lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2307851 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | COMMERCON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 8 mars 2024, M. C A B, représenté par Me Commerçon, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 300 euros par mois à compter du 15 juillet 2020 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 15 janvier 2020 ;
- il subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence qu'il est toujours en attente d'un logement social et réside avec son épouse et leurs trois enfants mineurs dans un logement suroccupé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le comportement de l'intéressé a fait obstacle à son relogement dès lors qu'il a tardé à mettre à jour toutes les rubriques de sa demande de logement social, notamment le titre de séjour de son épouse, ce qui a empêché qu'on puisse lui propose un logement social.
Vu :
- la décision du 2 janvier 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A B l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 15 janvier 2020, désigné M. A B comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 29 mars 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 300 euros par mois à compter du 15 juillet 2020 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
En ce qui concerne la responsabilité :
4. La commission de médiation a reconnu, le 15 janvier 2020, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A B au double motif qu'il occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge et qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. A B avant le 15 juillet 2020, date butoir fixée par la commission de médiation.
5. Le préfet fait néanmoins valoir que M. A B a fait obstacle, par son comportement, à la mise en œuvre de l'obligation de relogement. Toutefois, la circonstance que toutes les rubriques de sa demande de logement social ne soient pas mises à jour, notamment qu'en mars 2023 le titre de séjour de son épouse n'était pas mis à jour dans sa demande de logement social, ne témoigne pas d'une obstruction de l'intéressé de nature à exonérer l'État de sa responsabilité.
6. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison des carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
7. Il résulte de l'instruction que M. A B occupe avec son épouse et leurs trois enfants nés en 2008, 2012 et 2017, un logement d'une superficie de 32 mètres carrés que sa femme avait pris à bail le 1er juin 2017 et qui est donc désormais sur-occupé. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l'État à assurer son relogement, fautive à compter du 15 juillet 2020, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.
8. De plus, compte tenu des conditions de logement de M. A B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 4 600 euros.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A B la somme de 4 600 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Aucuns dépens n'ayant été exposés dans le cadre de la présente instance, les conclusions tendant au paiement de tels frais ne peuvent qu'être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A B la somme de 4 600 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Commerçon et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.
La magistrate désignée
signé
M. MonteagleLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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