Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308600
lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2308600 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 juin 2023, 27 juin 2023 et 14 septembre 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 12 mars 2024, Mme B A demande au tribunal de condamner l'État à lui payer la somme de 24 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 22 octobre 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 10 novembre 2022 enjoignant à son relogement n'a pas été exécutée ;
- elle subit en conséquence un préjudice matériel, en raison des frais liés à son déménagement et à son installation dans un nouveau logement, un préjudice d'anxiété lié à l'attente d'un logement décent, un préjudice moral et une perte de chance résultant de sa situation à l'égard du logement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir que la demande est infondée.
Vu :
- l'ordonnance n° 2209675 du 10 novembre 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger Mme A sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Mme A a produit des pièces, enregistrées le 22 mai 2024, qui n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du Val-d'Oise a, par une décision du 22 octobre 2021, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance du 10 novembre 2022, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 15 juin 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 24 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
En ce qui concerne la responsabilité :
4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 22 octobre 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A aux motifs qu'elle était menacée d'expulsion et sans solution de relogement et qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à Mme A dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 22 avril 2022. D'autre part, l'ordonnance n° 2209675 du 10 novembre 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer le logement de Mme A avant le 1er janvier 2023 sous astreinte de 200 euros par mois n'a reçu aucune exécution.
5. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison des carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
6. Il résulte de l'instruction que Mme A avait fait valoir dans son recours amiable devoir quitter son appartement locatif privé sis à Montigny-lès-Cormeilles avant la fin du mois de mai 2021. Mme A ne fait toutefois état d'aucune procédure d'expulsion. En outre, il résulte de l'instruction que Mme A a pris à bail le 15 juin 2021, avec son époux, un logement d'une superficie de 66 mètres carrés, dans le parc privé, où elle réside actuellement. Dès lors, aucun préjudice n'a pu naître de ce que le préfet ne l'a pas relogée alors qu'elle était menacée d'expulsion, dès lors qu'elle avait déjà trouvé à se reloger avant même l'intervention de la décision de la commission de médiation du 22 octobre 2021.
7. Par ailleurs, pour établir l'existence de préjudices ayant résulté des carences fautives de l'État, alors que la commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A au motif qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la requérante se prévaut dans des termes non circonstanciés de l'existence de préjudices matériels, moraux, d'anxiété et d'une perte de chance. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier des pièces que Mme A a produites à la demande du tribunal, qu'elle s'acquitte pour son nouveau logement d'un loyer mensuel charges comprises de 850 euros, alors qu'elle bénéficie, avec son mari, allocataire de l'allocation aux adultes handicapés, de 800 euros de prestations mensuelles servies par la caisse d'allocations familiales en surplus du revenu mensuel imposable de son foyer de 1 350 euros. Dès lors, le montant du loyer locatif acquitté pour cet appartement n'est pas manifestement disproportionné au regard des ressources mensuelles du foyer. En outre, si elle se prévaut du handicap de son mari, elle n'établit, ni n'allègue que son logement actuel serait inadapté à la situation de ce dernier. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que le maintien de la requérante dans son nouveau logement aurait entraîné pour elle des troubles dans les conditions d'existence justifiant une réparation.
8. Il résulte de ce qui précède que l'absence de relogement de Mme A ne peut être regardée comme ayant entraîné pour elle des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. MonteagleLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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