Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300363
jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2300363 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Lalanne, demande à la juge des référés, statuant en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner la commune d'Argenteuil à lui verser, à titre de provision, la somme de 21 368,49 euros en réparation du préjudice financier subi durant l'année 2021 et du 1er janvier au 4 novembre 2022 du fait de l'impossibilité de louer treize boxes à usage de parking dont elle est propriétaire sur la parcelle cadastrée section AO n° 176, à Argenteuil, et la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Argenteuil la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'existence de l'obligation dont elle se prévaut à l'encontre de la commune d'Argenteuil n'est pas contestable ;
- le lien de causalité entre l'ouvrage public appartenant à la commune et le préjudice qu'elle subit est établi ;
- son préjudice, qui consiste dans la perte de loyers, est justifié, de même que son préjudice moral.
La requête a été communiquée à la commune d'Argenteuil qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces au dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B était propriétaire de boxes à usage de parking situés à Argenteuil sur la parcelle cadastrée section AO n° 176. Elle soutient qu'elle ne pouvait plus louer treize des boxes en raison des désordres qui les affectent. Par la présente requête, Mme B demande à la juge des référés de condamner la commune d'Argenteuil à lui verser, à titre de provision, la somme de 21 368,49 euros en réparation du préjudice financier subi de ce fait durant l'année 2021 et du 1er janvier au 4 novembre 2022 et la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi.
Sur les conclusions à fin de provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "
3. Même en l'absence de faute, la collectivité, maître de l'ouvrage, est responsable vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'existence et le fonctionnement d'un ouvrage public, dès lors que les dommages qui en résultent présentent un caractère anormal et spécial et à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise versé aux débats, que les désordres qui affectent les treize boxes à usage de parking que possédait Mme B jusqu'au 4 novembre 2022, situés à Argenteuil sur la parcelle cadastrée section AO n° 176, ont pour cause l'existence d'un talus pentu, consécutif à des travaux publics réalisés dans la rue des Grands Saules située en contrebas de la propriété de la requérante. Ce talus, dépourvu de dispositif de revêtement ou de soutènement adapté, est affecté au droit de la parcelle d'un important phénomène d'érosion qui a progressivement provoqué l'affaissement du terrain d'assiette des boxes.
5. La commune d'Argenteuil est responsable, même en l'absence de faute, des dommages subis par Mme B, qui a la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public que constitue la voie publique en cause et ses dépendances, parmi lesquelles le talus non stabilisé. Il ne résulte pas de l'instruction que la commune d'Argenteuil, à laquelle la requête a été communiquée et qui n'a pas produit d'observations en défense, aurait réalisé des travaux propres à faire cesser le dommage subi par Mme B. Par suite et en l'état de l'instruction, l'obligation de la commune d'Argenteuil de réparer le préjudice subi sur la période courant du 1er janvier au 31 décembre 2021 et du 1er janvier au 4 novembre 2022 doit être regardée comme étant non sérieusement contestable dans son principe.
6. Il résulte de l'instruction que le montant que la requérante aurait pu percevoir pour la location des treize boxes, s'élève, à raison d'un montant mensuel unitaire de 80 euros justifié par une attestation établie par un cabinet d'administrateur de biens et de transactions immobilières et non contestée, qui n'apparait pas excessif, et alors que la demande locative pour ce type de biens sur la commune n'est pas remise en cause, à la somme totale de 22 949,87 euros. De ce montant, la requérante a déduit de sa demande de provision la somme de 1 581,38 euros correspondant aux frais de gestion qu'elle aurait supportés si les boxes avaient été loués, à raison d'un taux de 7 % non contesté, qu'il y a ainsi lieu de retenir dès lors qu'il n'apparait pas avoir été sous-évalué. Il résulte de ce qui précède que le montant non sérieusement contestable dû par la commune d'Argenteuil en réparation du préjudice subi par Mme B, en raison de l'impossibilité pour cette dernière de louer ses boxes à usage de parking entre le 1er janvier 2021 et le 4 novembre 2022, doit être fixé à la somme demandée de 21 368,49 euros.
7. Il résulte de l'instruction que Mme B subit un préjudice moral avéré résultant de ce qu'elle n'a pas été en mesure de louer ses biens au cours de la période considérée et ce depuis de nombreuses années. Dans ces conditions, le montant non sérieusement contestable dû par la commune d'Argenteuil en réparation du préjudice moral subi doit être fixé à la somme de 500 euros.
8. Il résulte de ce qui précède que le montant non sérieusement contestable dû par la commune d'Argenteuil en réparation des préjudices subis par Mme B s'élève à la somme totale de 21 868,49 euros.
Sur les frais du litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Argenteuil une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La commune d'Argenteuil versera à Mme B une provision d'un montant de 21 868,49 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'impossibilité de louer treize boxes dont elle était propriétaire sur la parcelle cadastrée section AO n° 176 à Argenteuil, du 1er janvier 2021 au 4 novembre 2022.
Article 2 : La commune d'Argenteuil versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la commune d'Argenteuil.
Fait à Cergy-Pontoise, le 13 juin 2024.
La juge des référés
signé
E. Drevon-Coblence
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300363
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