Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304308
lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2304308 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2023 et des pièces complémentaires, enregistrées le 27 février 2024, M. C A B, représenté par Me Brochard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 26 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement intervenu seulement le 6 mars 2023, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement avant son relogement le 6 mars 2023, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 25 août 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy - Pontoise du 23 juin 2022 n'a pas été exécutée ;
- il a subi en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lors qu'il a été maintenu dans un hébergement temporaire, ce qui l'a empêché d'obtenir la garde de sa fille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à ce que l'indemnisation soit ramenée à de plus justes proportions.
Il fait valoir que le requérant a été relogé le 6 mars 2023.
Vu :
- l'ordonnance n° 2204161 du 23 juin 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. A B sous astreinte de 100 euros par mois de retard ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 25 août 2021, désigné M. A B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance du 23 juin 2022, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 100 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 13 décembre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 26 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires:
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
En ce qui concerne la responsabilité :
4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 25 août 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A B au motif qu'il était hébergé de façon continue dans une structure d'hébergement, logé dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. A B avant le 25 février 2022, date butoir fixée par la commission de médiation. D'autre part, l'ordonnance n° 2204161 du 23 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de M. A B avant le 1er août 2022 sous astreinte de 100 euros par mois n'a reçu aucune exécution.
5. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison des carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
6. Il résulte de l'instruction que M. A B était, jusqu'à son relogement, dépourvu de logement et hébergé par des tiers. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l'État à assurer son relogement, fautive à compter du 25 février 2022, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparé.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A B a été relogé le 6 mars 2023 dans un logement adapté à ses besoins et à ses capacités. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'absence de logement personnel ait été au nombre des motifs retenus par le juge aux affaires familiales dans l'appréciation des conditions de garde de la fille de M. A B, née en 2018. A cet égard, l'ordonnance en assistance éducative du juge des enfants du tribunal judiciaire de Caen, faisant état d'un projet de garde de l'enfant par son père a été rendue le 6 mars 2023, soit à la date du relogement de l'intéressé. M. A B n'a donc pas été effectivement privé de la possibilité d'héberger sa fille.
8. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. A B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, entre le 25 février 2022 et le 6 mars 2023, et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme de 250 euros.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A B la somme de 250 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à M. A B de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A B la somme de 250 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. A B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.
La magistrate désignée
signé
M. MonteagleLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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