Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400394

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400394
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, la société USTA, représentée par Me Chiche, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision 230218 du 25 mai 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a imposé le paiement d'une contribution spéciale employeur de 39 400 euros et d'une contribution forfaitaire frais de réacheminement de

4 618 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision imposant le paiement des sommes de 39 400 euros et de 4 618 euros paralyse son fonctionnement en raison des nombreuses saisies attributions dont elle fait l'objet l'empêchent de se constituer une trésorerie et de s'acquitter de ses charges incompressibles ;

Les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- elle ne peut être condamnée au versement des contributions fondées sur les dispositions des articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne pouvait savoir que les documents présentés par le salarié lors de son embauche revêtaient un caractère frauduleux, le procureur de la République n'ayant pas retenu d'infraction relative à l'embauche du salarié en question dans le cadre de la composition pénale ;

- il ne peut être mis à sa charge des contributions spéciale employeur et frais de réacheminement alors qu'une personne en situation irrégulière était présente dans ses locaux sans y effectuer aucun travail, n'y avoir été embauchée ;

- s'il y a lieu de mettre à sa charge cette contribution spéciale employeur, elle est alors entachée d'une erreur liée à son montant.

Vu :

- la requête, enregistrée le 10 janvier 2024 sous le n° 2400336, par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée ainsi que la décharge de l'obligation de paiement résultant de cette décision et des titres de perception ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Lors d'un contrôle effectué le 6 décembre 2022 dans l'établissement de restauration exploité sous l'enseigne ZOZAN par la société USTA, les services de la police nationale ont constaté la présence de deux ressortissants étrangers en action de travail, l'un démuni de titre de séjour et de titre de travail l'autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français et l'autre muni de faux papiers d'identité présentés lors de son embauche. Par une décision du

25 mai 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la société USTA la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, d'un montant de 39 400 euros, ainsi que la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un montant de 4 618 euros. Des titres de perceptions ont été émis à l'encontre de la société USTA pour le recouvrement de ces contributions le 7 juin 2023. Par une requête enregistrée le 10 janvier 2024, la société USTA a introduit un recours en annulation contre la décision du 25 mai 2023. Par la présente requête, la société USTA demande au tribunal, par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 25 mai 2023 par laquelle le directeur général de l'OFII a mis à sa charge la contribution spéciale employeur et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines. ". L'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ". Aux termes de l'article L. 822-4 du même code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de la contribution prévue à l'article L. 822-2. () ". Aux termes de l'article L. 822-5 du code précité : " L'État est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du présent code les dispositions des articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir. ". Aux termes de l'article 117 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. ".

5. Il résulte des dispositions citées aux points 3 et 4 de la présente ordonnance que le recours de plein contentieux formé à l'encontre des titres de perception destinés à assurer le recouvrement des créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, tels ceux émis en vue la contribution spéciale en application de l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine en application de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a un effet suspensif d'exécution.

6. Le 10 janvier 2024, la société USTA a saisi le tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'un recours de plein contentieux contre l'obligation de paiement résultant de la décision du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 25 mai 2023 mettant à sa charge une obligation de paiement d'une contribution spéciale employeur et d'une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement.

7. Il s'ensuit que les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de la décision qui met à la charge de la société requérante des contributions qui se rattachent à des titres de perception dont l'exécution est suspendue par l'exercice d'un recours de plein contentieux de perceptions sont irrecevables.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société USTA est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société USTA.

Copie en sera adressée au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Cergy le 2 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

G. Thobaty

La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.