Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216138

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216138
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 28 novembre 2022 et les 20 février et 17 juillet 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2022 par laquelle le maire de Sarcelles s'est opposé à sa déclaration préalable pour l'implantation d'un relais de radiotéléphonie mobile sur un pylône existant sur un bâtiment situé 9 rue de l'Escouvrier à Sarcelles, ensemble la décision par laquelle le maire de la commune de Sarcelles a implicitement rejeté son recours gracieux formé le 1er août 2022 dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sarcelles de lui délivrer une décision de non opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sarcelles la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 7 juin 2022 est entachée d'un vice d'incompétence dès lors qu'elle ne comporte pas le nom ni le prénom ni la qualité de son signataire ;

- elle méconnaît l'article R.111-27 du code de l'urbanisme dès lors que le maire de Sarcelles n'a pas procédé au préalable à une appréciation des caractéristiques, de la qualité ou de l'intérêt du milieu dans lequel le projet s'insère, que la parcelle sur laquelle le projet s'insère ne présente aucune caractéristique esthétique ou architectural susceptible de lui conférer un intérêt la rendant incompatible avec l'installation d'une station relais et que le projet n'aura que peu d'impact sur son environnement ;

- elle méconnaît l'article 8.2.3 UI du plan local d'urbanisme dès lors que le projet s'intègre à son environnement à proximité d'une autre antenne relais.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la commune de Sarcelles, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Free Mobile sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,

- et les observations de Me Herpin, substituant Me Lherminier et représentant la commune de Sarcelles.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile a déposé, le 15 avril 2022, une déclaration préalable portant sur l'installation d'un relais de radiotéléphonie d'un pylône existant sur un immeuble situé 9 rue de l'Escouvrier à Sarcelles (Val-d'Oise). Par décision du 7 juin 2022, le maire de la commune de Sarcelles a fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la SAS Free Mobile demande l'annulation de cette décision, ensemble celle par laquelle le maire de la commune de Sarcelles a implicitement rejeté son recours gracieux formé le 1er août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Aux termes de l'article UI 8.2.3. du plan local d'urbanisme de la commune de Sarcelles : " La hauteur n'est pas réglementée pour les antennes relais dans l'ensemble de la zone, secteur compris, sous réserve de l'intégration pour le site ".

3. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels ou urbains avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à l'article R. 111-27 cité ci-dessus.

4. Pour édicter la décision contestée, le maire de la commune de Sarcelles s'est fondé sur ce que le projet de la SAS Free Mobile s'implante à proximité d'un relais existant sur la même parcelle et que la présence de ces deux équipements à faible distance ne s'intègre pas au site. Toutefois, en se bornant à considérer que le projet ne s'intègre pas au site sans apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel l'installation est projetée, le maire de la commune de Sarcelles a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction projetée qui sera réalisée " en treillis ", permettant ainsi une vue au travers de l'antenne, dans une zone réservée aux activités industrielles, artisanales, commerciales et aux équipements, et constituée essentiellement de hangars, à proximité d'ouvrages servant de support à des lignes électriques à haute tension, et même près d'une autre antenne relais de téléphonie, serait susceptible de porter atteinte à son site d'implantation, au caractère ou à l'intérêt des lieux, au paysage urbain ou naturel ou encore à une perspective monumentale. Dans ces conditions, l'arrêté du 7 juin 2022 est également entaché d'une erreur d'appréciation. Enfin, au regard des dispositions de l'article UI 8.2.3. du plan local d'urbanisme, il n'apparait pas que le projet ne s'intégrerait pas correctement dans le site, seule condition à laquelle est subordonnée l'installation des antennes relais dans la zone.

5. Il résulte de ce qui précède que la SAS Free Mobile est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juin 2022 par laquelle le maire de la commune de Sarcelles a fait opposition à sa déclaration préalable pour l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile au 9 rue de l'Escouvrier à Sarcelles, ensemble la décision par laquelle le maire de la commune de Sarcelles a implicitement rejeté le recours gracieux de la société du 1er août 2022 dirigé contre cette décision. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit () ".

7. Eu égard aux motifs d'annulation de la décision contestée du maire de la commune de Sarcelles en date du 7 juin 2022, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifieraient que l'autorité administrative s'oppose aux travaux en litige, le présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de Sarcelles délivre à la société Free Mobile le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant de la naissance, à son bénéfice, d'une décision tacite de non-opposition. Il y a lieu, par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de la commune de Sarcelles de délivrer ce certificat, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Sarcelles la somme de 1 500 euros à verser à la SAS Free Mobile sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions de la commune de Sarcelles présentées sur le même fondement ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 juin 2022 d'opposition à la déclaration préalable n°DP 95585 22O0038 prise par le maire de la commune de Sarcelles, ainsi que la décision par laquelle le maire de la commune de Sarcelles a implicitement rejeté le recours gracieux de la SAS Free Mobile du 1er août 2022 dirigé contre cette décision, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Sarcelles de délivrer à la SAS Free Mobile le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant que la société est titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable de travaux n°DP 95585 22O00388, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Sarcelles versera à la SAS Free Mobile une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Sarcelles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Free Mobile et à la commune de Sarcelles.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La rapporteure,

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

T. Bertoncini

La greffière,

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2216138