Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304913

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304913
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, Mme A C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 20 février 2023 portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision en date du 6 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a mis fin à son droit au revenu de solidarité active ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, à verser directement à son conseil.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que sa situation personnelle n'a pas changé.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2023, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article

R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C B a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active (RSA) dans le département des Hauts-de-Seine, à compter du mois de décembre 2020. Par une décision du 6 décembre 2022, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a mis fin aux droits de l'intéressée au revenu de solidarité active. A la suite d'un recours administratif préalable obligatoire présenté par la requérante le 16 janvier 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a confirmé, par une décision du 20 février 2023, la radiation de ses droits au revenu de solidarité active. Par la présente requête, Mme C B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. Il résulte de ce qui vient d'être énoncé que Mme C B ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de sa demande tendant à voir annuler la décision prononçant sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, des vices propres qui entacheraient la décision du 20 février 2023. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est donc inopérant dans le cadre de la présente instance et ne peut donc qu'être écarté.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit du revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

5. Il résulte des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active (RSA), une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

6. Si pour contester la décision en litige, Mme C B allègue que sa situation n'a pas évolué, elle n'assortit pas de moyen des précisions et des pièces permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il résulte de l'instruction, et en particulier des conclusions du rapport d'enquête établi par la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine en date du 5 décembre 2022, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme C B a séjourné 218 jours hors du territoire français en 2021, soit 7 mois et 8 jours, et 131 jours en 2022, soit 4 mois et 11 jours. Mme B doit donc être regardée comme ne justifiant pas d'une résidence stable et effective en France. Ne remplissant plus les conditions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles et n'ayant pas fait connaître ces changements de situation à la caisse d'allocations familiales, c'est à bon droit que le bénéfice du revenu de solidarité active a été suspendu pour ce motif. Partant, le moyen tiré de l'absence de changements dans la situation de la requérante et de l'erreur de fait qui en découlerait ne saurait être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 20 février 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme C B contre une décision suspendant le bénéfice du revenu de solidarité active en date du 6 décembre 2022 doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions présentées au titre des frais liés au litige, l'administration n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante et Mme B n'ayant pas eu recours aux services d'un conseil.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au conseil départemental des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-Collin La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière