Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315806

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315806
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par une décision n° 469399 du 23 novembre 2023, le Conseil d'État statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par Mme C, a annulé le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 2005604 en date du 5 octobre 2022 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Procédure devant ce tribunal :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 juin 2020 et 8 février 2024, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 8 février 2024, Mme D C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable obligatoire formé le 10 février 2020, sa décision du 5 février 2020 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 4 165,08 euros pour la période allant du 1er décembre 2018 au 31 mai 2019 ;

2°) d'annuler la décision du 4 juin 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de remise gracieuse de sa dette correspondant au reliquat de cet indu de RSA pour la somme de 2 201,78 euros.

Elle soutient que :

- elle ne comprend pas ce qui fonde l'indu ;

- elle est de bonne foi et n'a commis aucune omission déclarative et que sa situation financière l'empêche de rembourser les sommes dues.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, faisant valoir que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée,

- et les observations de Mme C, présente.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 5 février 2020, la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a mis à la charge de Mme C un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 4 165,08 euros pour la période allant du 1er décembre 2018 au 31 mai 2019. Par un courriel du 10 février 2020, Mme C doit être regardée comme ayant contesté le bien-fondé de cet indu en formant le recours préalable obligatoire prévu par le code de l'action sociale et des familles, recours qui a fait l'objet d'un rejet implicite par le département des Hauts-de-Seine. Le 17 février 2020, la CAF des Hauts-de-Seine l'a invitée à présenter une demande de remise gracieuse de sa dette, ce que Mme C a fait le 2 avril 2020. Par une décision en date du 4 juin 2020, la directrice de la CAF des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande de remise gracieuse de cette dette, qui ne s'élevait plus alors qu'à 2 201,78 euros. Au regard de ses écritures, Mme C doit être regardée comme contestant tant le rejet implicite de son recours préalable obligatoire du 10 février 2020 que la décision du 4 juin 2020 ayant rejeté sa demande de remise gracieuse.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'indu :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (.) ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " [] L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active [] ".'article R. 262-37 du même code précise que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les ressources prises en considération pour le calcul du revenu de solidarité active (RSA) sont celles qui sont perçues par le bénéficiaire, son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité et les personnes vivant habituellement au foyer.

4. En soutenant qu'elle ne comprend pas l'origine de cet indu, Mme C doit être regardée comme remettant en cause son bien-fondé. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier l'indu en litige a été mis à la charge de Mme C au motif qu'à compter de sa déclaration trimestrielle de ressources du mois de décembre 2018, elle avait déclaré la pension alimentaire dont elle bénéficiait pour la garde de l'un de ses fils, B A, non pas en son nom propre, comme elle le faisait jusqu'à lors, mais au nom de son fils, dont les ressources étaient également déclarées à la CAF en tant que membre de son foyer. Toutefois et comme l'a jugé le Conseil d'État dans sa décision n° 469399, cette circonstance est sans incidence sur le montant de l'allocation dû dès lors que l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour son calcul conformément aux dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-3 mentionnées au point 2. En outre, il ressort du rapport d'enquête du 20 novembre 2019 relatant le contrôle de situation effectué en octobre 2019 par un agent assermenté de la CAF et portant sur la période litigieuse, que les déclarations de Mme C étaient conformes à la réalité des ressources de son foyer. Enfin, ni le département des Hauts-de-Seine, ni la CAF ne font valoir un autre élément de fait justifiant que Mme C ne soit pas en droit de bénéficier du revenu de solidarité active entre le 1er décembre 2018 et le 31 mai 2019.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé l'indu mis à la charge de Mme C doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, la décision du 6 juin 2020 par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a refusé à Mme C le bénéfice d'une remise gracieuse de sa dette.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er :La décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable obligatoire formé le 10 février 2020, sa décision du 5 février 2020 mettant à la charge de Mme C un indu de revenu de solidarité active de 4 165,08 euros pour la période allant du 1er décembre 2018 au 31 mai 2019 et la décision du 4 juin 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de remise gracieuse de dette de Mme C pour la somme restante de 2 201,78 euros sont annulées.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au département des Hauts-de-Seine.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. MonteagleLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.