Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309606
mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309606 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête n°2309606 et des mémoires complémentaires enregistrés, le 14 juillet 2023, le 27 juillet 2023, le 1er janvier 2024, le 22 janvier 2024 et le 11 février 2024, Mme B F, représentée par Me Aouimeur, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B F soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- méconnait l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où elle ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement pour être mère d'enfants français ;
- méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d'erreur de fait ;
- est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière faute qu'il soit justifié de l'habilitation de l'agent ayant consulté le traitement des antécédents judiciaire (TAJ) ;
- méconnait les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 février 2024, la clôture de l'instruction fixée initialement au 12 février 2024 a été reportée au 1er mars 2024.
II - Par une requête n°2309623 et des mémoires complémentaires, enregistrés le 14 juillet 2023, le 27 juillet 2023, le 1er janvier 2024, le 22 janvier 2024 et le 12 février 2024, M. B F, représenté par Me Aouimeur, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B F soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- méconnait l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement pour être père d'enfants français ;
- méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d'erreur de fait ;
- est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière faute qu'il soit justifié de l'habilitation de l'agent ayant consulté le traitement des antécédents judiciaire (TAJ) ;
- méconnait les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 février 2024, la clôture de l'instruction fixée initialement au 12 février 2024 a été reportée au 1er mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne, signé à Tunis le 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charlery, rapporteure ;
- et les observations de Me Aouimeur, représentant M. et Mme B F.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B F, ressortissants tunisiens respectivement nés le 16 mai 1987 et le 30 juillet 1987, déclarent être entrés en France le 30 mai 2011, s'agissant de Mme B F et le 6 juin 2011, s'agissant de son époux. Mme B F a sollicité, le 4 mai 2011, son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 7 quater de l'Accord franco-tunisien, son époux ayant présenté une demande identique le 5 mai 2011. Par deux arrêtés du 15 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise leur a refusé à tous deux la délivrance des titres de séjour sollicités, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. et Mme B F sollicitent l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées concernent la situation de deux époux, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par conséquent, de les joindre pour y statuer par une même décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés par Mme Q R, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de ce département à l'effet de signer " tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour et toute obligation de quitter le territoire, assortie ou non d'un délai de départ volontaire " en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration, consentie par l'arrêté n°23-014 du 22 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département n°21. Il n'est pas établi que le directeur des migrations et de l'intégration n'était ni absent ni empêché à la date des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces actes manque en fait et doit ainsi être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; "
5. M. et Mme B F se prévalent de leur qualité de parents d'enfants français pour soutenir qu'ils ne pouvaient faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, un tel moyen ne peut qu'être écarté dès lors qu'aucune pièce de l'un ou l'autre de leurs dossiers respectifs ne permet d'établir la nationalité française de leurs enfants, sans qu'ait d'incidence la circonstance qu'ils contribueraient chacun à l'entretien et l'éducation de ces derniers.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions précitées à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. En l'espèce, il ressort des termes des deux arrêtés attaqués que le préfet du Val-d'Oise a fait usage de son pouvoir discrétionnaire pour examiner la possibilité d'accorder aux requérants une admission exceptionnelle au séjour.
9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
10. M. et Mme B F soutiennent que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions et stipulations précitées en leur refusant une admission exceptionnelle au séjour, tant au regard de leur vie personnelle et familiale commune qu'au titre de leur intégration professionnelle. Ils font valoir, s'agissant de leur vie personnelle et familiale, qu'ils sont tous deux entrés sur le territoire en 2011, le 30 mai pour Madame et le 6 juin pour Monsieur, et y résident depuis ces deux dates de manière continue avec leurs cinq enfants, tous nés en France, le 6 mars 2012, s'agissant de Youssef, le 2 juin 2014, s'agissant de Younes, le 30 janvier 2018, s'agissant de Fatma-Janna et le 15 décembre 2022, s'agissant de Joulyana, qui sont tous scolarisés, à l'exception de la plus jeune d'entre eux. Ils se prévalent également de la présence sur le territoire de deux frères et deux sœurs de Mme B F, M. A E, M. D E et Mme L E épouse N étant de nationalité française et Mme H E étant titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 4 mars 2025. Cependant, il est constant que les deux époux sont en situation irrégulière et ne font pas état d'obstacle à ce qu'ils puissent reconstituer leur cellule familiale hors de France et notamment dans leur pays d'origine. De plus, ils ne sont pas dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine commun où résident leurs parents, ainsi qu'un frère et une sœur de M. B F, et où ils ont vécu jusqu'à l'âge de 23 ans pour Mme B F et de 24 ans pour son époux. Par ailleurs, la circonstance que leurs enfants soient nés en France et y soient scolarisés ne leur confèrent à tous deux aucun droit au séjour. De sorte que les requérants ne justifient pas de ce qu'ils auraient établi le centre de leurs intérêts personnels et familiaux en France, ni davantage que les éléments de leur situation personnelle caractériseraient des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires. Par ailleurs, l'insertion dans la société française des intéressés, au regard notamment du respect des valeurs de la République attendu de tout ressortissant étranger, n'est nullement établie au regard de leur comportement, M. B F ayant été condamné, notamment, par jugement du 9 mai 2019 du tribunal correctionnel de Paris à 1 an et 6 mois d'emprisonnement pour proxénétisme et non justification de ressources par une personne vivant avec une personne se livrant à la prostitution, outre la commission d'infractions telles que détention, usage illicite et acquisition non autorisée de stupéfiants, Madame étant également connue des services de police, notamment pour menace de mort réitérée et violence avec usage ou menace d'une arme. La circonstance que leur comportement serait apparu exemplaire à la travailleuse sociale qui les suit dans le cadre de leur hébergement au sein d'un établissement de la Croix Rouge à Argenteuil, comme en elle en atteste à travers un témoignage établi le 3 mars 2023, n'est pas de nature à remettre en cause cette appréciation, faute d'être confirmée par d'autres éléments. Sur le plan professionnel, Mme B F verse à l'instance une promesse d'embauche émise par la société Break Meal le 25 mai 2020, laquelle n'a connu aucune concrétisation faute d'obtention d'un titre de séjour et le contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel en qualité d'assistante de ménage, prenant effet le 3 juillet 2023, qu'elle a conclu avec la société Partenaire Services Particuliers, postérieurement à l'édiction de l'arrêté qui la concerne. Pour sa part, M. B F produit également un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet pour exercer les fonctions d'employé libre-service polyvalent au sein des effectifs de la société Japre, qui exploite un établissement de l'enseigne Intermarché à Bezons, à compter du 15 juillet 2023, soit postérieurement à l'édiction de la mesure qui le concerne. De tels éléments sont néanmoins insuffisants à justifier la délivrance d'une régularisation de la situation des requérants à titre exceptionnel tant au regard de la faible durée de travail de Mme F, que du caractère récent de leur activité professionnelle. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l''homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
11. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que les arrêtés en litige seraient entachés chacun d'erreur de fait, tirée de ce que les faits délictueux relevés à l'encontre de M. B F seraient classés ou prescrits, et, s'agissant de son épouse, seraient décrits de manière incomplète ou n'auraient donné lieu à aucune poursuite. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur l'existence matérielle des faits délictueux énumérés par les arrêtés en litige, laquelle n'est pas contestée. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
12. En cinquième lieu, aux termes du I de l'article R. 40-29, I, du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues (), aux articles L. 114-1, () du code de la sécurité intérieure (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. () ".
13. Dès lors que les dispositions citées ci-dessus prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la décision portant refus de titre de séjour, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions également citées ci-dessus du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise. Il en va de même de l'absence d'information par le procureur de la République sur les suites judiciaires. En tout état de cause, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que les mesures qu'il comporte ont été prises pour un ensemble de motifs, qui ne résultent pas seulement de la consultation du Traitement des Antécédents Judiciaire (TAJ) et qui sont suffisants pour justifier légalement la décision contestée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de l'absence d'habilitation de l'agent ayant consulté le TAJ, notamment pour ce qui concerne la situation de Mme B F, ne peut qu'être écarté.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ".
15. Les requérants font valoir la fragilité de l'état de santé de leur fille P, qui présente une détresse respiratoire grave et de Mme B F elle-même, laquelle a connu une dernière grossesse difficile, pour soutenir qu'un éloignement vers la Tunisie expose cette dernière, ainsi que leur enfant, à un défaut de prise en charge médicale compte tenu de la crise financière que connait le pays et la cherté et l'indisponibilité des traitements nécessaires à leur pathologie. Cependant, il ne ressort pas des termes de l'unique certificat médical produit, s'agissant de Mme B F, établi le 25 janvier 2023 par le docteur O, que cette dernière souffrirait d'une quelconque pathologie, le document décrivant seulement une grossesse difficile du fait d'un problème de logement qui a nécessité une hospitalisation du 26 au 29 novembre 2022 pour protéinurie et tension artérielle. Quant à la situation médicale de P, il ressort des certificats médicaux établis le 3 mars 2023 par le docteur I et le 15 juin 2023 par le docteur M C et le docteur J, que l'enfant souffre d'un asthme connu et sous traitement de fond, qui nécessite qu'elle soit logée dans un environnement sain et aéré, ce qui ne saurait caractériser un obstacle aux mesures d'éloignement prises à l'encontre de ses parents. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés en litige auraient méconnu les stipulations précitées.
16. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Se fondant sur un communiqué de presse du FMI du 30 mars 2022, relatant la situation économique difficile de la Tunisie résultant de causes structurelles tout autant que conjoncturelles, liées à l'impact de la crise sanitaire et du conflit en Ukraine, les requérants font valoir qu'un renvoi dans ce pays les exposerait à subir des traitements prohibés par les stipulations précitées faute de prise en charge adaptée des pathologies dont souffrent Mme B F et P. Néanmoins, pour les motifs énoncés au point 15 du présent jugement, un tel moyen ne saurait être accueilli.
18. Il résulte de tout ce qui précède, que les requêtes de M. et Mme B F doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
19. Le présent jugement, qui rejette les requêtes de M. et Mme B F, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution.
Sur les frais de l'instance :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que M. et Mme B F demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B F sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G et M. K B F, ainsi qu'au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
M. Jacquelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2309606,2309623
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