Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311436

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311436
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 4 août, 11 septembre, 19 octobre, 20 novembre 2023 et 16 avril 2024, Mme C B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer une sanction pénale contre les employés de l'Agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires n'ayant pas mis à exécution la décision de la caisse d'allocations familiales des Yvelines en date du 29 août 2022 relative au recouvrement de pensions alimentaires impayées.

2°) de faire en sorte que l'administration respecte ses droits en matière de revenu de solidarité active, aide personnalisée au logement, pension alimentaire, rentrée scolaire et prime de Noël ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'organisation judicaire ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () 4° Rejeter les requêtes irrecevables pour défaut de ministère d'avocat ou entachées d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance ; () ; 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ". Aux termes, d'autre part, de l'article R. 772-6 du même code : " Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation, notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. / S'il y a lieu, le requérant est ainsi invité à régulariser sa requête dans le délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà de l'expiration du délai de recours. Il est informé qu'à défaut de régularisation les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ".

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Les prestations familiales comprennent : () 7°) l'allocation de rentrée scolaire () ".

3. Il résulte de ces dispositions que les conclusions de la requête en tant qu'elles concernent l'allocation de rentrée scolaire sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître et ne peuvent qu'être rejetées en application du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 213-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Tout créancier d'une pension alimentaire peut se faire payer directement le montant de cette pension par les tiers débiteurs de sommes liquides et exigibles envers le débiteur de la pension. Il peut notamment exercer ce droit entre les mains de tout débiteur de sommes dues à titre de rémunération, ainsi que de tout dépositaire de fonds. / La demande en paiement direct est recevable dès qu'une échéance d'une pension alimentaire n'a pas été payée à son terme et qu'elle a été fixée par : / 1° Une décision judiciaire devenue exécutoire ; (). ". Aux termes de l'article L. 213-5 du même code : " () / Lorsqu'un organisme débiteur de prestations familiales agit pour le compte d'un créancier d'aliments, il peut lui-même former la demande de paiement direct. ". Aux termes de l'article R. 213-6 du même code : " La demande de paiement direct peut être contestée en justice sans préjudice de l'exercice d'une action aux fins de révision de la pension alimentaire. / Les contestations relatives à la procédure de paiement direct sont portées devant le juge de l'exécution dans le ressort duquel est situé le domicile du débiteur de la pension. () ".

5. Aux termes de l'article L. 581-1 du code de la sécurité sociale : " Les organismes et services auxquels incombe le service des prestations familiales sont habilités à apporter leur aide au recouvrement des créances dues au titre de l'entretien d'enfants, dans les conditions prévues par les dispositions relatives à l'intervention des organismes débiteurs des prestations familiales pour le recouvrement des créances alimentaires impayées. ". Aux termes de l'article L. 581-2 du même code : " Lorsque l'un au moins des parents se soustrait totalement au versement d'une créance alimentaire pour enfants fixée par décision de justice devenue exécutoire ou par les actes ou accords mentionnés au IV de l'article L. 523-1, l'allocation de soutien familial est versée à titre d'avance sur créance alimentaire. / Lorsque l'un au moins des parents se soustrait partiellement au versement d'une créance alimentaire pour enfants fixée par décision de justice devenue exécutoire ou par les actes ou accords mentionnés au IV de l'article L. 523-1, il est versé à titre d'avance une allocation différentielle. Cette allocation différentielle complète le versement partiel effectué par le débiteur, jusqu'au montant de l'allocation de soutien familial. / L'organisme débiteur des prestations familiales est subrogé dans les droits du créancier, dans la limite du montant de l'allocation de soutien familial ou de la créance d'aliments si celle-ci lui est inférieure. Dans ce dernier cas, le surplus de l'allocation demeure acquis au créancier. () ". Aux termes de l'article L. 581-8 du même code : " Les organismes débiteurs de prestations familiales peuvent se prévaloir des articles L. 152-1 et L. 152-2 du code des procédures civiles d'exécution pour l'exercice de la mission qui leur est confiée en vue du recouvrement des créances alimentaires impayées. () ".

6. A supposer que Mme B conteste la décision de la caisse d'allocations familiales des Yvelines en date du 29 août 2022 relative au recouvrement de pensions alimentaires. Il résulte des dispositions précitées du code des procédures civiles d'exécution qu'il appartient au seul juge de l'exécution, juge judiciaire, de connaître d'une contestation de paiement direct d'une pension alimentaire lorsque l'organisme débiteur des prestations familiales est subrogé dans les droits du créancier. Par suite, les conclusions de la requête de Mme B relatives à la pension alimentaire qu'elle percevait du père de son enfant et dirigées contre la caisse d'allocations familiales des Yvelines, subrogée dans les droits de son créancier, ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative.

7. En troisième lieu, il n'appartient pas à la juridiction administrative de " prononcer une sanction pénale contre tous les employés de l'ARIPA " (agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires) à raison de l'absence d'exécution de la décision du 29 août 2022. De telles conclusions sont donc irrecevables.

8. En dernier lieu, si Mme B demande également au tribunal de faire en sorte que l'administration respecte ses droits en matière de revenu de solidarité active, aide personnalisée au logement et prime de Noël, invitée à motiver sa demande par courrier adressé par la juridiction le 31 août 2023, invitation qui comprenait les informations prévues par les dispositions de l'article R. 772-6 du code de justice administrative, la requérante n'a produit, dans ses différentes écritures, aucune décision de la caisse d'allocations familiales, ni courrier ou courriel de saisine de cette dernière relatif à ces prestations mais a indiqué contester une décision de l'administration en date du 6 février 2020 qui semble correspondre au jugement d'assistance éducative rendu par juge des enfants du F judiciaire de Pontoise ayant décidé domicilier son fils E au domicile de son père et lui accordant un droit de visite et demande qu' " on lui rende son fils ". A, il n'appartient pas à la juridiction administrative de statuer sur une telle contestation dont la compétence appartient, en appel, ainsi que l'indiquait ce jugement, à la Cour d'appel de Versailles. En outre, par une ordonnance n°2308029 en date du 10 juillet 2023 le magistrat désigné par le président du tribunal de céans a rejeté une précédente requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise a refusé de recalculer ses droits auxdites prestations sociales depuis le 7 février 2020 en tenant compte de ce qu'elle avait à sa charge son fils E D. Le magistrat désigné a en effet relevé que les pièces du dossier tendaient à établir que l'enfant était à la charge de son père depuis la mesure de placement du 6 février 2020 et qu'ainsi, il ne vivait pas habituellement au foyer de la requérante pour la période en litige et n'était pas à sa charge effective et permanente, Mme B n'était pas fondée à soutenir qu'elle était en droit, à raison de sa présence à son foyer, à bénéficier desdites prestations sociales. Or, la requérante, à supposer sa contestation recevable dès lors qu'elle ne la dirige contre aucune nouvelle décision de la caisse d'allocations familiales sur ce point, n'assortit ses conclusions d'aucun fait nouveau susceptible de venir à leur soutien.

9. Par suite, les conclusions de la requête de Mme B, qui, soit ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative, soit ne font état que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien, ne peuvent qu'être rejetées par ordonnance, en application des 2°, 4° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Yvelines et à la caisse d'allocations familiales du Val d'Oise.

Fait à Cergy, le 28 juin 2024.

La vice-présidente,

signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui les concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière