Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309186
lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309186 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juillet 2023, 29 mai 2024 et 30 mai 2024, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 2 et 30 janvier 2024 ainsi que le 15 avril 2024, Mme B A née C, représentée par Me Commerçon, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 400 euros par mois depuis le 22 mars 2023 en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 3 mars 2021;
- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence puisqu'elle occupe un logement suroccupé ;
- elle a bénéficié d'une première indemnisation par le jugement n° 2208411 du 21 mars 2023 ;
- son refus d'une proposition de logement en avril 2022, pour un logement social situé au 4ème étage sans ascenseur, est justifié par le fait que son état de santé et la circonstance qu'elle a des enfants mineurs rendent nécessaire le relogement dans un immeuble disposant d'un ascenseur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que Mme A a fait obstacle à deux reprises à son relogement, d'une part le 11 septembre 2021, lorsqu'elle a omis de produire devant la commission d'attribution un titre de séjour pour son mari et elle-même en cours de validité, faisant obstacle à l'attribution d'un logement et, d'autre, part dès lors qu'elle a refusé une seconde proposition de logement au motif que l'immeuble était dépourvu d'ascenseur alors qu'elle ne justifie pas d'une situation exigeant la présence d'un ascenseur.
Vu :
- le jugement n° 2208411 du 21 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à payer à Mme A la somme de 1 200 euros ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 3 mars 2021, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 14 avril 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 400 euros en réparation des préjudices subis depuis le 22 mars 2023, compte tenu du premier jugement d'indemnisation dont elle a bénéficié.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
En ce qui concerne la faute :
4. La commission de médiation a reconnu, le 3 mars 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A au motif qu'elle occupait un logement suroccupé alors qu'elle avait des enfants mineurs. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à Mme A dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 3 septembre 2021. Dès lors, les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de Mme A sont établies.
En ce qui concerne la période de responsabilité :
5. Il résulte de l'instruction que Mme A occupe depuis le 30 octobre 2017, avec son époux et trois de leurs quatre enfants, nés en 2001, 2010 et 2012, un logement d'une superficie de 35,68 mètres carrés, lequel est donc sur-occupé. La requérante est, dès lors, fondée à soutenir que la carence de l'État à assurer son relogement, fautive à compter du 3 septembre 2021, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.
6. Toutefois et d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 1, le tribunal a déjà condamné l'État à verser à la requérante la somme de 1 200 euros en réparation de ses préjudices par un jugement n° 2208411 du 21 mars 2023. La période d'indemnisation commence ainsi à la date de lecture du précédent jugement, soit le 21 mars 2023.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme A a refusé le 1er avril 2022 une proposition de logement adapté à sa situation au seul motif que le logement n'était pas doté d'un ascenseur. Pour établir la légitimité de ce motif, Mme A se borne à soutenir qu'elle souffrait alors de problèmes de santé " importants ", alléguant un suivi par un cardiologue pour des palpitations cardiaques qu'elle n'établit par aucune pièce, et produit un certificat médical d'un médecin généraliste, daté du 30 mai 2024 et établi pour les besoins de l'instance, par lequel ce médecin, sans faire de constatations médicales, se borne à affirmer dans des termes non-circonstanciées que Mme A a besoin d'un appartement avec ascenseur. Enfin, ni l'âge, ni la situation de ses enfants ne rendaient impératifs la présence d'un ascenseur dans l'immeuble où la famille devait être relogée. Dans ces conditions le refus d'une proposition de logement par Mme A ne reposait sur aucun motif légitime. Elle doit dès lors être regardée comme ayant fait obstacle par son comportement à l'obligation qui était faite à l'État de la reloger. Son préjudice mentionné au point 6 ne peut donc être indemnisé après le 1er avril 2022, date à partir de laquelle l'État doit être regardé comme ayant été exonéré de sa responsabilité compte tenu du comportement de l'intéressée, et donc, en tout état de cause, ne peut être indemnisé après le 21 mars 2023.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires de Mme A ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles relatives aux dépens
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A née C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La magistrate désignée,
M. MonteagleLa greffière,
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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