Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314433

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314433
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 octobre 2023 et 3 mars 2024, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable formé le 29 novembre 2023, qu'elle était redevable d'un indu d'un montant de 3 130,61 euros, correspondant au versement à tort du revenu de solidarité active (RSA) entre le 1er juin 2021 et le 31 mai 2023 ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la CAF Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable formé le 27 juillet 2023, la décision du 1er juin 2023 mettant fin à ses droits au revenu de solidarité active (RSA) à compter du mois de juillet 2023.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ". Aux termes de l'article R. 772-6 du même code : " Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation, notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. / S'il y a lieu, le requérant est ainsi invité à régulariser sa requête dans le délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà de l'expiration du délai de recours. Il est informé qu'à défaut de régularisation les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".

Sur les conclusions d'annulation:

En ce qui concerne l'indu de RSA :

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (.) ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ".

3. Il résulte des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles que l'allocataire du RSA est tenu, à chaque nouveau trimestre, de déclarer auprès de l'organisme payeur de l'allocation l'ensemble de ses ressources, dès lors qu'elles ne figurent pas dans la liste de l'article R. 262-11 du même code, lequel énumère limitativement les prestations, indemnités ou allocations qui sont exclues des ressources à prendre en compte au titre de l'article R. 262-6 précité, et ce, quelle que soit leur origine, leur montant, leur appellation ou le régime de déclaration auquel elles sont soumises par une législation indépendante des dispositions du code de l'action sociale et des familles concernant le revenu de solidarité active (déclarations de revenu auprès de l'administration fiscale, auprès de Pôle emploi, etc.). Il en va ainsi également des aides reçues de la famille, qui doivent être prises en compte dans le calcul des ressources pour la détermination du montant de l'allocation de revenu de solidarité active.

4. Par ailleurs aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

5. Par une décision du 30 septembre 2023, le directeur de la CAF des Hauts-de-Seine a indiqué à Mme B qu'elle était redevable d'un indu de RSA de 3 130,61 euros en raison de prestations versées à tort entre le 1er juin 2021 et le 31 mai 2023. Mme B a alors formé un recours préalable contre cette décision le 27 novembre 2023, demande sur laquelle le département des Hauts-de-Seine a gardé le silence. Il ressort des pièces du dossier que l'indu a été mis à la charge de Mme B au triple motif que, d'une part, elle ne pouvait être regardée comme résidant effectivement en France sur l'ensemble de la période considérée, que, d'autre part, elle avait perçu des ressources qu'elle n'avait pas déclarées à la CAF et qu'enfin elle n'avait pas indiqué la reprise d'une activité professionnelle.

6. Pour contester être redevable de l'indu de RSA en litige, Mme B, qui a été mise à même de motiver sa requête en application des dispositions de l'article R. 772-6 du code de justice administrative, se borne à confirmer ne pas avoir résidé sur le territoire français entre janvier 2021 et décembre 2022 à l'exception de séjours ponctuels, et à confirmer, que sur cette période, elle a exercé une activité professionnelle dans le cadre d'un volontariat international à l'étranger (VIE) en Norvège. Ce faisant, elle confirme le bien-fondé de l'indu mis à sa charge.

7. En outre, si elle soutient avoir bénéficié de " transactions intrafamiliales ", dont elle ignorait qu'elle devait les déclarer à la CAF et qui étaient dédiés au remboursement d'un emprunt étudiant, sur lequel au demeurant elle ne produit aucune pièce, ces faits confirment manifestement qu'elle a bénéficié d'aides financières de la part de sa famille, quelle que soit l'utilisation qu'elle ait en fait. La circonstance, qu'elle oppose, qu'il ne s'agissait pas d'un revenu versé par un employeur est sans incidence sur le fait que ces sommes constituent une ressource à déclarer à la CAF. Il en va de même des indemnités versées par son employeur pour son VIE effectué en Norvège, qu'elle reconnaît ne pas avoir déclarées au motif qu'elles n'étaient pas des revenus salariaux imposables, alors que la nature fiscale de la ressource est sans incidence sur la nécessité de la déclarer à la CAF.

8. Enfin, si elle soutient qu'elle n'avait pas de revenu stable à son retour en France en janvier 2023, étant dans l'impossibilité de bénéficier d'allocations chômage, cette situation est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu dès lors qu'elle bénéficiait d'autres sources de revenu dont elle fait elle-même état et qui faisait obstacle à ce qu'elle bénéficie du RSA.

9. Il résulte de ce qui précède que les moyens présentés par Mme B à l'appui de ses conclusions d'annulation relatives à l'indu de RSA sont inopérants, manifestement non assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et assortis de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées en application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la suspension du versement du RSA :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (.) ".

11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active (RSA) ou à l'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

12. Il a été mis fin au versement du revenu de solidarité active à Mme B à compter du mois de juillet 2023. Mme B a saisi le département des Hauts-de-Seine d'une contestation de cette décision, qui a été reçue par la CAF le 27 juillet 2023. Le 11 septembre 2023, la CAF a informé Mme B par courriel que le département du Val-d'Oise avait décidé de lui accorder le bénéfice du RSA à compter du mois d'août 2023. Mme B ne percevant toutefois aucune allocation, elle a saisi le tribunal administratif d'une contestation. Toutefois, Mme B indique elle-même dans son mémoire du 6 février 2024 que la CAF a effectivement régularisé sa situation au regard de ses droits au RSA en lui versant en cours d'instance en novembre 2023 un rappel de droit à compter du 1er août 2023. Mme B ne conteste ni n'avoir perçu ces sommes, ni que sa situation ait été régularisée depuis cette date.

13. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B à l'encontre de la décision ayant fin au versement à son bénéfice du RSA.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ayant mis fin au versement du RSA au bénéfice de Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au département des Hauts-de-Seine.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 16 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. Monteagle

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière