. Les éléments de ce socle commun et les modalités de son acquisition progressive sont fixés par décret, après avis du Conseil supérieur des programmes ". L'article D. 332-1 du même code dispose que : " Le collège accueille tous les élèves ayant suivi leur scolarité élémentaire. Il leur assure, dans le cadre de la scolarité obligatoire, la formation qui sert de base à l'enseignement secondaire et les prépare ainsi aux voies de formation ultérieures ". L'article D. 332-4 du même code prévoit que : " I. - Les enseignements obligatoires dispensés au collège se répartissent en enseignements communs à tous les élèves et en enseignements complémentaires définis par l'article L. 332-3. / Les programmes des enseignements communs, le volume horaire des enseignements communs et complémentaires, ainsi que les conditions dans lesquelles ce dernier peut être modulé par les établissements, sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'éducation () ". Enfin, les matières obligatoires en collège et leurs volumes horaires sont fixés par l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège.

3. La mission d'intérêt général d'enseignement qui lui est confiée impose au ministre chargé de l'éducation nationale l'obligation légale d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d'enseignement tels qu'ils sont définis par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur selon les horaires réglementaires prescrits. Le manquement à cette obligation légale qui a pour effet de priver, en l'absence de toute justification tirée des nécessités de l'organisation du service, un élève de l'enseignement considéré pendant une période appréciable, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

4. Il résulte de l'instruction et notamment des extraits de son emploi du temps pour la période du 7 septembre au 14 décembre 2021, que les absences des professeurs d'arts plastiques, de mathématiques, d'histoire-géographie et d'éducation musicale ont fait perdre à C A, dix-sept heures d'enseignements obligatoires en classe de sixième. La jeune C a été privée, du fait de ces absences de 12 heures d'enseignement obligatoire en arts-plastiques au titre de l'année scolaire 2021-2022, soit près de la moitié des heures de cours de cette dernière matière devant être dispensées aux élèves de sixième pendant une année scolaire. La fille de la requérante a ainsi été privée de l'enseignement obligatoire en arts-plastiques en raison de l'absence non remplacée du professeur assurant l'enseignement de cette matière pendant une période appréciable. Par suite, en l'absence de défense du recteur de l'académie de Versailles, qui n'a pas produit de mémoire avant la clôture de l'instruction, cette carence est fautive et de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les préjudices :

5. Il résulte de l'instruction que la carence de l'Etat dans l'organisation du service public de l'enseignement a causé à Mme C A des troubles dans sa scolarité qui seront réparés par une somme de 20 euros, qui sera versée à Mme A.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: L'Etat est condamné à verser à Mme A une somme de 20 euros en réparation des préjudices subis par sa fille.

Article 2 :L'Etat versera à Mme A une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'Education nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne à la ministre de l'Education nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22114302