Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307765
lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2307765 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 mai 2023 et 5 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Brochard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement pour la période comprise entre le 25 avril 2018 et le 3 septembre 2021 ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 42 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement pour la période comprise entre septembre 2021 et mai 2023 ;
3°) d'actualiser ces sommes et de les assortir des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par le préfet de sa demande indemnitaire préalable ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- par un jugement du 27 novembre 2020, le tribunal a annulé une décision du 25 octobre 2017, confirmée par une décision du 17 janvier 2018, par lesquelles la commission de médiation du droit au logement opposable des Hauts-de-Seine avait refusé de reconnaitre le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, aux motifs que son logement ne présentait pas un caractère décent et ne pouvait être regardé comme étant adapté à ses besoins ; par une décision du 3 mars 2021, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente, en raison de l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ;
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation des Hauts-de-Seine le 3 mars 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy - Pontoise du 28 avril 2022 n'a pas été exécutée ;
- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle occupe un logement indécent.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.
Des pièces complémentaires ont été produites par Mme A le 5 avril 2024.
Vu :
- le jugement n° 1803531 du 27 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a annulé la décision du 25 octobre 2017 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, ensemble la décision en date du 17 janvier 2018 rejetant son recours gracieux ;
- l'ordonnance n° 2115885 du 28 avril 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme A sous astreinte de 150 euros par mois de retard ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 25 octobre 2017 confirmée le 17 janvier 2018, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté les recours amiable puis gracieux de Mme A tendant à ce que sa demande de logement social soit reconnue comme étant prioritaire et urgente. Par un jugement du 27 novembre 2020, le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a annulé cette décision. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a donc reconnu le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de l'intéressée, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision en date du 3 mars 2021. Par une ordonnance du 28 avril 2022, le tribunal, saisi par Mme A sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 150 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 7 février 2023, reçue deux jours plus tard par l'administration. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 122 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 3 mars 2021, le caractère prioritaire et urgent de Mme A au motif qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Le préfet n'a toutefois proposé aucun logement à Mme A à compter du 4 septembre 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif. La responsabilité de l'État se trouve donc engagée pour la période du 4 septembre 2021 au jour du présent jugement.
5. En outre il résulte également de l'instruction que, par jugement n° 1803531 en date du 27 novembre 2020, passé en force de chose jugée, le Tribunal administratif de Cergy - Pontoise a annulé une première décision de la commission de médiation défavorable à la requérante en date du 25 octobre 2017 au motif que le logement occupé par la requérante présentait plusieurs caractéristiques de nature à le faire regarder comme non décent. Cette illégalité fautive a donc fait perdre, à Mme A, une chance sérieuse de se voir proposer un logement social adapté à la composition de la cellule familiale au cours de la période du 25 octobre 2017 au 3 mars 2021, date à laquelle la commission de médiation, tirant les conséquences du jugement du 27 novembre 2020, a pris une nouvelle décision, favorable à la demande de Mm A.
7. Il résulte donc de l'instruction que la responsabilité de l'État se trouve donc engagée pour la période du 27 avril 2018 au jour du présent jugement à raison des fautes précédemment rappelées.
8. Or, il résulte de l'instruction que le caractère insalubre du logement occupé par Mme A persiste ainsi qu'en atteste le procès-verbal de constat dressé par huissier de justice le 21 décembre 2023. Cette situation cause à l'intéressée des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Dès lors et dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des conditions de logement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat et de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 100 (deux mille cent) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme A de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 2 100 (deux mille cent) euros.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le13 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière1
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