Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303556

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303556
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars 2023 et 15 octobre 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 31 janvier 2024 et 15 mars 2024, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département du Val-d'Oise a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire reçu le 16 janvier 2023, un indu de 839,34 euros de revenu de solidarité active (RSA) sur les mois de février à avril 2021.

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire reçu le 16 janvier 2023, un indu de 284,91 euros de prime d'activité sur les mois de février à avril 2021.

Elle soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 262-12 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que la CAF ne doit tenir compte pour le versement du RSA que des ressources perçues lors du trimestre de référence, que cet organisme ne peut calculer de manière annuelle les ressources, qu'il ne pouvait dès lors tenir compte des sommes perçues en juin 2020 de son ancien employeur dans le cadre d'un protocole transactionnel pour évaluer ses droits au RSA à compter du mois de février 2021 alors qu'elle n'a perçu aucun revenu sur la période de référence de trois mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, la CAF du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le département du Val-d'Oise informe le tribunal qu'il a accordé une remise de dette à Mme B à hauteur du reliquat d'indu de RSA restant à sa charge, soit pour la somme de 419, 67 euros.

Par un mémoire, enregistré le 30 mars 2024, Mme B indique se désister purement et simplement de ses conclusions d'annulation de la décision d'indu relative au RSA, mais maintenir ses conclusions d'annulation relatives à l'indu de prime d'activité.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 6 septembre 2022, la CAF du Val-d'Oise a indiqué à Mme B qu'elle avait bénéficié de versement indu à hauteur de 1 124 euros, soit 284,91 euros de prime d'activité et 839,34 euros de RSA entre le 1er février 2021 et le 30 avril 2021. Par un courrier du 16 janvier 2023 adressé à la CAF, Mme B a contesté le bien-fondé de ces indus. Si la CAF lui a accordé, par deux décisions des 21 et 23 février 2023, deux remises gracieuses partielles de ses dettes, elle n'a pas fait droit à sa contestation sur le bien-fondé de ces deux indus, qui doit être regardée comme ayant fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, la requérante doit être regardée comme demandant l'annulation des décisions implicites de rejet de son recours administratif préalable obligatoire en contestation des indus de RSA et de prime d'activité.

Sur le désistement partiel :

2. Par un mémoire, enregistré le 30 mars 2024, Mme B indique se désister de ses conclusions d'annulation de la décision implicite confirmant l'indu de RSA. Ce désistement partiel étant pur et simple, il convient d'en donner acte. Ne reste en litige dans la présente instance que l'indu de prime d'activité.

Sur le surplus des conclusions d'annulation:

3. Aux termes de l'article L. 841-1 du code de sécurité sociale, " La prime d'activité a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat. " Aux termes de l'article L. 842-3 de ce code : " La prime d'activité est égale à la différence entre :1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont: / 1o Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu; ()/ 5o Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". Aux termes de l'article R. 842-2 de ce code : " Les conditions mentionnées aux articles L. 842-1 et L. 842-2 doivent être remplies par le bénéficiaire de la prime d'activité et son conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité: / 1o Chaque mois civil au cours du trimestre précédant l'examen ou la révision du droit à la prime d'activité; et / 2o Le mois du droit ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a perçu la prime d'activité depuis novembre 2020. En janvier 2022, sa situation a fait l'objet d'un contrôle sur ses ressources 2020 au cours duquel la CAF a relevé qu'elle avait déclaré 23 886 euros de revenus salariaux à l'administration fiscale qui n'avaient pas été portés à la connaissance de cet organisme. Afin de vérifier que la perception de ces salaires ne faisait pas obstacle, compte tenu de leurs montants et de leurs dates de paiement, au versement de la prime d'activité, la CAF a demandé à Mme B, par un courrier du 18 janvier 2022, de produire les justificatifs de ses revenus 2020, notamment ses bulletins de salaire. La CAF soutient, sans être contredite, que Mme B n'a pas donné suite à cette demande. En l'absence de justificatifs de l'intéressée permettant d'établir les dates de perception de ces montants ainsi que leur nature et compte tenu des informations dont elle disposait, la CAF a procédé elle-même à une estimation des ressources mensuelles de Mme B pour l'année 2020. Compte tenu de ce que l'intéressée avait eu dix mois d'activité professionnelle en 2020, Mme B s'étant inscrite à Pôle emploi le 14 novembre 2020, la CAF a ventilé par dixième entre ces dix mois, y compris le mois de novembre 2020, la somme totale de 23 886 euros de salaires perçus sur l'année 2020 et déclarées à l'administration fiscale. Elle en a déduit que Mme B devait être regardée comme ayant bénéficié en novembre 2020 de la somme de 2 388,60 euros. Dès lors, ses ressources sur le trimestre de référence, c'est-à-dire entre novembre 2020 et janvier 2021, excédaient manifestement le montant forfaitaire prévu par les dispositions de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale pour qu'elle ait droit à la prime d'activité à compter du mois de février 2021.

5. Pour contester l'appréciation portée par la CAF sur le niveau de ses ressources, Mme B soutient que la CAF a procédé à un " lissage " illégal de ses ressources sur l'ensemble de l'année 2020, alors que cet organisme n'aurait dû tenir compte que des ressources perçues pendant le trimestre de référence, en l'espèce entre novembre 2020 et janvier 2021, pour déterminer ses droits à la prime d'activité à compter de février 2021. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la CAF a bien apprécié les droits de Mme B conformément à ce principe. En outre, Mme B ne conteste aucunement qu'elle n'a pas mis à même la CAF d'apprécier avec plus de précision à quelle date elle avait bénéficié de revenus salariaux en s'abstenant de répondre à la demande de pièces que la CAF lui a adressée, alors qu'en tout état de cause elle ne produit pas davantage de justificatifs dans la présente instance établissant qu'elle n'ait pas bénéficié de revenus salariaux au titre du mois de novembre 2020. Si elle se prévaut du versement de la somme 72 813 euros au mois de juin 2020 correspondant au versement d'une indemnité de licenciement et d'une indemnité transactionnelle d'un précédent employeur, indiquant que la CAF ne pouvait tenir compte de ce versement dont elle avait bénéficié antérieurement au trimestre de référence pour calculer ses droits au différentes allocations, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la CAF ait tenu compte de ce versement dans son calcul.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'indu réclamé est infondé. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme B de ses conclusions d'annulation de la décision implicite confirmant l'indu de RSA.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise et au département du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La magistrate désignée,

M. MonteagleLa greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet du Val-d'Oise en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.