Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306926
lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2306926 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Grange, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 7 avril 2023 par laquelle le département du Val-d'Oise rejeté ses deux recours administratifs en date du 1er février 2022 et 20 mars 2023 par lesquels elle a contesté le bien fondé et le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 992, 39 euros relatif à la période de mai 2010 à avril 2021 à la suite de la réception de l'avis de sommes à payer émis le 2 décembre 2021 par le centre des finances publiques du Val-d'Oise et d'une saisie administrative à tiers détenteur le 7 mars 2023 ;
2°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 2 décembre 2021 par lequel le département du Val-d'Oise lui réclame paiement de la somme de 13 992, 39 euros relatif à un indu de revenu de solidarité active perçu à tort entre mai 2010 et avril 2021 ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder un délai de paiement et de fixer le remboursement de sa dette à des échéances de 145, 75 euros par mois pendant 96 mois ;
4°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- la créance est prescrite en application des dispositions de l'article 2224 du code civil ;
- si le tribunal ne retient pas la prescription, un échéancier de paiement doit lui être accordé dès lors qu'elle ne dispose pas des moyens financiers lui permettant de s'acquitter de sa dette en une seule fois.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, le département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive ;
- la contestation de la saisie administrative à tiers détenteur ne relève pas de la compétence du juge administratif ;
- l'exception de prescription de l'indu doit être écartée..
Par un courrier en date du 11 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de remise gracieuse et d'échéancier de paiement, dès lors que la requérante n'établit pas avoir formé auprès du département du Val d'Oise une demande de remise de dette qui aurait été implicitement ou explicitement rejetée, avant de saisir le tribunal.
Par deux mémoires enregistrés le 16 avril 2024, Mme A conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que :
- elle a présenté un recours gracieux le 1er février 2022 ;
- l'objet du recours concerne l'indu ; l'exception d'incompétence soulevée par le département doit donc être écartée.
Vu :
- la décision attaquée ;
- le jugement n°1908641 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 22 novembre 2021 ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code civil ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 7 octobre 2013, le département du Val-d'Oise a mis à la charge de Mme A un indu de 16 282,40 euros de revenu de solidarité active pour la période de mai 2010 à août 2013. La caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise a procédé au recouvrement d'une partie de cette somme jusqu'en juin 2015, après quoi le solde de l'indu, soit 13 992,39 euros, a été transféré au conseil départemental, qui a émis un titre exécutoire en date du 3 décembre 2018 en vue de la recouvrer, suivi d'une lettre de relance en date du 4 mars 2019. Par un jugement n°1908641 en date du 22 novembre 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ce titre exécutoire pour défaut de motivation. A la suite de ce jugement, le département du Val-d'Oise a émis un nouveau titre exécutoire le 2 décembre 2021 suivi d'une lettre de relance le 20 janvier 2022. Une saisie administrative à tiers détenteur a enfin été notifiée à Mme A le 7 mars 2023. Par une décision en date du 7 avril 2023, le département du Val-d'Oise a rejeté les recours administratifs présentés par Mme A en date du 1er février 2022 et 20 mars 2023 par lesquels elle a contesté le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 992, 39 euros restant à sa charge.
Sur l'indu :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance./ La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles L. 553-2, L. 821-5-1, L. 835-3 ou L. 845-3 du code de la sécurité sociale, L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ou L. 351-11 du code de la construction et de l'habitation. ".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008 : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Aux termes du premier alinéa de l'article 2232 de ce code, dans sa rédaction issue de la même loi : " Le report du point de départ, la suspension ou l'interruption de la prescription ne peut avoir pour effet de porter le délai de la prescription extinctive au-delà de vingt ans à compter du jour de la naissance du droit ". Aux termes de l'article 2240 du code civil : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion ". Aux termes de l'article 2242 du même code : " L'interruption résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance. ". Aux termes de l'article 2244 du même code : " Le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par une mesure conservatoire prise en application du code des procédures civiles d'exécution ou un acte d'exécution forcée. ".
4. A l'appui de sa contestation de l'indu, Mme A se prévaut d'un unique moyen tiré de ce que la dette serait prescrite par application des dispositions de l'article 2224 du code civil dès lors que le seul acte interruptif de la prescription intervenu entre 2015 et 2020, à savoir le titre exécutoire du 3 décembre 2018, aurait été annulé par le juge. Toutefois, la contestation du titre exécutoire devant le tribunal administratif de céans a, en application des dispositions du code civil rappelées au point 3, eu pour effet d'interrompre le cours de la prescription jusqu'à l'extinction de l'instance soit jusqu'au 22 novembre 2021, date à laquelle le jugement a été mis à disposition au greffe de la juridiction, cette date faisant alors courir un nouveau délai de prescription de cinq ans au cours duquel un nouveau titre exécutoire a été émis par le département le 2 décembre 2021 puis une saisie administrative à tiers détenteur notifiée à Mme A le 7 mars 2023. Dans ces conditions, la créance litigeuse n'était pas prescrite à la date du rejet des recours administratifs de Mme A. Il résulte de ce qui précède que l'exception de prescription quinquennale de la créance opposée par Mme A doit être écartée.
Sur les conclusions tendant à la définition d'un échéancier de paiement :
5. La requérante demande au tribunal d'échelonner le remboursement de sa dette en lui accordant un échéancier de remboursement sans avoir préalablement saisi l'administration de telles conclusions, le courriel adressé au département par Mme A le 1er février 2022, courriel dont elle se prévaut, ne contenant aucune conclusion en ce sens. Toutefois, il n'appartient qu'à l'autorité administrative de prononcer à titre gracieux l'échelonnement du remboursement d'une somme perçue à tort. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme A sont irrecevables et doivent être rejetées. Le cas échéant il lui appartient, si elle s'y croit fondée, de présenter cette demande d'échéancier auprès de l'administration.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge du département du Val-d'Oise qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
7. En l'absence de dépens, il n'y a pas lieu davantage de faire droit aux conclusions présentées par la requérante à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée et à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. Lepetit-CollinLa greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2306926
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