Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310108

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310108
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, Mme A C née B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable obligatoire, qu'elle était redevable de la somme de 9 709,01 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active (RSA) versé à tort entre juillet 2019 et mars 2022 ;

2°) d'annuler les deux avis de sommes à payer émis le 16 janvier 2023 par lesquels le département des Hauts-de-Seine lui réclame paiement des sommes de 7 027,88 euros et de 2 681,13 euros au titre de ce même indu.

Elle soutient que l'indu réclamé n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, faute pour Mme C d'avoir formé son recours préalable dans le délai de deux mois après la notification de la décision du 3 juin 2022 ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Mme C a produit des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrées le 15 mai 2024, qui n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 3 juin 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a notifié à Mme C plusieurs indus de prestations sociales, dont un indu de 9 709,01 euros de revenu de solidarité active (RSA) versé à tort entre juillet 2019 et mars 2022. Par deux avis de sommes à payer datés du 16 janvier 2023, d'un montant respectif de 7 027,88 euros et de 2 681,13 euros, le département des Hauts-de-Seine a réclamé à l'intéressée le paiement de cet indu. Par un courrier du 14 mars 2023, Mme C doit être regardée comme ayant exercé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 3 juin 2022 en tant qu'elle met à sa charge un indu de RSA. Par un courrier du 15 juin 2023, le département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de cette dernière décision ainsi que des deux avis de sommes à payer.

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (.) ". L'article L. 262-15 du même code prévoit que : " L'instruction administrative de la demande est effectuée à titre gratuit, dans des conditions déterminées par décret, par les services du département ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active. [] ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " [] L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active [] ".

3. Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; () / Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges.() ". L'article R. 262-37 du même code précise que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. Il résulte de ces dispositions que les ressources prises en considération pour le calcul du revenu de solidarité active sont celles qui sont perçues par le bénéficiaire, son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité et les personnes vivant habituellement au foyer. En cas de séparation de fait des époux, se manifestant par la cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, les revenus du conjoint du bénéficiaire n'ont pas à être pris en compte dans le calcul des ressources de ce dernier.

5. D'une part, il ressort du rapport d'enquête établi le 31 mai 2022 par un contrôleur assermenté de la CAF des Hauts-de-Seine que Mme C n'a déclaré ni les revenus que son conjoint tirait de son activité d'auto-entrepreneur depuis 2020, ni les dépôts d'espèce dont ce dernier avait pu bénéficier et ni la totalité des revenus qu'elle avait pu elle-même tirer de son activité professionnelle. Si la requérante soutient avoir produit toutes les preuves établissant que ces ressources avaient été déclarées à la CAF, elle se borne à produire dans la présente instance ses avis d'impôts, alors que le contrôleur de la CAF a relevé que les ressources litigieuses, qui figuraient sur les relevés bancaires des époux C, n'avaient pas été déclarées à l'administration fiscale.

6. D'autre part, cet indu de RSA résulte également de ce que Mme C s'est déclarée séparée de son époux entre le 18 octobre 2021 et le 11 mars 2022, date à laquelle elle a déclaré une reprise de la vie commune. Pour attester de l'effectivité de cette séparation, Mme C produit le certificat établi par un avocat daté du 28 octobre 2020, par laquelle ce dernier se prévaut d'être le conseil de M. C dans le cadre d'une procédure de divorce et la copie d'écran d'un SMS d'un autre avocat donnant des conseils à une personne qui n'est pas identifiée quant à la cohabitation avec son conjoint dans le cadre d'une procédure de divorce. Toutefois, et à supposer même que la relation affective entre les époux C se soit brièvement détériorée sur cette période de quelques mois, la requérante ne conteste aucunement les mentions du rapport d'enquête selon lesquelles la communauté matérielle avec son époux n'a jamais cessé, dès lors que ce dernier a continué à résider au domicile conjugal, qu'il s'est acquitté au bénéfice de Mme C et de ses enfants de l'ensemble des charges courantes du foyer et que les époux ont eu des échanges financiers entre leurs comptes bancaires. Dès lors, M. et Mme C, en dépit d'une éventuelle mésentente ponctuelle, constituaient bien un foyer au sens des dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, la CAF a pu considérer à bon droit que Mme C n'avait jamais été effectivement séparée de M. C.

7. Il résulte de ce qui précède que l'indu de RSA mis à la charge de Mme C est bien fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions d'annulation présentées par Mme C ne peuvent qu'être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C née B et au département des Hauts-de-Seine.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La magistrate désignée,

M. MonteagleLa greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.