Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400386
jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400386 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | AGC AVOCAT |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 janvier et le 18 avril 2024, l'établissement public Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine, dit A, demande au tribunal :
1°) de condamner la société Transadel au paiement d'une amende de 1 500 euros au titre de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques ;
2°) d'ordonner l'évacuation du terrain occupé par la société Transadel sous huit jours et, à défaut, de l'autoriser à recourir aux forces de l'ordre pour son évacuation.
Il soutient que :
- la société Transadel occupe irrégulièrement le terrain situé 10 route des Mercières, à Gennevilliers, dès lors que la convention d'occupation qui la lie à A a été résiliée le 31 mars 2020 ;
- elle a été régulièrement informée de son occupation sans titre d'un terrain relevant du domaine public fluvial, et un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé le 31 octobre 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 févier 2024, la société TRANSADEL, représentée par la SELARL AGC AVOCAT demande au tribunal de débouter l'établissement A de l'ensemble de ses demandes et de condamner A à lui verser une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.
Elle soutient qu'elle n'occupe plus le terrain litigieux et que les véhicules qui y sont stationnés ne lui appartiennent pas.
Vu les autres pièces du dossier.
Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 29 avril 2024, en application de l'article L. 774-4 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bories, magistrate désignée,
- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le terrain situé 10 route des Mercières constitue une dépendance du domaine public fluvial du Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine (A), occupée par la société Transadel en vertu d'une convention d'occupation du domaine public qui n'a pas été renouvelée au-delà du 31 mars 2020. L'établissement A demande au tribunal d'ordonner la remise du terrain occupé par la société Transadel, dans un délai de huit jours, à défaut, de l'autoriser à recourir aux forces de l'ordre pour son évacuation, et de condamner la société à payer une amende de 1 500 euros.
Sur l'action publique :
2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique () ". L'article L. 2132-9 du même code dispose que : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant sera passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ".
3. Il résulte de l'instruction que la société Transadel a bénéficié d'une autorisation d'occupation du terrain litigieux, par une convention conclue avec le Port autonome de Paris le 1er avril 2016. Par un courrier du 16 mai 2019, l'établissement A a informé la société du non-renouvellement de la convention à la date de son échéance le 31 mars 2020. La société Transadel ne justifie ainsi pas d'un titre l'habilitant à occuper le terrain litigieux après le 31 mars 2020. Par suite, l'occupation persistante du terrain par l'intéressée au-delà du 31 mars 2020 est constitutive d'une contravention de grande voirie, qui a été constatée par un procès-verbal, porté à sa connaissance le 6 novembre 2023, sur le fondement de l'article L. 2132-9 précité du code général de la propriété des personnes publiques.
4. L'auteur d'une contravention de grande voirie ne peut être relaxé des fins de la poursuite exercée contre lui que s'il établit soit un cas de force majeure, soit une faute de l'administration assimilable par sa gravité à un cas de force majeure.
5. La société Transadel fait valoir qu'elle a libéré le terrain litigieux et que les véhicules qui y sont stationnés ne lui appartiennent pas. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment du procès-verbal du 31 octobre 2023, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, des photographies qui y sont annexées, et d'un constat établi le 4 avril 2024 par un agent assermenté de A, qu'une remorque floquée " TRANSADEL " stationne sur le terrain litigieux, et qu'un panneau d'affichage éponyme est accroché au grillage délimitant ce terrain. La société Transadel, qui ne verse aucune pièce à l'appui de ses allégations, et ne précise pas à quelle date elle aurait libéré les lieux, n'établit pas la véracité de ses allégations.
6. Il résulte de ce qui précède que A est recevable et fondé à demander, au titre de l'action publique, que la société Transadel soit condamnée au paiement d'une amende de 1 500 euros.
Sur l'action domaniale :
7. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte, sans être liée par la demande de l'administration. Il peut également, dans le cadre de l'action domaniale, autoriser le gestionnaire du domaine public fluvial à procéder d'office à cette évacuation en cas d'inexécution par le contrevenant, aux frais de celui-ci, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que les articles L. 4244-1 et R. 4244-1 du code des transports donnent par ailleurs compétence au préfet du département pour procéder d'office à son évacuation, après mise en demeure de quitter les lieux adressée au propriétaire, et, le cas échéant, à son occupant, lorsque son installation, en violation de la loi ou du règlement général de police de la navigation intérieure, compromet la conservation, l'utilisation normale ou la sécurité.
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine est fondé à demander, au titre de l'action domaniale, qu'il soit enjoint à la société Transadel de procéder à l'évacuation du domaine public fluvial qu'elle occupe. Si la société Transadel allègue avoir régularisé sa situation, elle ne produit aucune pièce pour l'établir. Dans ces conditions il y a lieu, pour autant qu'elle n'y ait pas déjà procédé, de lui enjoindre de libérer ledit domaine dès la notification du présent jugement.
9. En second lieu, l'établissement public requérant est autorisé, s'il y a lieu, à procéder d'office avec, le cas échéant, le concours de la force publique, à l'évacuation du terrain litigieux aux frais de la société Transadel, si elle n'y a pas procédé elle-même avant l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
10. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'établissement A, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société Transadel sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La société TRANSADEL versera au Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques.
Article 2 : Il est enjoint à la société TRANSADEL d'évacuer sans délai le terrain situé 10 rue des Mercières à Gennevilliers.
Article 3 : En cas d'inexécution par la société TRANSADEL à l'expiration du délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, le Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine est autorisé à procéder d'office à cette évacuation, aux frais de la contrevenante.
Article 4 : Les conclusions présentées par la société TRANSADEL au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine pour notification à la société TRANSADEL dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Copie en sera transmise pour information au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. BoriesLa greffière,
signé
S. Nimax La présidente,
C. Van Muylder
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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