Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313703

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313703
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Ingelaerre et Me Robiquet, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Garches à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral consécutif aux manquements de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la commune de Garches peut être engagée dès lors qu'une faute a été commise en raison du manquement de cette dernière à son obligation légale de sécurité ;

- elle peut être engagée dès lors qu'une faute a été commise du fait d'une défaillance dans la prévention et la gestion des risques psychosociaux ;

- ces faits lui ont causé un préjudice moral évalué à hauteur de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, la commune de Garches doit être regardée comme concluant, à titre principal, à la prescription de l'action en responsabilité de la requérante, à titre subsidiaire, au rejet de ses conclusions indemnitaires, et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'action est prescrite ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré pour Mme B le 27 mai 2024 soit postérieurement à la clôture automatique de l'instruction en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative et n'a pas été communiqué dès lors qu'il ne contient pas l'exposé d'une circonstance de fait ou d'un élément de droit dont la requérante n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et qui est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code du travail ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de Me Ringuet, représentant Mme B, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B exerçait ses fonctions au sein de la commune de Garches en qualité de rédacteur depuis 1997. Par un arrêté du 1er février 2022, le maire de Garches a prononcé son admission à la retraite pour invalidité à compter du 1er mai 2022 et sa radiation des cadres à compter de cette même date. Par un courrier du 31 mai 2023, la requérante a demandé à la commune de Garches à être indemnisée à hauteur de 10 000 euros du préjudice moral qu'elle estime avoir subi en raison du manquement fautif de la commune à son obligation légale de sécurité et de prévention des risques psychosociaux. En l'absence de réponse de la part de la commune une décision implicite de rejet est née. La requérante demande au tribunal de condamner la commune à lui verser une somme de 10 000 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux agents publics durant leur travail dans les conditions fixées au titre Ier du livre VIII. " Aux termes de l'article L. 134-6 de ce code : " Lorsqu'elle est informée, par quelque moyen que ce soit, de l'existence d'un risque manifeste d'atteinte grave à l'intégrité physique de l'agent public, la collectivité publique prend, sans délai et à titre conservatoire, les mesures d'urgence de nature à faire cesser ce risque et à prévenir la réalisation ou l'aggravation des dommages directement causés par ces faits. Ces mesures sont mises en œuvre pendant la durée strictement nécessaire à la cessation du risque. Aux termes de l'article L. 133-2 du même code : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. " Aux termes de l'article L. 811-2 de ce code : " Les règles applicables en matière d'hygiène et de sécurité dans les services des établissements mentionnés à l'article L. 5 sont celles définies dans la quatrième partie du code du travail, en application de l'article L. 4111-1 de ce code. Elles peuvent toutefois être adaptées en application de l'article L. 4111-2 de ce même code. " Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. ". Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents et qu'il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires ayant cet objet.

3. Mme B, qui souffre d'un état dépressif qu'elle impute à la dégradation de ses conditions de travail depuis 2008, soutient que la commune a méconnu son obligation légale de sécurité et a failli à la prévention et à la gestion des risques psycho-sociaux. Elle se borne toutefois à produire, à l'appui de ses allégations, deux attestations établies en 2021 par l'une de ses collègues et par l'ancien adjoint au maire de la commune en charge du service dont elle était responsable, faisant état des difficultés éprouvées depuis l'arrivée d'un nouvel adjoint au maire en 2008. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que la requérante aurait informé son employeur de la dégradation de ses conditions de travail, du harcèlement moral dont elle faisait l'objet et des conséquences qui en résultaient sur son état de santé. Dans ces conditions, la commune ne peut être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 4624-6 du code du travail : " L'employeur est tenu de prendre en considération l'avis et les indications ou les propositions émis par le médecin du travail en application des articles L. 4624-2 à L. 4624-4. En cas de refus, l'employeur fait connaître par écrit au travailleur et au médecin du travail les motifs qui s'opposent à ce qu'il y soit donné suite. "

5. La requérante soutient que la commune de Garches a méconnu ses obligations au sens des dispositions citées au point 4. Elle se borne toutefois à produire un courrier du médecin du travail du 13 mars 2018 adressé au médecin traitant de la requérante, et préconisant un arrêt de travail. Il est par ailleurs constant que l'intéressée a été placée en congé maladie à compter du 14 mars 2018, puis en congé de longue maladie à compter du 31 janvier 2019. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Garches aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité au regard des dispositions précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de prescription opposée par la commune, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Garches, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme demandée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la commune de Garches au titre de ces mêmes dispositions.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Garches au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Garches.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLa présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.