Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303773

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303773
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées les 27 mars 2023 et 30 avril 2024, Mme C B et M. A D demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit à la demande de remise de dette présentée par M. D pour un montant de 1 151,84 euros, reliquat d'une dette totale de 2 858,03 euros de revenu de solidarité active (RSA) perçu à tort pour les mois de février 2022 à juillet 2022 ;

2°) de leur accorder une remise gracieuse totale ou, à défaut, partielle de cette dette à hauteur du montant total de l'indu.

Ils soutiennent qu'ils sont de bonne foi et que leur situation financière ne leur permet pas de rembourser la somme due.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le département doit être mis hors de cause s'agissant de l'indu de prime d'activité ;

- aucun des moyens n'est fondé.

La CAF des Hauts-de-Seine, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 novembre 2022, la CAF des Hauts-de-Seine a, notamment, mis à la charge de M. D la somme de 2 858,03 euros correspondant à un indu de RSA. Un remboursement partiel de cette dette est intervenu, ramenant la somme due au titre de ce trop-versé de RSA à 1 151,84 euros. Après que M. D a sollicité une remise de sa dette, le directeur de la CAF des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, par une décision du 24 janvier 2023, laissant à sa charge le reliquat de dette de 1 151,84 euros. Par la présente requête, M. D et Mme B, sa compagne, contestent cette dernière décision et demandent que leur soit accordée une remise totale ou, à défaut, partielle de leur dette.

2. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. " Aux termes de l'article L. 845-3 du même code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

3. Aux termes de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

4. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un allocataire ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

5. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

6. Enfin, lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

7. Au cas particulier il résulte de l'instruction que l'indu de RSA mis à la charge de M. D trouve son origine dans une erreur de ce dernier, dès lors qu'il n'a indiqué que le 19 octobre 2022 qu'il vivait en couple avec Mme B depuis le 1er février 2022. Toutefois, les requérants soutiennent, sans être contredits, que la correction de cette erreur résulte d'une déclaration spontanée de M. D après que Mme B, à réception d'une prestation familiale, s'est rendue compte qu'elle figurait encore comme " mère isolée " et que leur vie maritale n'était pas prise en compte. En outre, la CAF confirme que l'omission n'a pas été détectée à l'occasion d'un contrôle. Ces circonstances sont suffisantes à établir que l'omission déclarative résulte d'une erreur commise de bonne foi par M. D.

8. Toutefois, en ne produisant qu'une attestation datée d'avril 2024 établissant que M. D était allocataire du RSA au mois de mars 2024 et en alléguant de la séparation récente du couple, sans produire aucune autre pièce sur leur situation financière permettant au tribunal d'apprécier l'ensemble des ressources et des charges, Mme B et M. D n'établissent pas que M. D serait dans l'incapacité de rembourser la somme de 1 151, 84 euros, montant de dette sur lequel s'est prononcée la CAF des Hauts-de-Seine par la décision du 24 janvier 2023. En outre les requérants indiquent eux-mêmes disposer d'une épargne de 94 000 euros sur un livret de développement durable. La condition de précarité n'est donc pas remplie, justifiant le refus de remise de dette.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de Mme B et M. D tendant à ce que leur soit accordée une remise totale ou partielle de leur dette.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B et M. D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme B et M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. D A et au département des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. MonteagleLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.