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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2311468

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311468

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311468
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantCOMMERCON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2023, Mme B A, représentée par Me Commerçon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 300 euros par mois de retard à compter du 3 août 2021, en réparation des préjudices subis du fait de son absence d'hébergement ;

2°) de condamner l'État aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition d'hébergement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable des Hauts-de-Seine le 3 février 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 30 juillet 2021 ordonnant son hébergement n'a pas été exécutée ;

- elle subit en conséquence un préjudice moral dès lors qu'elle occupe toujours un logement sans titre avec ses trois enfants mineurs, duquel elle est menacée d'expulsion sans solution de relogement.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine demande au tribunal de ramener l'indemnisation demandée à de plus justes proportions et fait valoir que :

- si l'intéressée a fait l'objet d'un jugement d'expulsion le 2 juillet 2019, elle s'est maintenue dans les lieux jusqu'à son relogement le 4 juillet 2023 ; l'Etat ayant vocation à être saisi d'une demande d'indemnisation par le propriétaire, de telles circonstances sont de nature à être prises en compte pour ramener la présente indemnisation à de moindres proportions ;

- l'intéressée est relogée depuis le 4 juillet 2023 grâce à l'accompagnement social dont elle a bénéficié depuis la décision de la commission de médiation du 3 février 2021.

Un mémoire complémentaire a été produit le 18 avril 2024 pour Mme A qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient entre outre qu'elle était de bonne foi et que la circonstance que l'État ait " vocation à être saisi d'une demande d'indemnisation par le propriétaire du bien ", qui n'est une simple éventualité, n'est pas de nature à réduire l'indemnisation pour troubles dans les conditions d'existence.

Vu :

- la décision du 9 janvier 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance n° 2107078 du 30 juillet 2021 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de proposer une solution d'hébergement à Mme A sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 3 février 2021, désigné Mme A comme devant être accueillie dans un logement de transition ou un logement-foyer. Par une ordonnance du 30 juillet 2021, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui proposer une solution d'hébergement sous astreinte de 5 euros par jour de retard. N'ayant pas reçu de proposition d'hébergement, Mme A a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 6 juin 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 300 euros par mois à compter du 3 août 2021 en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l'État court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code impartit au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l'accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d'hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État.

En ce qui concerne la responsabilité :

4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 3 février 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A, cette dernière devant être accueillie dans un logement de transition ou un logement-foyer, au motif qu'elle était, d'une part, dépourvue de logement ou hébergée chez un particulier, et, d'autre part, menacée d'expulsion sans solution de relogement. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre d'accueil dans un logement de transition ou un logement-foyer à Mme A avant le 17 mars 2021, date à laquelle cette absence d'hébergement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, l'ordonnance n° 2107078 du 30 juillet 2021 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de proposer un hébergement à Mme A sous astreinte de 5 euros par jour de retard n'a reçu aucune exécution.

5. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité de l'État en raison de ces deux carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation d'hébergement.

En ce qui concerne l'évaluation du préjudice :

6. Il résulte de l'instruction que la situation ayant motivé la décision de la commission de médiation à l'égard de Mme A persiste dès lors qu'elle occupe toujours, avec ses trois enfants mineurs nés en 2006, 2012 et 2014, un logement de type F2 situé à Gennevilliers, et ce sans titre, logement duquel elle est menacée d'expulsion depuis un jugement d'expulsion rendu à son encontre en date du 2 juillet 2019. La persistance de cette situation à compter du 17 mars 2021, date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation. La circonstance que Mme A se soit maintenue dans les lieux en dépit du jugement d'expulsion dont elle était l'objet et que l'État ait " vocation à être saisi d'une demande d'indemnisation par le propriétaire du bien " ainsi que le fait valoir le préfet des Hauts-de-Seine en défense, sont sans incidence sur l'évaluation de l'indemnisation à laquelle Mme A peut prétendre. En revanche, il résulte de l'instruction que Mme A a été relogée le 4 juillet 2023 dans un logement dont il n'est pas soutenu qu'il ne correspondrait pas aux besoins de la requérante. La période de responsabilité de l'État a donc pris fin à cette date.

7. Compte tenu des conditions de vie de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 4 500 (quatre mille cinq cents) euros au jour du présent jugement.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 4 500 (quatre mille cinq cents) euros.

Sur les dépens :

9. En l'absence de dépens exposés dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées par la requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à Mme A la somme de 4 500 (quatre mille cinq cents) euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Commerçon et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La magistrate désignée

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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