Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214707

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214707
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, Mme B A demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2022, à raison d'un logement et d'un box dont elle est propriétaire situés 73, rue Pierre Timbaud à Gennevilliers ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la remise gracieuse de cette cotisation.

Elle soutient que :

- elle est titulaire d'une carte d'invalidité et a déjà bénéficié d'une exonération de taxe foncière les années précédentes ;

- elle se trouve dans une situation financière difficile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2023, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir, à titre principal, que les conclusions présentées par Mme A aux fins de lui accorder une remise gracieuse sont irrecevables et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Louazel, conseillère, pour statuer sur les affaires relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Louazel, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été assujettie à la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2022 à raison d'un logement situé 73, rue Pierre Timbaud à Gennevilliers. Par une réclamation préalable en date du 23 septembre 2022, rejetée le 10 octobre 2022, Mme A a demandé le dégrèvement de cette cotisation. La requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de cette imposition ou, à titre subsidiaire, sa remise gracieuse.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable ; / 1° Des remises totales ou partielles d'impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l'impossibilité de payer par suite de gêne ou d'indigence () ". L'article R. 247-1 du même livre précise que : " Les demandes prévues à l'article L. 247 tendant à obtenir à titre gracieux une remise, une modération ou une transaction, doivent être adressées au service territorial selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. Elles doivent contenir les indications nécessaires pour identifier l'imposition et, le cas échéant, être accompagnées soit de l'avis d'imposition, d'une copie de cet avis ou d'un extrait de rôle, soit de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis () ".

3. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que seule l'administration est habilitée à se prononcer sur les demandes de remise gracieuse d'impôts. La juridiction administrative ne peut qu'être saisie, par la voie d'un recours pour excès de pouvoir, de la décision de l'administration refusant une remise gracieuse.

4. Si Mme A entend solliciter une remise gracieuse de la cotisation de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2022, aucune demande en ce sens n'a toutefois été adressée à l'administration comme le prévoient les dispositions précitées de l'article R. 247-1 du livre des procédures fiscales, préalablement à l'introduction de son recours contentieux. S'il est constant que Mme A a adressé un recours en ce sens à l'administration fiscale, cette demande préalable, datée du 6 mars 2023, est postérieure à l'introduction de sa requête et n'a pu avoir pour effet de lier le contentieux. Dès lors, sa demande de remise gracieuse, portée directement devant la juridiction, est irrecevable. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

5. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1390 du même code, applicable à l'année d'imposition en litige : " I. - Les titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées mentionnée à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité mentionnée à l'article L. 815-24 du même code sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties dont ils sont passibles à raison de leur habitation principale. / Le bénéfice de cette disposition est subordonné à la condition qu'ils occupent cette habitation : / soit seuls ou avec leur conjoint ; / soit avec des personnes qui sont à leur charge au sens des dispositions applicables en matière d'impôt sur le revenu () ". Aux termes de l'article 1391 de ce code, dans sa version alors applicable : " I. - Les redevables âgés de plus de soixante-quinze ans au 1er janvier de l'année de l'imposition sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'immeuble habité exclusivement par eux, lorsque le montant des revenus de l'année précédente n'excède pas la limite prévue à l'article 1417 () ". L'article 1415 de ce code, dans sa version alors applicable, dispose que : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ".

6. Pour rejeter la demande de dégrèvement de la taxe foncière à laquelle Mme A a été assujettie au titre de l'année 2022, l'administration fiscale a relevé qu'elle ne remplissait pas les conditions d'admission mentionnées aux articles 1390 et 1391 du code général des impôts.

7. Si la requérante soutient être titulaire d'une carte d'invalidité, il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'elle percevait, au 1er janvier 2022, l'allocation de solidarité aux personnes âgées mentionnée à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale ou l'allocation supplémentaire d'invalidité mentionnée à l'article 815-24 du même code. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale l'a assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2022.

8. À supposer même que Mme A, qui fait état de sa carte d'invalidité, puisse être regardée comme entendant également se prévaloir à cet égard de la doctrine administrative référencée BOI-IF-TFB-10-50-40-20130701, qui étend le bénéfice de l'exonération prévue à l'article 1390 précité aux titulaires de l'allocation aux adultes handicapés, il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'elle percevait cette allocation au 1er janvier 2022.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par Mme A doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. LOUAZEL

La greffière,

signé

A. CHANSON La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.