Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308411
lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2308411 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2023, la société civile immobilière les lilas, représentée par Me Fabre, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 790,84 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant de l'appartement numéro 10 de l'immeuble sis 12 rue Jean Jaurès à Bois-Colombes ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 14 décembre 2022, date de réception par l'administration de sa demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant de l'appartement numéro 10 de l'immeuble sis 12 rue Jean Jaurès à Bois-Colombes ;
- les préjudices subis s'élèvent à 8 790,84 euros correspondant d'une part, aux indemnités d'occupation non perçues durant la période allant du 19 septembre 2022 au 30 juin 2023, pour un montant de 4 040,84 euros, d'autre part, à 750 euros de frais de procédure, enfin, à 4 000 euros de préjudice moral résultant de ce refus ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 février et 5 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut, d'une part, au non-lieu à statuer sur la demande d'indemnisation de la société requérante, d'autre part, à la subrogation de l'Etat dans les droits de la société requérante à l'encontre de l'occupant, enfin, au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires de la requête sont devenues sans objet dès lors que deux protocoles transactionnels ont été signés par la société requérante le 20 février 2024 de sorte que par deux arrêtés du 4 mars 2024, cette dernière s'est vue verser les sommes respectives de 1 155,69 euros et 5 748,82 euros correspondant à la période de responsabilité allant du 19 septembre 2022 au 30 juin 2023 ; l'indemnisation de la société requérante est due pour la période de responsabilité de l'Etat allant du 19 septembre 2022 au 30 juin 2023, date d'arrêt des comptes ;
- les frais d'huissiers ainsi que le préjudice moral dont l'indemnisation est demandée par la société requérante ne sont pas consécutif au refus d'octroi du concours de la force publique et ne peuvent ainsi donner lieu à une condamnation de l'Etat ;
- les frais non compris dans les dépens dont le remboursement est demandé sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens ne sont pas justifiés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière les lilas demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui réparer le préjudice financier résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement du tribunal de proximité de Colombes du 11 mars 2022, autorisant l'expulsion de l'occupant de l'appartement n°10 d'un immeuble sis 12 rue Jean Jaurès à Bois-Colombes.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
3. Il résulte de l'instruction que le commandement de quitter les lieux a été signifié aux occupants des lieux le 13 avril 2022 et reçu en préfecture le 15 avril suivant. Par ailleurs, la société requérante a requis du préfet des Hauts-de-Seine le concours de la force publique le 18 juillet 2022. Le préfet disposait donc d'un délai de deux mois pour se prononcer, soit jusqu'au 18 septembre 2022. Le refus implicite du préfet des Hauts-de-Seine engage donc la responsabilité de l'Etat à partir du 18 septembre 2022, et a fortiori à compter du 19 septembre suivant, date à laquelle la société requérante fait débuter la période de responsabilité.
4. Toutefois, il résulte des articles 2044 et 2052 du code civil que l'administration peut, ainsi que le rappelle désormais l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration, afin de prévenir ou d'éteindre un litige, légalement conclure avec un particulier un protocole transactionnel, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public. A cet égard, il résulte de l'instruction et notamment des termes des arrêtés du 4 mars 2024, qu'en vertu de deux protocoles transactionnels, la société requérante a accepté une indemnisation totale de 6 904,51 euros pour la période allant du 19 septembre 2022 au 30 juin 2023 et a renoncé à toutes actions et prétentions concernant les préjudices subis sur cette période en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui octroyer le concours de la force publique.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires tendant à la condamnation de l'Etat à verser à la société requérante une somme de 8 790,84 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en raison de l'inexécution du jugement d'expulsion cité au point 1 du présent jugement entre le 19 septembre 2022 et le 30 juin 2023, sont devenues sans objet et il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur la subrogation :
6. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité citée au point 4 du présent jugement, à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendrait la SCI les lilas à l'encontre de l'occupant de l'appartement n°10 de l'immeuble sis 12 rue Jean Jaurès à Bois-Colombes, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par les deux protocoles transactionnels du 20 février 2024.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais non compris dans les dépens que la société requérante a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires tendant à ce que l'Etat soit condamné à verser à la société civile immobilière les lilas une somme de 8 790,84 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.
Article 2 :Le paiement de l'indemnité mise à sa charge par les deux protocoles transactionnels du 20 février 2024 signés entre les parties, est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de la société civile immobilière les lilas à l'encontre de l'occupant de l'appartement n°10 de l'immeuble sis 12 rue Jean Jaurès à Bois-Colombes, durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 3 : L'Etat versera à la société civile immobilière les lilas une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière les lilas et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Zaccaron Guérin Le greffier,
signé
F. Lux
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 23084112
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