Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302477

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302477
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, et des pièces, enregistrées le 13 mars 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire valant avis de sommes à payer n° 2022-10685 émis à son encontre par la paierie départementale du Val-d'Oise pour la somme de 13 829,05 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité activé (RSA) pour la période du 1er mars 2019 au 30 septembre 2021, ensemble la décision du 23 décembre 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a rejeté son recours gracieux à l'encontre de ce titre exécutoire.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen, la caisse d'allocations familiales (CAF) n'ayant pas examiné les pièces qu'il a produites établissant sa présence en France ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a résidé de manière permanente sur le sol français entre 2018 et 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'ordonnance n° 2019-770 du 17 juillet 2019 ;

- le décret n° 2016-1945 du 28 décembre 2016 ;

- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a versé à M. A le revenu de solidarité active (RSA) entre le 1er mars 2019 et le 30 septembre 2021. Après qu'un contrôle de sa situation a été effectué, la CAF du Val-d'Oise lui a notifié un indu de 13 829,05 euros par un courrier du 17 décembre 2021, puis a transféré cette créance au département du Val-d'Oise. Le 27 juin 2022, la paierie départementale a émis un titre exécutoire formant avis de somme à payer sous le n° 2022-10685 en vue du recouvrement de cette somme. Après que M. A a formé un recours le 18 octobre 2022 à l'encontre de ce titre, le président du Val-d'Oise a rejeté ce recours le 23 décembre 2022. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cette dernière décision, ainsi que de l'avis de somme à payer.

2. D'une part aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Selon l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. () Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil départemental. La liste des indus fait apparaître le nom de l'allocataire, l'objet de la prestation, le montant initial de l'indu, le solde restant à recouvrer, ainsi que le motif du caractère indu du paiement. Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. Par ailleurs, la personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

5. L'indu en litige résulte de ce que le requérant n'aurait pas résidé de manière stable et effective en France entre le 1er mars 2019 et le 30 septembre 2021. Il résulte à cet égard de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'enquête de la CAF du Val-d'Oise du 16 décembre 2021, que l'intéressé a résidé de manière quasiment permanente à l'étranger, étant totalement absent sur l'année 2019, ayant passé 226 jours hors de France en 2020 et ayant passé 184 jours hors de France entre le 1er janvier et le 16 décembre 2021. Si M. A affirme sans autre précision qu'il était présent en France à cette période, il n'établit cette circonstance par aucune pièce versée au dossier. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le département du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation et un défaut d'examen au regard des dispositions citées au point 3 en estimant qu'il ne disposait plus d'une résidence stable en France entre le 1er mars 2019 et le 30 septembre 2021, justifiant la récupération du RSA qui lui avait été indûment versé sur cette période.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. MonteagleLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière