Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306538

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306538
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 12 et 30 mai 2023, ainsi que des mémoires complémentaires en date des 12 février et 27 mars 2024, Mme B A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 550 euros par mois, en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 27 juillet 2022 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 20 avril 2023 ordonnant son relogement n'a pas été exécutée ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle a été hébergée et désormais contrainte de vivre à la rue en raison des problèmes de santé de cette dernière.

Un mémoire en défense a été enregistré le 16 mai 2024 pour le préfet des Hauts-de-Seine qui conclut au rejet de la requête comme irrecevable à titre principal, comme non fondée à titre subsidiaire.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas eu recours au ministère d'avocat ;

- l'intéressée a été relogée le 17 janvier 2024.

Vu :

- l'ordonnance n° 2302885 du 20 avril 2023 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme A sous astreinte de 100 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé ae rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 27 juillet 2022, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance du 20 avril 2023, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 100 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 24 avril 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 550 euros par mois en réparation des préjudices subis.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine en défense :

2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né de l'exécution d'un contrat. / La signature des requêtes et mémoires par l'un de ces mandataires vaut constitution et élection de domicile chez lui ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " Toutefois, les dispositions du premier alinéa de l'article R. 431-2 ne sont pas applicables : () 4° Aux litiges en matière de pensions, de prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, d'emplois réservés et d'indemnisation des rapatriés ; () ".

3. Les demandes indemnitaires tendant à la réparation des préjudices imputés à la carence de l'État à exécuter une décision de la commission de médiation déclarant un demandeur prioritaire et comme devant être logé en urgence en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation sont relatives à des droits attribués au titre du logement au sens des dispositions précitées du 4° de l'article R. 431-3 du code de justice administrative. Par suite, ces dispositions qui dispensent le requérant du recours au ministère d'avocat, leur sont applicables. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine et tirée de ce que la requête de Mme A n'est pas présentée par un avocat, doit être écartée.

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Sur les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

6. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 27 juillet 2022, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A au motif qu'elle était dépourvue de logement ou hébergée chez un particulier. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à l'intéressée avant le 27 janvier 2023, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. La requérante établit donc la carence fautive de l'État dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.

En ce qui concerne l'évaluation du préjudice :

7. Il résulte de l'instruction que la situation ayant motivé la décision de la commission de médiation a persisté jusqu'au 17 janvier 2024, date à laquelle la requérante a été relogée. Elle a ainsi causé à Mme A, pour la période du 27 janvier 2023 au 17 janvier 2024, des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.

8. Compte tenu des conditions de logement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, la requérante vivant seule, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 250 euros.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 250 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à Mme A la somme de 250 (deux cent cinquante) euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée

Signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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