Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302140
lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2302140 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, M. B C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2022, prise sur recours préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a maintenu son refus d'attribuer à M. A C, son père, hébergé au sein d'un établissement pour personnes âgées dépendantes, une aide sociale à l'hébergement ;
2°) de ramener son obligation alimentaire à la somme de 500 euros par mois.
Il fait valoir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans la fixation du montant de son obligation alimentaire qui fonde le refus d'attribuer une aide à son père, dès lors que le département des Hauts-de-Seine s'est uniquement fondé sur ses revenus de l'année 2020, qui sont fortement en baisse en 2022, qu'aucune obligation n'a été mise à la charge de son frère et que sa contribution est proportionnellement supérieure à celle de sa mère.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut à ce que le tribunal se déclare incompétent.
Il fait valoir que la requête de M. C vise à contester le niveau de son obligation alimentaire, litige qui relève du juge judiciaire.
Par un courrier du 7 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions de M. C tendant à ce que son obligation alimentaire soit ramenée à la somme de 500 euros par mois, sont formées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, une telle demande ne pouvant être présentée que devant le juge judiciaire en vertu de l'article L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal par intérim a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 24 octobre 2022, le département des Hauts-de-Seine a refusé d'accorder à M. A C, père du requérant, une aide sociale à l'hébergement (ASH) en vue de couvrir les frais de son hébergement en EHPAD au motif que la participation financière de ses obligés alimentaires, calculée à partir du barème départemental, suffisait à couvrir les frais d'hébergement. Cette décision a été confirmée le 23 décembre 2023, après que M. B C a formé un recours préalable à son encontre auprès du président du conseil départemental des Hauts-de-Seine. Par la présente requête, M. B C conteste cette dernière décision et demande au tribunal de ramener à 500 euros le montant mensuel de son obligation alimentaire.
2. Aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. ". Aux termes de l'article 207 du même code : " Les obligations résultant de ces dispositions sont réciproques. / Néanmoins, quand le créancier aura lui-même manqué gravement à ses obligations envers le débiteur, le juge pourra décharger celui-ci de tout ou partie de la dette alimentaire ". Aux termes de l'article 208 du même code : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit. ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. () / La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire () ". Aux termes de l'article L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles : " Le juge judiciaire connaît des litiges : 1° Résultant de l'application de l'article L. 132-6 () ".
3. Il résulte de ces dispositions et des articles L. 134-1 et L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles que le juge administratif, à qui il appartient de déterminer dans quelle mesure les frais d'hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sont pris en charge par les collectivités publiques au titre de l'aide sociale, est compétent pour fixer, au préalable, le montant de la participation aux dépenses laissée à la charge du bénéficiaire de l'aide sociale et, le cas échéant, de ses débiteurs alimentaires. En revanche, il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire d'assigner à chacune des personnes tenues à l'obligation alimentaire le montant et la date d'exigibilité de leur participation à ces dépenses ou, le cas échéant, de décharger le débiteur de tout ou partie de la dette alimentaire lorsque le créancier a manqué gravement à ses obligations envers celui-ci.
4. En premier lieu, pour contester le refus du département des Hauts-de-Seine d'allouer à son père une aide sociale à l'hébergement en vue de couvrir ses frais de séjour en EHPAD, M. C se borne à contester la répartition opérée par le département entre les différents débiteurs alimentaires de son père, c'est-à-dire sa mère, son frère et lui-même, sans remettre en cause utilement le bien-fondé du motif de la décision de refus selon lequel les débiteurs alimentaires de M. A C sont, pris dans leur ensemble, en situation de couvrir, par leur participation financière, le reste à charge à payer par ce dernier. Par suite, son moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne pourra qu'être écarté et ses conclusions d'annulation à l'encontre de la décision du 23 décembre 2022 rejetées.
5. En second lieu, en demandant au tribunal de ramener son obligation alimentaire à la somme de 500 euros mensuelle, M. B C doit être regardé comme contestant le niveau de son obligation alimentaire à l'égard de son père, litige qui relève du juge judiciaire en application des dispositions citées au point 2, comme le département l'a au demeurant indiqué à deux reprises au requérant. Ses conclusions ne pourront dès lors qu'être rejetées comme ayant été portées devant une juridiction incompétente.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les conclusions de M. C demandant de ramener son obligation alimentaire à la somme de 500 euros sont rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au département des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. MonteagleLa greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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