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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2302440

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302440

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302440
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantLAPLANTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées le 20 mars 2023 et le 8 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Laplante, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 6 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de son absence d'hébergement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition d'hébergement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 17 octobre 2018 et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 29 mai 2019 n'a pas été exécuté ;

- elle subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle est toujours prise en charge par l'hébergement d'urgence, hébergée avec sa fille de 12 ans dans un hôtel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à ce que l'indemnisation soit ramenée à de plus justes proportions.

Il fait valoir que Mme A a été relogée le 12 octobre 2023.

Vu :

- la décision du 17 janvier 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme A l'aide juridictionnelle totale ;

- le jugement n° 1812742 du 29 mai 2019 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'héberger Mme A sous astreinte de 40 euros par jour ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 17 octobre 2018, désigné Mme A comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Par un jugement du 29 mai 2019, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son hébergement sous astreinte de 40 euros par jour de retard. N'ayant pas reçu de proposition d'hébergement, Mme A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 6 octobre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 6 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être hébergée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre d'hébergement.

4. Mme A a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale par une décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 17 octobre 2018. Le préfet des Hauts-de-Seine devait proposer un hébergement à Mme A dans le délai de six semaines suivant la décision de la commission, soit en l'espèce, au 28 novembre 2018. L'absence de proposition d'hébergement à compter de cette date, est constitutive d'une carence fautive, de nature à engager la responsabilité de l'État.

En ce qui concerne les préjudices :

5. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat d'hébergement de la requérante court à l'expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation, en l'espèce en date du 17 octobre 2018, soit à compter du 28 novembre 2018, et s'achève à la date d'hébergement effectif de l'intéressée. En l'espèce il résulte de l'instruction que Mme A a été hébergée à compter du 12 octobre 2023. Par suite, la responsabilité de l'État a pris fin à cette date.

6. Il n'est pas contesté que Mme A a, au cours de la période en litige, été logée avec sa fille, née en 2010, dans une chambre d'hôtel. Eu égard au caractère précaire de ces conditions de logement et aux contraintes qui y sont liées, la requérante a nécessairement subi des troubles dans ses conditions d'existence. Dès lors, compte tenu des conditions de logement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par Mme A, dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 4 800 euros tous intérêts compris au jour de la présente décision.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 4 800 euros.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Laplante, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Laplante de la somme de 1 080 euros.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 4 800 euros.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Laplante, conseil de Mme A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Laplante et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.

La magistrate désignée

signé

M. MonteagleLa greffière

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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